‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 90 sur 202 · Ut Yerit. OEnrrei, 3-éd.,in, p · texte numérisé non relu

Ut Yerit. OEnrrei, 3-éd.,in, p

tort que l'on a'imagine, et il seroit à souhaiter que les Auteurs les plus illustres de ce tems-là se fussent rigoureusement oposez à la proscription de plusieurs mots qui n'ont rien de rude, et qui serviroientàvarierl'expressionià éviter les consonances, les vers, et les équivoques. La fausse délicatesse, à quoi on lâcha trop la bride, a fort apauvri la Langue. Les meilleurs Ecrivains s'en plaignent, je dis les Auteurs qui sont le moins incommodez de cette indigence, et qui trouvent dans le fond fertile de leur génie de quoi la réparer. Voiez les réflexions de M. de La Bruyère. Quelques-uns d'entre eux donnent mille bénédictions à M. l'Evêque de Meaux, & M. l'Evêque de Nîmes, et à telles autres plumes du premier étage, lors qu'ils les voient se servir de quelque terme vieillissant. Cela le réhabilite, et le rajeunit ; c'est au moins une barrière qui prévient la prescription, et qu'on peut oposer aux chicaneries des puristes. Nôtre Langue doit beaucoup aux Ecrivains qui disent certes en prose, et qui se commettent pour luy dans leurs Ouvrages. . , La source du mal n'est pas toute entière dans cette inconstance des Langues vivantes, que les Anciens ont éprouvée et très bien décrite. Il s'y fouire je ne sai quel complot, et cette machination ne vient pas tant des Lecteurs qui sont Auteurs, que de ceux qui ne le sont pas. Ceux-ci se donnent tout le plaisir de critiquer, sans sentir la peine de composer. Ceux qui sentent cette peine sont plus indulgens envers les mots » (Cf. l'article Accius).

Quelques auteurs aussi ont dit leur tristesse des ravages que le goût faisait dans la langue. La Bruyère était trop i< artiste » pour ne pas sentir ce que la proscription des mots vieux faisait perdre de pittoresque à la langue ; dans le passage que rappelait Bayle, il ne dissimulait pas ses regrets. » Ains ' a péri, dit-il, la voyelle qui le commence, et si propre pour l'élision, n'a pu le sauver; il a cédé à un autre monosyllabe, et qui n'est au plus que son anagramme. Certes" est beau dans sa vieillesse, et a encore de la force sur son déclin: la poésie le réclame, et notre langue doit beaucoup aux écrivains qui le disent en prose, et qui se commettent

1. Les mots qui n'ont point de noie ont Md éludiiis dans mon tome III.

3. Certt* est tin mot de province auquel Marg. BuITelprcrèrcRiiieurenienf (Obi., 31J. Bouhoura ne L'accepte que dans le style soutenu, et c'est aussi l'avis de A'. Dana la conversation il • ne se dit plus que par les Gascons - (8oiilioui's,5Dif.,7ï}. — * Pom., Duil., G. Micgc l'a word scarce to bc uscd in familial' discoiirse), Rîch. : il commence à vieillir, Fur,, A.; @ Th. Corn. — Certes, ptusje mi!dite et moinsjeme Dsurc Que vous m'osiez compter pour voire créature [Racine, II, 261, Srif., v.l51;cr. Id., I,»!, AUx,, V. f)IT ; à ce propos, L. Racine remarque que le mot • quoique vieux «.est beau en vers, quand il est place à propos).

pour lui dans leurs ouvrages. Maint < est un mot qu'on ne devoït jamais abandonner, et par la facilité qu'il y avoit à le couler dans le style, et par son origine, qui est françoise. Moult, quoique latin, étoit dans son temps d'un même mérite, et je ne vois pas par où beaucoup l'emporte sur lui. Quelle persécution le car n'a-t-il pas essuyée! et s'il n'eût trouvé de la protection parmi les gens polis, n'étoit-il pas banni honteusement d'une langue à qui il a rendu de si longs service-s, sans qu'on sût quel mol lui substituer ? Cil a été dans ses beaux jours le plus joli mot de la langue Françoise ; il est douloureux pour les poëtes qu'il ait vieilli. Douloureux ne vient pas plus naturellement de douleur que de chaleur vient chaleureux ' ou chaloureux : celui-ci se passe, bien que ce fût une richesse pour la langue, et qu'il se dise fort juste où chaud ne s'emploie qu'improprement. Va/eurdevoit aussi nous conserver valeureux ■•; haine, haineux ' ; peine, peineux '•, fruit, fructueux •* ; pitié, piteux ' ; joie, jovial * ; foi, féal " ; cour, courtois '" ;

I. Maint (cf. III, 13, 97, 179. sett) — » Pom. : vîcoi root, Duîl. avec a, B. F., Rich.: VIEUX mot burlesque, Fur. : burlesque, A. : il ne se dit que dans ccrlaînea poésies. A' : id. ; Q Th. Com. — I.'orîgine de maint est fort obscure.

î. Chaleureux — *P(nn., Duil.; © G. MiCKe, Rich, ;* Fur. : il ne sedil guère» qu'en celte phrase, les vieillards ne sontguercschaleui-eiii, A. et A^ qui donnent un exemple semblable et n'admettent 1c mot que pour les personnes; 9Th. Corn.

3. VaUarenx~*Pom., DuiL., B. F., Rich.: est plus de la poPsie que de la prose. Fur,, A. répète Rich. ainsi que A» ;©Th. Com. — Corneille l'avait employé : Le» hommes valenrea-tle iontdu premier coup (III, 133, Cid, v. 4ls3]. L. cite deux exemples de Bossuet : Elle est destinée au sa|i^ et valeareax Philippe {Or. fart. Reine ifAngl.): Trois fois il fut i-cpoussé par te valeureux comte de Fontaines {Ur. fua. Condé).

t. tfairieuj; est déjà donné comme suranné par Duit.,*rom., U. Miege ; ©Rich.; • Fur. : vieux, A. et A' le citent sans observation. Cependant Th. Com. le donne comme vieux.

5. Peineux — *Pom., Duil. et G. Mieg'e donnent peneiix avec le sens do honteux et confus; 0 Rich, ;* Fur, donne seulement la semaine peneaie [semaine sainte); A. répète Fur., en ajoutant que le mol vieillit ; selon A^ il n'est plus en usa^e que dans le peuple ; @ Th. Corn.

6. Fmctaeux — «Pum., Duil, ; G. Mie)[e le rejette dans B. F., Rich., A. ctA^ ne le gardent qu'au sens figuré, Pur. donne un exemple au sens propre, mais en faisant observer que l'emploi en est surtout Hpiré ; © Th. Corn. — L. cile au sens propre Boileau : La fcréle... qui... Abat l'honneur naissant des rameaux fruclaenx Lalr., V), au sens figuré Nicole et Bossuel.

1. PifeuK— •Pom.. Uuil,.B.F., Rich. avec -J-, Fur,, A.; e Th, Corn. ;* A» : style familier. Il faut noter que seuls Pom. et B. F. le donnent avec le sens actif : quia pitié. — L, cite Corneille el La Fontaine.

8. /ouiaf— e Pom.; •Duil.. B, F. ;©Rich. ;• Pur., A.; QTh. Com.;*A-. — H est gai, jovial, familier (La Br., II, 5B),

9. Féal est déjà signalé comme vieux par Pom. ; •Duil,, G. Miege avec f , Rich. : terme de chancellerie, se dit en burlesque quelquefois, Fur. : A. renvoie à foi, mais oublie le root ; Th. Corn , : vieux mot; A> : vieux mot ou familier. — Notre féal, vous Uchez trop tôt prise (1^ Font., V, 573); Comme Amy fialei sincère De celte Fgliie, ou monastère (Loret, i sept. 1660, v. 109-110).

10. Coupfoù envers les Dames,., est du vieil stile, llfaul dire il est civil et obligeant aux Dames (Marg. BulT., 30) ; quoi qu'on le trouve dans de bons Auteurs, on ne s'en

234 HIRTOIRB DE LA LANtiDE PRAKÇAIse

ffîle, gisant^; haleine, halené-; vanterie, vantard'^; mensonge, mensonger^; coutume, coutumier ^i.. Heur ^ se piaçoit où bonheur ne sauroit entrer; il a fait Aeure«a;quiest si françois, et il a cessé de l'être... /ssue prospère, et vientd'fsâ/r ',quiestabuli. Fin subsiste sans conséquence pour /iner ", qui vient de lui . . . Verd ne fait plus ver-

■crl pluB guère (Rich.);Bouh. (Rem, ,51), priirèrc aussi eiuil; dcmïmedc Callièren (Bon etm.n«.,n3l. — *Pom.,Dui!.,(j. Miegc, Fur., A.. Th. Corn., A! : commence à vieillir. — C'esl uncomcilicn bienfait, eourloU. habile (La Font., VII, 381, v. 37; cT. V, 117, V. 193; II, 53, V. i). Il manque aux Lexiqua de Corn., La Rocher,, Mol., Rac, Sé\.

1. Gùant — «Pom., Duil.,G. Miei^; 0Rich.;*Fur.. Th. Corn., A*: Styledepratique. — quoique son camarade SnuUnt que le ginnnl irait voir ses aïeux (La Fonl., 1. iOÎ, V. 3-i); Il voit ce corps SMsnf, le croit privé de ïie(Id., I, 429, v. Î4].

S. Bateni —Le verbe est dans Pom. au propre et au 6(furi, Duil, . B. F,, Rich., qui l'emploie au fijçuri! : pressentir; Fur.; terme de vénerie, et au llfturé ; A. : sentir l'iialeinc de quelqu'un, corrompre l'esprit, se dit aussi des chiens de chasse... au llicuré r Aalener quelqu'un, descouvrir ce qu'il a dans l'ame ; A' : id. ; qT\\. Corn. — Ils sont bien ayscs,,.d'esoumer lu pol et ftafener les cuisines des Seigneurs delà Cour(Garasse, Doclr. car.. 9H ; cf. Chapelain, (iosman d'/U/"., III, 157).

î. l'«n(nrd — e Pom-; *I>uil-; ©G- Miepe, Rich. , Fur.. A., A^. Toun donnent canfeur; q Th. Corn. — Mnltre .l^neas, v<Vtre bâtard. Comme tout aoudrille est uanCarl (Scarron. l'ir^., I, 3S1),

i. Memongtr — *Pom, et Duil,. aveclcsens de adonna aumensonf^. B. P. : Taise, unti-ue, Rich. qui cite: illusion mentotigere, et aussi: Vous êtes,.. Inconstante, bizarre, ingrate, mtaaongire. Voit., Poës. : Fur. : vieux mol qui sipiifioit eutreroia trompeur, vanilei fausses et nteruoniferei : A. : discours mensonger, il est plus en usa(;e en pogsie; A^ remarque de plus qu'il ne se dit que deschoses,* 0 Th. Com. — Pourueu que vous ne soyci point mtn»oagere (d'Urfû, Anlrit, ]6H. I, 59 *); Vous estes vn memonger [Garasse. Doelr. car., 87ii], Corneille avait dit : Apr^ m'avoir promis, scriei- vous meatoagirt? (M . 110.(ia(,rfu Pat., v,l745). EntSSO. il chanirea levers et fit disparaître le mot. Au sens actuel, voir dans L des exemplesde LaFont.etde Racine, Au sens ancien il ne cite qu'un exemple du vvm's. de J, B. RouE-seau.

5. Coufumier — *Pom.. OuîL, B. F. DansCMiege, Rich,, Fur., on ne trouve que le sens juridique. A. et A- y joignent le sens de : qui a accoustumi de faire, qu'ils déclarent vieux et bas. De plus A, le donne comme poétique au sens de ordinaire et au féminin : sa clarté eoutltimfere ; @ .Th. Corn. — On en trouve de nombreux exemples dans KacanlII. 205. 301. 3S1) cl Loret,?! déc. 1651. v. 174; 10 avril 1055. V. 3a5];Ëtmesyeux..,Ne trouvent plus aux siens leurs irracescouliimiérej (Com.. 111. 541, Pol., V. 1159-K60); La fratclieur conluntiére (Racine, IV. ■i\, Poé$. dif.. v. 19).

6, Heur n'est plus guère aujourd'hui en usage, ni en prose ni en vers... Cependant il y a tel endroit od il peut trouver sa place comme en ces façons de parler. Il n'y a qu'heur et malheor en ce monde IMénsfie, Obi. s. Math.. Il, 108). Chevreau ne Taccepte pas, si on n'y joint bon ou mai, ce qui revient à ne plus l'accepter (Ms, Niort, S3. dans Boiss.{. C'est l'gulcment l'avis de Leven de Templery (Gen.et Pof, delà L. ^r., S50) — A> ne le tolère plus que dans les proverbes. * Pom., Duil.. G. Miege, Rich., Fur,, A, ; o Th. Corn, — Ce vieux mot faisait encore belle Brupc dans le Cid : Chiméue. qui leùt.lit? Que noti-e Aenr fût si proche et si tôt se perdllî (Com., III, 15», V. OHT-DSBj, Les exemples sont alors nombreux Icf. Racan. I. 21. (I. 54, 107, 119,133. 13fl1.HienlAt il ne flilplus que comique : puisque de tant d'heur le ciel me favorise... Touchez là (Montfleury. La Dupe de sof-melme, a, V, se. 10); Iteraplissci hautement l'Aeur de votre naissance (Th. Corn,, Geei, de soi-même, a. II, se. 5 ; cf. Id., Am.&la mode,B. V, »c. 7): comble d'heitr et de jours (Racine, IV, 70, Po^s.

7, /Mi'r(cr, 111,102,314) — e Pom., Duil. ;* B. P.. Rich., Fur., A, et A» le déclarent hors d'usage. Th. Corn. : l'ieux mol, il n'est plus en usage qu'au participe, en pai^ lant de généalogie.

Page 1