CHAPITRE PREMIER LES GRAHICAIRIENS ET LA GRAHHAIRE
L.E8 CONTINUATEURS OE Vaugelas. MËnAGE'. — Ménage était né à Aagers, le 15 août 1613, de Guillauine Ménage, avocat du roi, et de Guionne AyrauU, sœur de P. Ayrault, lieutenant criminel. Il cultiva d'abord le droit, devint avocat au Parlement, puis, après on séjour à Paris, rentra à Angers, où son père voulut lui transmettre son office. Mais le jeune homme se dégoûta de la chicane, et, encouragé par l'évêque d'Angers, préféralavie ecclésiastique. Bientôt pourvu de quelques bénéfices, en particulier du doyenné de Saint-Pierre d'Angers, il commença à s'appliquer à l'étude des lettres. Retz, encore coadjuteur, l'appela ensuite auprès de lui. En 1648, il hérita de son père, dont il était le fils aîné, et fut en possession d'une assez belle aisance ; il l'augmenta encore en obtenant le prieuré de Montdidier, qu'il résigna bientôt à l'abbé de la Vieuville, en échange d'une rente de iOOO livres. Sa situation fut bientôt telle que Mazarin et Colbert le chargèrent de faire un rôle des gens de lettres, « comme celui qui les connoissoit le mieux, et qui avoit correspondance, non seulement avec ceux de Paris et des provinces, mais aussi avec les estrangers ». La Bequeste des Dictionnaires (Cf. t. 111, 36) l'empêcha d'être de l'Académie. En 1684, la Compagnie le rejeta encore, quoique Montmor opinât qu' «il fallait le condamner h en être, comme on condamne un homme qui a déshonoré une fille & l'épouser » . En revanche, l'Académie de la Crusca l'avait reçu, et il tenait lui-même à Paris, le mercredi, une merca-
I. Voir Bur tout ce qui concerne Ména^ une importante et trôi i>tude de M"* Samfireeco : Mimge polémMe, philologue., poète. Paria, rie de FEmmcipttriee.
HUtoirt de U Langue frtnçuUe. IV.
2 HISTOIRE I>E LA LAKUUB FR*>ÇAISi::
riale, dont les réunions et les décisions furent célèbres. De grands personnages : le prince de Guéméné, Montausier, étaient de ses relations. Madame de Sévigné, Madame de Lafayette furent ses élèves et restèrent ses amies. La reine Christine l'invita et vint à sa rencontre. Ses diiTérends avec Chapelain, d'Aubignac, Cotin, Boileau, de Salo, Bouhours, BaîUet, sont parmi les querelles retentissantes de l'histoire littéraire. Mis par une chute dans l'impossibilité de sortir, il en vint à tenir cercle tous les jours, et malgré la fréquence des réunions, sa maison ne cessait pas de s'emplir d'une société de lettrés et de gens d'esprit, qui venaient jouir de sa conversation, émaillée de bons mots, d'anecdotes, soutenue par une science peu commune, variée par une correspondance ininterrompue avec tous les savants de l'Europe.
Ménage mourut en juillet 1692. Il laissait, imprimés ou manuscrits, une ample variété d'ouvrages, des poésies grecques, latines et françaises, des traités en italien, en latin, en français, sur toutes sortes de sujets : philologie ancienne, italienne, française, histoire, droit, belles-lettres-.
Dans cette grande œuvre, la part faite à la langue française e.st considérable. Elle comprend: 1" Les Origines de ta langue française (Paris, Courbé, 1650), dont l'édition complète ne parut qu'après la mortde l'auteur, en 1694 ; 2° dans les Miacellanea (1652), la Requesle des Dictionnaires, pamphlet publié sous le titre de Parnasse alarmé, en 1649, sans nom d'auteur*' ; 3° les Poésies de Malherbe avec des notes (\666), dont une édition refondue parut en 1689, chez Barbin, une autre en 1698, et d'autres en 1722 et 1723^; 4" des Observations sur la langue français' (Paris, 1672), revues et corrigées en 1673; une seconde partie ajoutée à ces Observations, en 1676; 5" des ouvrages manuscrits : Origines des façons de parler provinciales françaises, et Observations sur Rabelais.
Ménage a été longtemps considéré comme le type de Fétymologiste ridicule, et quelques unes de ses erreurs ont jeté sur les recherches de ce genre un discrédit dont elles ne se sont pas encore relevées en France, même dans la partie de la société où l'on devrait savoir
1. On en trouvera l'en umérn Lion en ti^le du volumede M"> SamGresco, p. i etauiv.
2. Le ms. exista â la Bib. Nat., n- 3 i. Ils, fol. 371-377. Il esl sitcné Mesnnge, advocat en Parlement, Une /teiponis su Paraasae ,iiar mé , par l'Acadimie frsnçoise, parut en 1649 (t* de SpBfcs). Elle ndtait, bien entendu, pix de l'Académie. Peut-être est-elle de Boisrubert.
3. Miïnage avait comme ii ce à imprimer en 1S54. Puis il s'interrompit, Chevreau, dans l'intervalle, fit circuler en manuacrit aea propres remarques. Ménage s'interdit de les lire, ce qui n'cmpécha pas Chevreau de crier au plagiat, surtout après la mort de Ménage.