DÉSIR IIKNÉRAL DE RÉFORME CHEZ LES MAITRES
humble de Santeul '. Jobard est partagé. Il sait bien qu'il n'y a plus que quelques praticiens, qui « écrivent de même qu'on Faisoit il va cent ans » {Préf., 6). Mais les témérités des phonéticiens l'ont effrayé, et il préférerait soubsigné ou cognoissance, à l'étrange nouveauté que M. de L'Esclache et quelques autres encore ont voulu introduire (/A., 6-7). C'est, dit-il naïvement, » une matière dificile k traiter à cause des difereus sentimens sur ce sujet. Les uns retranchent toutes les Lettres superflues ; les autres ue les retranchent qu'en partie ; et d'autres ne veulent aucun retranchement de lettres ; Ceux qui retranchent les lettres superflues sont en assez grand nombre, et sont pour la pluspart des personnes sçavantes et polies, et qui ont beaucoup d'autorité parmy les gens de Lettres ; ils apellent leur manière d'observer l'Ortografe, le bel vsage d'écrire ilb., 4-5) ». Sa pratique à lui ne nous intéresse pas, elle oscille entre des retranchements « qui lui paraissent beaux » et des timidités conservatrices. Mais même un esprit débile comme celui-là accepte certains progrès. Il se résout à supprimer les s de metme ou d'ealourdi, k mettre im circonflexe sur voua parlâtes ou vous receùtes, sur prêtre et sur j'ay pu (160-161). C'est « le bel usage H '.
Mauconduit avait trop violemment attaqué L'Esclache pour se convertir. Toutefois, s'il ne veut pas réformer l'orthographe, il entend du moins la perfectionner ^. Il considère comme acquise la distinction de l'i et duy, de Vu et du v'\ Une peut pas consentir au sacrifice de Vje pour s'-, mais abandonne le z'^. C'est que, malgré
xonront el qa'il faiii prononcer commt noui icrivonl : Rcservi^ quelques voielles qui t'ferivcnl el ne se prononcent point dans les Uirtongucs impropres ; Quelque chan)^ment du cdur. en ç mol. Quelque E que l'on entremet après vn G qui preccde n, o, ii, pour adoucir SI prononciation ; et n qui s'ëcrit cL ne se prononce point aus Iroilihnei pcraones du plufier des Verbes ■■ lAlphab.. p. 7-8].
1. Eii 1«"1, parait de Dumas ; Rtmarquen lar la belle orthographe francoise a la n^f. Bordeaux, J. Séjourné, IS71, in-H" {B. N., X, 130î8,i. Le livre csl insigniflant. Cesl un exposé 1res élémentaire, dont l'auteur n'a aucune doctrine arrt't^. Il accepte onnoiilrt. conitaulrt et coneilre, repousse filotofie, ne sait s'il doit conseiller jt ly "u It lit, tient pour le : derrière e fermé, pour i derrière e ouvert ; pris (sic). Il est opposé à an( dans les adverbes. En somme aucune doctrine propre.
î. .Votpo grammaiica galtica. Paris, Th. Jolv, 1678.
1. ■ Puisqu'il y a un «letun d voyèlcsetdeux autres lot Ires de même nom, qui sont i> véritables consones, lesquelles se distinguent par coh Tigures dilTérentes j et ii, il ni juite de faire place à ec« deux dernières dans l'ordi-e de l'Alphabctb. Et pour la lime raison Je marque six voj-èles, comptant y pour la sixième dans les mois où fll< ne tient point la place de l'i double u (préf., aiijl.
^. '.K regard de la lettre x, j'ai trop de rcapect pour les personnes que j'ai veu ta baul^if de la fln des mots, cl mettre une i en sa place, pour blâmer cette manière, quoique cnclasiiivepasUcmotirquej'enaiestque cette Icttro sert a Atcr l'équivoque de quel- <n"»moln,commeentr'nulrea,de/>oidl,poi«etpoii, pondus, plia et pii" (Préf. , è,ij).
S. ^Uuconduit le retranche à la fin dca nums et des participes terminés au singuliei l*'"n ïfermi*, il écrit majtttét, bontit, jugit, etc. (7h., v"j.
sa foi étymologique, malgré son respect pour la tradition ',il s'est convaincu de l'utilité des accents ^.
11 ne veut point en abuser. Au commencement des mots {éditj, devant une autre voyelle, le, toujours masculin, pourrait se passer d'accent ; mais ailleurs les accents sont un excellent moyen de distinguer les quatre e ^; précieuses pour tout enseignement, ces notations le sont particulièrement pour l'enseignement des étrangers. Ainsi, sur un point particulier, fort important, Mauconduît, qui repousse l'idée de la réforme, en accepte cependant le principe, it savoir qu'une lettre étymologique inutile gagne à être remplacée par une notation qui est un témoin plus clair et plus Tidèle de la prononciation.
Le Traité extrait de l'École paroissiale est de tendance tout à fait réformiste. On y eût volontiers admis, cela se lit entre les lignes, une orthographe simplifiée. L'on a cru, est-il dit p. 257, i< qu'il étoit plus avantageux aux enfans de suivre l'ortographe la
1. ■■ Je viens k Vf, dont quelques uns se servent au lieu de ph, pour^rïre les mot» qui sont Grecs dans leur origine. Je demeure d'accord que r/'alamémc prononciation que le ph, mais ce qui me porte i me servir plûtât de celui-ci que de l'autre, c'est que les Romains avoient une fausti bien que non», et qu'ils n'écrivoient point ces mots autrement que par le ph, ce qui marque la vénération qu'ils avoient pour la Langue Grecque.
Je ■■ dia la même chose du Ih, dont on veul retrancher l'A pour la raison de son inutilité - {Préf., e V).
3. « Je ne parlerai qu'en passant de l'i qui a été retranchée des lieux où elle ne se pi-ouonce point, parce que c'est une chose aarez établie ; El en effet y avoit-il rien de plus incommode i ceux qui vouloient apprendre nôtre Langue, que de trouver dans tes Grammairiens douze ou quinze cens mots, dans lesquels une i étant écrite, ne se prononçoit point ; et ce qui étoit encore plus embarrassant, c'é toit de trouver un mot simple où l's se prononçoit, ou quelquefois se supprimoit, et que tout le contraire se pratiquoil dans ton composé ■ {Ib., S v*,e ij).
Il est incontestablement mieux d'écrire blâmt, blême. pàU, Jiràme, elc., que blasme, bUime, pmU, Jérotme flb.. M* page).
.1. ■• Etant constant que nous avons quatre sortes d'e dans nôtre Langue, qu'y a-t-il de plus Juste que d'en marquer la dilTérencc? La manière eu est facile de la favon qu'on la propose, puisque nous avons trois accens sur des e, l'aigu, le grave, et le cirl'ondexe, et un autre e qui est sans accent.
• Cet e simple et sans accent a toujours été l'eréminin: l'« masculin so divise en trois, le ferme, l'ouvert, et le plus ouvert, A chacun desquels on donne un accent ; i l> fciiné, l'accent aigu; à l'e plus ouvert, l'accent circonflexe; cela n'est pas nouveau; au contraire il se pratique dans toutes les Imprimeries; il no restoit donc plus qu'l donner i l'e ouvert l'aceent grave, pour en même temps marquer exactement le» quatre dilTérens sons de cette voyèle, afin de lever toute ambi^ité ; et en elTcl. comment rcconnoitre autrement l'e féminin d'avec l'e ouvert, s'ils demeurent tous dcu-t sans accent î - {Ib., fl i i i j, et V).
• La distinction de cette voyéle en quatre prononciations a été reconnue pardes personnes trcs-ha biles. VeP, Chirflclnc parle que de trois, mais il divise la troisième en
lieux. M. de Lcsclnche les a marquées toutes quatre Le sieur Irson les a bien niar
quées avec leur dirTéi-cnce, sans néanmoins s'être servi de celle qui a un accent grave. Kt M. Corneille est le premier que je scac1l•^. qui l'ait mise en usage ; et je me persuade que sa seule authorité suriit pour me tirer d'affaire sur ce point • (Ib.,t lij v*J.
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plus commune, que d'en choisir une qui ne fut pas approuvée par l'usage ordinaire ; à cause du danger qu'il y aurait de jetter quelque confusion dans leur esprit, si on Leur enseignoit dans la pratique une Ortographe différente de celle qu'ils remarquent dans les livres François les plus corrects, qu'ils ont continuellement entre les mains. L'on fora voir néanmoins en quoi consiste toute la nouvelle Ortographe, quand on parlera des accens ».
La question vient à la page 263, On y enseigne de retrancher « le plus qu'on peut les lettres qu'on ne prononce point, particulièrement les 3 i>, et de les remplacer par un accent aigu sur les voyelles hrèves étendre, aporler), par un circonflexe sur les longues (nous parlâmes, être). Et l'auteur va plus loin, il ajoute : « 11 est constant qu'il seroit fort commode de retrancher ainsi toutes les lettres inutiles, que l'on ne prononce pas dans les mots ; ou même aussi d'écrire comme l'on parle, et assurément l'Orthographe Françoise en deviendrait beaucoup plus facile, si elle étoit conforme ii la parole ». Si on n'enseigne pas à des enfans ces nouveautés, c'est qu'on attend que « les Maitr^ de nôtre Langue aient mis en lumière un nouveau Dictionnaire, qui soit universellement suivi, et approuvé par l'autorité publique >i. (cf. p. 300).
Demia, lui aussi, le grand réformateur des écoles lyonnaises, prescrivait au maître de garder n un milieu entre l'ancienne Orto- ((rapbe, et celle de quelques Modernes, qui défigurent la Langue ». Il n'était pas du tout d'avis qu'on conservât pieusement les vieux usages. L'on ôtera, dit-il, « les lettres qui ne se prononcent point, et qui ne rendent pas les mots méconnoissables, comme le p dans Baptême et Plisane, l's qui se trouve après un e clair, au lieu de laquelle on met un accent au dessus de l'é, comme dédain ». Il remplace aussi l'a par un circonflexe, dans apôtre, jeûne, supprime les lettres doubles et inutiles comme 1'/ d'affaire, change y en i simple, etc. [Réglemena pour les écoles... de Lyon, André Olyer, p. 2i).
Les MAITRES ÉCRIVAINS. — J'avais cru longtemps, sur la foi de leurs adversaires , trouver chez les maîtres écrivains une opposition obstinée. Il est vraisemblable en effet qu'ils étaient attachés à ce qui dans l'écriture faisait queue et paraphe, les y, les z. L'Esclache fait encore allusion à cette passion (p. 14), Rodïlard aussi '. Mais n'y
I. ■ Ceus qui écrivent melenl toutes cet sortet de mot» avec un « (bon(ei). parce qu'ilï Tant t'e et le z tout d'une tire, au lieu que s'ils mcloient un e et une i ensuite, il Taudrail mètre un accent sur l'e, et cela leur fairoit perdre du tèms, ce qui Tait qu'ils 'ont réelle s tout ensemble . (p. M; cf. «-50]. De nos jours, le docteur Javal Lcvy, u pauionnément épm de la rérorme de l'orthographe, était pour la même raison hostile lia substitution de été i elle.
i tO HISTOIRE DE LA LA.MGLE FRANÇAISE
a-t-il pas là quelque dépit ? Assurément des gens du métier avaient pu être opposés à des écritures qui dérangeaient ta main, obligeaient à mettre sur l'i un point, sur IV un accent, au lieu a d'écrire tout d'une tire ». D'autre part, écrivains publics, appelés à coucher sur le papier des pièces destinées aux tribunaux, il était tout naturel qu'ils se laissassent influencer par les habitudes de la chancellerie et du greffe, et par l'orthographe très archaïque en usage dans les milieux judiciaires.
Mais on voit par le traité de de Blégny que certains maîtres écrivains, comme les autres maîtres des écoles sont, autour de 1690, gagnés à la cause d'une simplification progressive. Son Traité d'orthographe, dont j'ai parlé plus haut, était très résolument conservateur, H Ceux qui ont écrit estret, j'aimès, n'ont point fait de secte, dit-il, et ont été abandonnez de toutes les personnes raisonnables ». Et c'était là une allusion très directe aux « folies » de L'Esclache. Au contraire dans ses Eléments [Hègîei de l'Orl., 15), il signale lemême changement sans aucune réprobation, il estime même quedes cori'ections rendraient l'orthographe aisée, et qu'elles lui ôteraient cette « désagréable marque de dépendance des langues étrangères .. (lK-17).
Au reste, déjà dans le Traité, il accepte j consonne, différent do-
I voyelle, et aussi », au commencement des mots: tJoir, vrai. Il tolérerait le remplacement de y par i à la fin des mots: y 'aimerai, aussi; il marque l'accent grave sur à ; il ira à Paris. 11 supprime s,. dans étude. Il simplifie des doubles voyelles ou consonnes : âge, abé.
II préfère même fdosofie à philosophie, et écrit orthografe.
Dans ses Eléments, il devient assez hardi, surtout sur le chapitre des diphtongues. 11 se conforme à l'usage des « personnes connues pour bien ortografîer, qui retranchent sans aucune altération ni sans causer d'équivoques les lettresdes mots ou elles leur paroissent superflues, et où il semble que les Anciens ne les ont emploïées. que pour écrire comme ils prononçoient, ou afm de marquer uneétimologie Grecque ou Latine, à laquelle peu de gens s'arrêtent ù présent ». J'ai rapporté, ajoute-t-il, » en quelques endrois de ce Traité, le sentiment de quelques personnes qui voudroient qu'on se servît des Lettres suivant leurs sons naturels, qu'on rejetât les dîftongues de tous les mots où une seule voïelle pouroit sufire, et qu'enfln on écrivit les sillables [sic) et les mots, ainsi qu'on les prononce, en les prononçant de la bonne manière » [Avis,)
Les ^iaîtbes pour ^trascers. — Les étrangers, en général, étaient tout acquis à une simplification, surtout dans les Pays-Bas, comme