CHAPITRE II LBS MOTS TIEOX
La lulte contre le vieux langage, si vigoureusement c dans ta première moitié du siècle, se poursuit avec acharnement. Jamais génération n'eut si peur de ressembler à d'autres et même à la précédente. Etrange état d'esprit dans une société où la noblesse héréditaire joue un rôle prépondérant. Il faut avoir des aïeux, mais ne point leur ressembler.
Tout ce qui remonte au deU d'Henri IV est du « vieux gaulois >>. Le Roi se récric, lorsque. Racine, sou lecteur, lui propose d'entendre un extrait du Plutarque d'Amyot. Et le poète doit changer au fur et à mesure mots et tours pour faire supporter » ce gaulois » '. On considère le français du xvi" siècle comme une langue particulière, qui demande une traduction. Il convient à peine pour assaisonner certaines compositions, comme celles de La Fontaine ^. Encore cette exception n'était-elle pas du goût de tous, et le « stile de Marot » eut quelque peine à se conserver, même dans le genre maro tique ^.
Sans doute quelques élégances de la génération antérieure con-
1. Mon pire proposa une de9 Fieide Plutarque. 'C'est du gaulois >, rdpondit le Roi. Mon pèro répliqua qu'il tAcheroit, en lisant, tle changer Ich tours de phrau trop ancieiiB, et de substituer les mots en usage aux mots vieillis depuis Amiot. Le Roi consentit â cette lecture ; et celui qui eut l'honneur de la faire devant lui sut ni bien changer, en lisant, tout ce qui pouvott, à cause du vieux langage, choquer l'oreille de son auditeur, que le Roi écouta avec plaisir (L. Racine, Mém.t.J. Rac, éd. des C' Ecriv., 1. Mi); il (le vieux français) commence A former une langue particulière qu'on nomme vitax Gauloû {Apol. de La Bruyère, aOB) ; du Françoia ancien mis en nouveau langage est une vraye traduction {ld..ib.].
1. Cf. son Avertiasement de 1665. Il a cru que . . . celte manière [le vers libre) pourroit sembler la plus naturelle, et par conséquent la meilleure. D'autre part aussi le vieux langue, pour les choses de cette nature, a des grâces que celui de notre si&cle n'a pas (IV, 1). Chapelain lui écrit i ce sujet : • Je n'ay trouvé en aucun eacrivain... tant de jugement A ména^r les expressions ou antiques ou populaires qui sont les Mulea couleurs vives et naturelles de cette sorte de con)poaiUon •■ {Lttt., II, 439).
3. Racine avait refait la fable du Bûcheron, parce qu'il désapprouvait ceux qui employaient le style de Marot : Pourquoi, dîsoit-il, emprunter une autre langue que celle de son aiéclcî (L. Racine. Jfe'm., 114).
tÏQuent à être des élégances. La vogue d'un furieusement ne passe pas tout d'un coup '. Beaucoup de gens ont encore a àa tendre » pour les adjecUfs substantivés : le pur, le poli •. Mais quelques exceptioBS ne font que confirmer la règle. Avant tout il ne faut pas paraître du temps des « collets montés » ^.
Malherbe, Vai^felas môme ne peuvent être suivis qu'avec précaution: >( la plus part de leurs termes ont vieilli, et on n'ose plus se fier à leurs modelleset à leurs remarques » (Fur., Fac'.,ll, 84). Les fidèles du roman sentimental se réjouissent de voir paraître l'Astrée •> en bon françois » ',
Il n'y a guère que Ménage, qui, parmi les grammairiens, eut un certain respect pour les vieux mots, encore le devine-t-on plutôt qu'il ne le montre. Néanmoins ses contemporains l'ont fortement tancé â ce sujet. Alemand lui fait son procès à propos du genre du mot âge '>. Il s'est laissé si fort préoccuper, dit la Manière de parler, en faveur de certains mots qui ne paraissent que comme des monstres et des avortons de notre langue, que, quoiqu'ils aient vieilli ou même qu'ils soient morts, il prétend les renouveler ou les ressusciter, et l'autorité de Nicot ou de J. du Bellay l'emporte dans son esprit sur celle de Vaugelasou même de l'Académie (5H)''. En réalité, Ménage n'était pas très alTecté de tous ces retran-
I. Voir Danociurt, t. 1I[. p. 9, 37, 61. 71, 75. 8t. H7. On le trouve jusque dan» Petit. DM.ULl.etmor., U.