CHAPITRE IX DÉSIR GËHÊRAL DB RtFORME CHEZ LES MAITRES
En France. — Il serait faux d'affirmer que les maîtres avaient un programme de réforme. Praticiens, ils devaient se conformer à la pratique, et enseigner l'orthographe usuelle. Mai» presque tous nous ont marqué qu'ils n'en étaient pas satisfaits.
Quelques-uns, comme Le Loyeur, auraient volontiers demandé qu'on acceptât plusieurs façons d'écrire'. J'en dira! autant de d'Argent, qui, sans sourciller, pose en principe qu'il y a deux orthographes, l'une ordinaire, qui compose un mot de toutes les lettres qu'oa prononce, l'autre h extraordinaire » qui v écrit beaucoup plus de lettres qu'on n'en prononce » ". Mais, en général, on comprend qu'il est d'intérêt public d'avoir uae orthographe unique et commune, et on la souhaiterait plus facile, c'est à dire plus proche de la prononciation.
Jean Macé, en religion, P. Léon de Saint-Jean ^, proteste fort
I. Alphabet conltntnt ItM molt qui ont an une metme prononciation diverw tignifieatiaa. Paria, Jean Promii, ISSl, p. 133. 11 accepte cognoUtrt, congnoUlrt et eoitnoiitrs, betoigne et betogna, Ktaix, ctux, ceui, benoU, beaoict, benoùt, et •■ un million d'autres, qui se peuvent orthographier en deux ou trois TaçonB. LouLea bonoes et loniiéct Bur quelque raison. Lea repraneurs ae trompent, s'ili n ealiment qu'il n'y ait qu'une orthographe pour chaque diction, comme s'il n'y avoîL qu'un aeul chemin
oiBnière.. ., les autheurs approuvez n'orthographient pas tous l'un comme l'autre ■.
î. Voir d' Aident, Traité de l'Ortografe françoiie dan» aa perfection, dédi£ i M. Colbcrtflis, Sgr. de Soignelay. Paris, Florentin Umbert, 1686, in-II* (B. K.,X, mi). — L'auleur Tait allusion i, une Gmntmair« franfoise, écrite par lui en 1641, qui Mriit tombtïe dans le commun, et il signe : Dargenl, grammairien. Je n'ai trouvé aucune trace do ses ouvrages.
î. U publia d'abord soua le nom de Du Tertre, une Méthode iinitenella pour '^indre faeilemaatlai Langues, Paris, 1S50 (Bibl. de l'L'niv,, L. P. f. 33;. Je cite une Hition de 1633, c'est ta troisième. Puis, sous le nom de Noël Krançois, il flt paroltrc l^palilesie de Lt langue françoite pour parler pnremant el écrire nellemant, 16H, in-lJ. L'ouvrage a éié souvent réimprimé par ta suite [Cf. Thurnt, Pron. fr. , I, LIX). J'ignore pourquoi DidoL a déclaré la Méthode dépourvue de tout intérêt. 11 a dû faire wnfnwon.
vivement contre le désordre orthographique ' . Il sait quels ont été les obstacles oîi ont choppé les réformistes : il persiste cependant : '< Les diiïicultez qu'il y a d'escrire tout ainsi que l'on prononce n'empêchent pas qu'il ne faille tâcher d'en venir là . Mais peut-estre doucemant, et petit à petit : comme on fait lorsqu'on veut monter la corde d'un lut, ou le ressort d'vne monstre (77)'». Au reste la plupart des écrivains contemporains donnent l'exemple. « A ces grans Hommes deuroient se joindre, dit du Tertre, tous ces principaus Maistres delà Librairie... et ceux mesmesqui ont charge du Public. S'il y auoit de véritables Mecenas des Lettres, ils affectionneroient sans doute ce dessein : et donneroient à quelqu'un de sçauant, zélé et exact, l'Intandance de cete correction » (79-80) '. n 11 n'y a, dit ft son tour Irson, p. 118, que les gens du Palais qui s'intéressent plus opiniâtrement à retenir les lettres superflues pour faire leurs expéditions plus longues de quelques lignes '. Mais ils ont beau s'opposer à ce retranchement : l'on se plaît aujourd'huy b écrire les. mots de la même façon qu'on les prononce ^ ».
On retrouve à peu près les mêmes idées jusque dans le livre plus
1 . • Nous rcnuu^er prccizOmcnl à l'viag'e el i la coutume, c'eil apr£* loul nous donner vne reRle àe Plomb ; (|ui se plie telon la fanUtiiie, je ne diti pas du Vuliiaire, Riais des plus habiles, et des plus polis Auteurs. Non seulcmant il n'y en a pas deux dans cet illustre nombre, qui suiuenl vne mesme fasson d'écrire : mais encore il ne s'en treuue pas vn seul, qui s'accorde suec soy-mcsmi!. Cepandanl ce seroîl vn notable profit tant à la France, qu'aux Nations Etrangcreit, que quelqu'vn nous dressast vn» règle, en laquelle on peusl conuenir,
• Manquer en cela, est ea vérité l'vne des plus racheuses difficullei que sentent les Enfans qui commancent A lire : et l'un des plus ^rans enipéchemBa, qu'ayenl les EtranKers i apprendre nostre Lan«ue . le sçay que les derniers ont remercia quelques Auteurs, qui ont tftché de randre le manière d'écrire conforme à celle de pi^noncer. ■ (80-<S1) « Car pour moy je ne puis m'accorder aucc ceux qui soutiennent qu'on peut indifferaramanl orlhonraphier tous les mots en deux, ou trois façons. Au moins si cela se peut auec raison, il ne se doit pat pour la perfection de nostre I^ntcue, nypourl'vtilité publique » (B6).
3. ■ De vray, tous les Poli» qui sont en si grand nombre., .se retirent genrralcmant, (lui plus, qui moins, de l'ancienne fassun d'escrire la Lanf(ue Françoise. Plusieurs d'entr'euxescriveutcefe Dilfe. non plus celle piffe ; conrtoilre, non plu* eo^nowtre. jbesoin, non plu» besoing: effet», non plus effeett, etc., etc.
• En particuler l'vn de nos Ecriuains modernes, qui se montre plus curieus ca cela, comme il est trcs-eiact en tout le reste : est le judicieus Auteur, de l'Instruction, Dauphine.Caril cscrit... DaupAin, non pas Daalphia: caraclere.non pascA^raclera: «m, ceus, ciEUi; conuoifeu),aFnAi(ieu(;non pas eux, ceux, etc..,. icoalé eléUvé. non pas tseoali. t$levê ; néanmoins, non pas nesnlnioini, (m', non pa» loy ■ , , Rois et f'etn^ plni, non pas les Aoi/set l'emploif. les fruictt parfaits, non pas fraîcti parfaicle, et millesamblables diucrsilci m ,7T-7h;.
3. Il est A noter que du Tertre tient pour les diiiUnclionH graphiques : il dit, il di*l {031, prû, pria: (91),
4. Noavelle méthode pour apprendre facilement le» principe! et la pareté de U Ungae française... Paris, chei l'auteur el cliei Gflspur Meturas. IflSS, fi°.
5. Il donne comme exemple ~ d'Ablaii court, Balzac, \'au^las. du Itier, Pelisson^ Chspelain, de Scudcry. Prieiac. Calprenelle. ûombervillc. Amaud-d'Andilly, te P. Léon, le P. I.cmoinc', qui rclranchenl f.'1-aiid nombre dv onnsonc!> inutiles >■ (llS).