‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 109 sur 259 · DetiÏH, 1572. 2 r · texte numérisé non relu

DetiÏH, 1572. 2 r

•t. Conform., p. 25^ <M -

EMPRUNTS ALX AUTRF.S I.ANGUES 207

«i^nol'. Le livre le plus répandu de toute la littérature de nos \ oisins avait été le roman d'Amadis, et des Essars, qui a commencé à le traduire, est un écrivain relativement très pur, qui archaïse plus volontiers qu'il n'emprunte : il cherche à adapter son lan^i^age à l'oricrinal. au lieu de transcrire celui-ci. Ce n est pas à dire que tous les écrivains aient observé pareille réserve. Brantôme avait voyagé en Espagne, il avait accompagné les troupes de Philippe II, et il étalait volontiers, à côté des termes italiens, « le gentil parler espagnol », qu'il possédait aussi bien que son « franciman ». D autres, sans y mettre cette jactance, se sont laissés aller ; la guerre a mis en contact les deux peuples, et le résultat a été qu un certain nombre d'hispanismes se sont glissés dans le français, quelques-uns même y sont demeurés -'.

Je classerai ici, comme plus loin pour le latin, les emprunts en diverses catégories ■' :

1. Ronsard, dans la Préf. de la Franciade, veut qu'on apprenne l'espagnol comme l'italien ; Du Bellay ne les sépare pas non plus.

2. Je ferai, avant de donner aucune liste, des réserves analogues à celles que j'ai faites en parlant des mots dialectaux. Il est d'abord souvent très difficile de savoir si un mot est français, ou provençal, ou espagnol, ou italien. C'est le cas de certains mots en ade, une fois ce suffixe entré dans le français: de certains verbes même, comme parançfonner. qui peut être aussi bien dérivé de parangon, déjà entré dans la langue, que de lit. parangonare. Lesp. paragon semble la forme primitive: parangon entre en français au xv siècle V. Chansons, éd. G. Paris, p. 104 ; parangonner est seulement <lu xvi* siècle Rons., 1, 5 et 3S0, M.-L.). Le fr. hésite entre paragon fesp. paragon et parangon it. parangone. à côté de paragone . On a le choix souvent entre plusieurs origines : rien dans la forme de escamper iv. fr. eschamper n'indique s'il est pris du provençal escampar ou de l'espagnol escampar. Et souvent il est d'autant plus téméraire d'écarter les influences des dialectes de langue d'oc que. dans bien des cas, les intermédiaires qui nous ont apporté les mots nouveaux parlaient un dialecte de cette langue. En italianisant, ils gasconisaient encore.

Dans d'autres cas plus simples on n'est pas moins embarrassé. Brant«'>me italianise espagnolise. D'où lui vient son escalier. VI. 142 {=: escalader, v. fr. escheler ? de 1 espagnol escalar ou de l'italien scalare ? Bancade est passe chez Belleau H. 22. M.-L.i. Faut-il le rapporter à l'italien hancala, où à l'espagnol hancuda ? La première hypothèse est la plus vraisemblable: mais il est dangereux en pareille matière de prononcer d'après des considérations générales.

Enfin on se trouve même quelquefois très empêché de décider si un mot est pris aux langues néo-latines ou au latin lui-même. (Jase était italien dans la bouche des courtisans, au dire d'Henri Estienne Dial.. I. îâ ainsi que cauer. faslide. slomacher se). ,»"/»., I, 3, ii, i9 . Mais Rabelais 1, 2ii. M.-L. a pu emprunter aime et campane d^alinus et de cumpana. aussi bien que de l'italien alnioci campana : predicant est dans Ronsard. \ . 338. M.-L. et dans une foule d'autres textes. Faut-il y reconnaîlie l'italien predicante. ou le latin d'église prsedicans, si usuel au xvi* siècle? On pourrait citer pas mal de mots qui prêtent à semblables divergences de vues : se iacter. lentiiude, hortolan.

3. Tout en reconnaissant que des italianismes sont entrés tout crus dans le français : opéra, piano, etc., j'écarte tout ce qui est de l'italien ou de l'espagnol pur. non francisé: /1/me 'H. Est., Dial.. I. 54); andar rie (N. du Fail, 1. 175 ; il me haste l'anime (H. Est.. DLil.. !. 14, 112. i39}:madesi Id.. ibid.. 1,45^ ; in friittola Id., ihid.. I. 23 : in gamhe (N. du Fail, 11.50): martel in teste (H. Est.. Dial.. I. 3. «4. 61, 112, 113i; mezze partie 'Brant., V, '2iV: prime del monde Noël du Fail. I. 74); en despetto de ce vieil père (Grev., Les Esb., a. II, .4. th. fr.. IV. 259 . son père hayssoit tous ces Indalgos Bonrrachous {l\ah.. I. 33).

1° EXPRESSIONS FAITES DE MOTS FRANÇAIS. MAIS RAPPROCHÉS SUI- VANT UN MODÈLE ITALIEN OU ESPAGNOL. — Brantôme dit de la sorte voir dire pour ouïr dire, et nous savons par H. Estienne que plusieurs Italiens disaient veder la messa [Dial., Il ^ 160). Comparez estre en coriielio, Brant., IV. 221 (= ital. stare in ceruello). H. Estienne a poursuivi de ses moqueries un très grand nombre de ces phrases, imagées ou non : Cela sera pour me faire entrer au paradis de mes désirs, il parle diuinement bien, il a le diable au dos, etc. *. ■Se mettre en mire est de la même façon construit sur l'espagnol estar a la mira (Brant., VU, 65) -.

2° MOTS INFLUENCÉS DANS LEUR FORME. — a. Par l'italien : balzan (refait sur halzano), v. fr. baucent, 01.de Serres, IV, 10, H. D. T. ; canaille [canaglia], v. fr. chiennaillo, Rob. Est., 1539 ; Y Amad., f" XX v" ; le prend peut-être à l'esp. canalla, cattif [cattiuo], fr. pop. chetif, H. E., Dial., I, 39 ; Brant., I, 69 ; caualerie [cauallcria], v. fr. cheualerie, H. Est., Dial., I, 26, 110, 292; La Boëtie, 172, L. ; courtesie [cortesia], fr. courtoisie, H. Est., I, 43^ ; escars [scarso], fr. eschars, Brant., VIII, 23; fauoregger [fauoreggiare), fr. fauoriser, H. Est., Dial., I, 4; ghirlande [ghirlanda], v. fr. garlande, Bons., I, oi, M.-L. ; inamouré [innamoralo), ïr. énamoure, H. Est., Dial., I, 4o ; misser [messe re) , fr. messirc, Des Per., J. Deuis, XXIV, II, 110 ; past [pasto). fr. past prononcé pât''. Est., Dial., I, 3; Brant.. VI, 338; ragioner [ragionare], fr. raisonner, H. Est., Dial., I, 3, 47; tramontane (tramontana), v. fr. tremontane, Du Bel., I, 235, M.-L. b. Par l'espagnol ; conquister (refait sur conquistar), fr. conquester. Brant.. I, 202; galardon (galurdon), fr. guerdon, gucrrcdon, Brant., Dam. gai., 1*^' Disc, G. ; guitcrre [guitarra] « qu'on souloit nommer g uiterne », N. du Fail, I, 128.

3- MOTS INFLUENCÉS DANS LEUR SENS. — a. Par l'italien : créature (d'après crcatura) = homme soutenu, « auancé en bien » par un autre. H, Est., Dial., II, 103; créé [creato) = discipliné, élevé. Brant., III, 145; se demander [domandarsi] = se nommer. Des Per., ./. Dcuis, XXII, II, 99; degouster (digustare) = goûter. Brant., IX. 492; fermer [fermare] ^-^ s'arrester, IL Est., Dial..

1. A relever celle-ci ; « le me pris a fantaHicr en mon licl et moiiiioir la roue ilima mémoire » (H. E«t., I)iiil.,l\. 11<»). Klle ost tcxlueilemeiit nii (lélml du C/i.-imi/)fleury de Tory. Voir le» DinUujite», II. passiin.

2. DatiH le même ordre d'idooH, il faut ajotiU'r que l'influence italienne ou espagnole rend l'emploi de certain» mot» |)lu» fn'-qujMils; témoin : seigneurie, baiser la main. qui »e retrouvent à chaque instant dan» le» oomplimcMit» di-s courtisan».

■S. A vrai dire, il ne »'a)(il ici que tl'une prononciation " c<iurloi»e » de oi. ^^ .'i lu l'honétiquc.

4 Hiihcl!ii>» f-mploie /»/i.'»^ 'I "1 K^t-co In forinc jtiilicinu' fin In rnnt.'ni»e ?

K.MPRl -NTS ALX ALTRES LAX.LES 209

I. io. cf. God. ; forestier [forestière] = étranger. Id., i/>., I, 67, 96: cf. God. ; liurer (liurare) = délivrer. Brant.. II, 176: manche ' manda) = pourboire. Rabel.. III. 38. J. : passager [passagiere] = passeur. Du Bel.. III, 48 L.; Brant.. VI, 118.

b. Par l'espagnol : brauesse |d après braueza. furie, témérité'. Brant.. II. 380; muscle ntuslo = cuisse. Id.. I. 236: romance romance = chanson populaire, Id., VII. 162 -. i'MOTS EilPRLWTÉS DIRECTEMEXT-K — a) Italiens * : accort^accorto (avisé), Baïf, IV. 96, M.-L. : cf. Pasq., /?ec/i., VIII, 3: H. Est.. Dial., I, 36, 110: accortesse — accortezza, Jod.. 78, M.-L.; adoulorer (s') = addolorare, Brant., IX, 373: altesse = altezza, Rons., VII. 322. H. D. T. : arcade — arcata, Dorât. 23, M.-L. : \h)arquehiizade = archibusata, Belleau, II, 428, M.-L. : artisan = arti- ;/iano. Rab.. III. I. H. D. T. : assacin =^ assassino, H. Est., ApoL. I, 333: bagatelle =z bagatella, Cotgr., Dict. : baguette = bacchetta. Mont., III. 28i. L. : balcon = balcone. Ph. Delorme, Arch., VIII, 20. H. D. T.: Aa/c^ac/ji/j (baldaquin i = baldacchino, Rab., IV, 31, H. D. T.: bancque =1 banca, Rab.. VI, 23, J. ; bancqueroupte = banca rotta, Cord.. Corr. serm. em., 193 A.: barizel = barigello offic. de police), Brant.. III, 43: barque =z barca, J. Le Maire. H. D. T. : baster = bastare (suffire), Rab.. III. 17. H. D. T. : Noël du Fail. I. 103 cf. Est.. /)/a/.. I. 3, 23. 49, 32) : batifoler, de batti folle, Baïf, Mimes. H. D. T. : bécarre =.bequadro, Rab., III, 38, H. D. T. : beluedere = beluedere, J. Le Maire, H. D. T. ; bidet = bidet to pi.stolet de poche). Paré, IX, préf., H. D. T. : Manque =^ bianca, Montaiglon, Ane. poés. fr., III. 274. H. D. T. : Brant., IX, 222 : bos- (juet = boschetto, R. Est., 1349, H. D. T. : boucon = boccone (^morceau). Marot, V, 70 : Brant., III, 245 ; bou/fon^^hu/fone, Marot, IV, IH3. L. : H. Est.. Dial.. 1.71,81 : Jod.. II, 210, M.-L.: bourrache

1. L'cspapnol et l'italien concourent à donner au mot braue deux sens différents: joli, vaillant.

2. Le latin agit de son côté sur certains mots romans: ainsi cameriste. venu de l'espagnol camarisla. qui signifie ordinairement camarade, subit l'influence de caméra =:: chambre.

3. Voir un catalogue des mots italiens empruntés, dressé d'après les Dictionnaires modernes. Littré. Darmesteter-Ilatzfeld-Thomas. etc.. sous le titre de Die italienischen Lehnworte in derneufranzoesischenSchriflsprache {seit dem 1S^'° Jahrhanderl . Diss. de Kiel. 1901. par G. Kohimann. Elle ajoute peu de chose à la liste de mots donnée dans le Traité qui suit H. D. T.. p. 22 et suiv.

4. Le .\iv* siècle avait déjà quelques mots italiens : handiere. brigade, etc. Le xv* en a sensiblement plus : qualibre. 1 47S. Delboullc, H. D. T.: cf. Est.. Dial . l. 56: concel = concelto. Ec. dex Qaen.. 11. D. T. : citadin =: cittadino. Perceforest, IV", 3. L. : estrade. Monstrel. Chron.. 2":o. H. D. T. : cf. Est.. Dial.. l. h3, 64: postera posta guise . 141". Ordon..X. 427. G.: cf. Est.. Dial.. 1,66: vsance = iisanza. Comm.. H. 7. L. :cf. Est., Dial.. 1. 24, 44: Noël du Fail. 1. 135.

Hitinire de la langue fntnrnise. II. 14

(bourrasque) -= burrasca, Rem. Bel., II, 252, II. D. T. : hrauade ^= brauatn, Noël du Fail, 1, 81 ; hraue -= brauo (joli), Des Per.. Poés., 58 ; brauiyant = braueç/f/innle, Brant., VII, 213; brusq = brusco, Rab., V, 116, J. ; bu/fe =buffa (haut de la visière), Brant., III, 137; bulletin = bullettino, Marg. de Val., Heptam., 12, H. D. T; burler (se) = burlarsi, II. Est., Dial., I, 4, 206 ; burlesque = burlesco, Ménippée, I, 256, H. D. T. ; buse =busco, Montaig-1., Ane. poés. fr., XIII, 50, H. I). T., Noël du Fail, I, 62; cabinet = cabinetto^ texte de 1528 dans Gay, Gloss. arch., H. D. T.; cabriole = capriola, Mont., I, 25, H. D. T.; cabron = cabrone (ou espagnol cabron? peau de bouc), Brant., VI, 156 ; cadence ■■= cadentia, Guill. Michel, 1549, H. D. T. ; Dorat, 54, M.-L. ; cadenc= catena (ouespag^nol cadena?), Jodel., II, 48, M.-L. ; cadrer:^ quadro, Rab., Sciomach., H. D. T. ; caisson =: cassone, M. du Bellay, Mem., 1), ibid. ; calçons = calzoni, Est., Dial., I, 184; calepin = calepino, Mont., 1. III, ch. 13, t. VII, p. 10; camisade = caniiciata, Rab., IV, 32, H. D. T. ; camisole = camiciola, texte de 1547 dans Gay, Gloss. arch.. ibid.; camp = campo, Marot, Epitr., ibid.; caporal = caporale^ Rab., IV, 64, ibid. ; caprice ■-= cappriccio, H. Est., Dial., I, 50, 139, Brant., IX, 186 ; carcasse= carcassa, Rons., Odes, II, 17, H. D. T.; caresse = carezza^ Rob. Est., 1549, ihid. : carnaual =■ carneuale, Mel. de Saint-Gelais, II, 221, H. D. T.; carollo =. carola, Rab., 202, J. ; carrière = carriera, Amyot, Philop., 21, H. D, T. ; carrosse = carrozza, texte de 1574, Gay, Gloss., ibid. ; cartel = cartello, Garloix, VIII, 20, ibid. ; cartiyer = carteggiare (manier des cartes, des livres), Brant., V, 155; cartouche = cartoccio, Id., VI, 15, ibid.; casemate = casamatta, Rab., III. Prol., ibid.; charlatan = ciarlatano, Jodelle, II, 196, M.-L. ; H. Est., Dial., I, 71. 78, 81 ; circonder =circondare, Montluc, IL 450; concert =^- concerto, Pasq., liech., VIII, 3, IL D. T. ; concci = concetto (s'il est licite d'vser de ce mot), H. Est., Dial., I, 5(> ; contraste = contrasto. Mont., II, 3, ibid.; courtisane = corfigiana, H. Est., Dial., 1. 9L 230; Du Bel., II, 37i, M.-L. : nn/ra.ssinr =rzcorazzina, Brant., VI, 327; dcbolezze --= debolezza, Id., IX. 22; descalse = discalzo (déchaussé), Id., X, 91 ; disgrâce = disgralia, 1564, Thierry, Dicl.. W. D. T.: cf. Ksi., Dial.. I, 151; disgracier = disgratinrc. Guérctult, l'.hrun. d. enip., IL D, T; cl. Est. Dial., I, 150 ; donc -^ dimna, Marot, I, 183; Noël du Fail, I. 50; douche =doccia. Mont., Voyage, G. Suppl^ H. D. T. ; duel tant durllnn/r, Brant., VI. 303 ; eniharra.Hser = inibarazz.ir Mont.. 1. 9. ihid.: rrnhiiscidr — imbosrnta. \\(*h . Est.. l'i'iM

ihid. ; s'enamouracher = innamoracciarsi, Brant., IX, 377; s'encapricer = incappricciarsi, Id., III, 12; esharhaf ^= sbarhato (imberbe), Id., I. 241 : escadron = squadrone, J. Marot, Voy. de Gênes, H. D. T.: escalade ^ scalata, Haton, Mém. 1569, ibid. (en V. fr. eschiele. J. Ghart., I. 80); escapade = scappata. Mont., III, {K H. D. T. ; escarcelle = scarsella, H. Est., ApoL, II, 230, ibid. ; escarpe = scarpa. Le Plessis, Eth. d'Arist.. ibid. ; escorne = scorno, Brant., I, 283; cf. H. Est., Dial., I, 48, 136; II. 169; escorte = scorta, M. Scève, God. Gompl», H. D. T. : cf. Est., Dial., I, 60; cxpalier = spalliere, 0. de Serres, VI, 20, H. D. T. ; estacade = steccata. Mont., III, 4, ibid. ; esta fier = staffiere, Baïf, V, 114, M.- L. (ce mot est blâmé par Mathieu en lo72, Denis, 29 r° ; cf. Est., Dial., I,23i; estaphilade =staffilata, Jod., I, 72, M.-L. ; H. Est., Dial., II, 262; estocade = stoccata, Noël du Fail, I, 116; estrette ^^ stretta, Brant., II, 239; Mont., 1. I. ch. 42; extrapontin = strapontino, Brant., V. 23i; façade = facciata, Ph. Delorme, G. Gompl'., H. D. T.; faïence ^= faënza. Journal de FEstoile, G. Compl', ibid. ; fantassin = fantaccino, H. Est.. Xoiiv. lang., I, 344, ibid. ; fantesque = fantesca (servante), Brant., IX, 261 ; faquin = facchino, Rab., III, 180, J. ; festin = festino, Rob. Est., 1349, H. D. T.; filtre = filtro, Paré, XXVI, 10, ibid. ; forçat = forzato. 1348, Ordon. L.; forfanterie = furfanteria. Paré, XIX. 32, H. D. T.; cf. Livet, Dict. de Molière; fougue = foga. Mont., I, 48, H. D. T. ; frégate = fregata, Rab., V, 33, J. ; fruste = frusto, Rons., VI, 411, M.-L. ; gabion = gabbione, Montaigl., Ane. poés. fr., IV, 62, H. D. T.; gallere = galera, Seyssel, H. D. T. ; garhe = garbo, Rons., III, 227, M.-L. ; cf. Est., Dial., I, 3, 34, 49; Brant., VI, 212; gazette = gazzetta, d'Aub., Epigr., ibid.: goffe = goffo (balourd), H. Est., Dial., I, 36 ; gondole = gondola, Rab., Sciomach., H. D. T.; grabuge, garbuge= garhuglio,Cho\., Ap. din., 74, ibid. ; hostiere^osteria, Rab., I, 8, J. ; Brant., IX, 82 ; imperier = imperiare (emperler), Brant., II, 39 ; improuiste (à 1') ^ air improuuista, Rab.. V, 20, H. D. T. ; cf. Est., II, 239; infanterie = infanteria, Rons., VI, 340, M.-L., Noël du Fail, II, 100; cf. Est., Dial., I, 292; J. d'Auton le francisait en enfenterye, IV, 99; inganné = ingannato, Brant,, II, 228; intrade == intrata, Id., V, 161 ; iouanotte ^ giouanetta, Id., IX, 262; leggiadre = leggiadro, 'Bugn., Er., 33 ; cf. Est., I, i9: leste = lesto, H. Est., Dial., I, 49, 99; niadrigale, S'-Gel.. I, 23S ; mat = matto (fou), Rab., III, 126. J.; mntacin = mnttacino, Bouchet, Serées, I. L. ; menestre ■= nienestra, Belon. Singular., I, 32, G. ; cf. Est., Dial.,

212 HISTOIRK Di; LA LANGLE FRANÇAISE

I, ^61, 101 ; niercadant = mercatanfc. Du Bel., II, 254, M.-L. : cf. Est.. Dial., I, 46: mercadence = mercatantia. Mont.. 1. III. ch, 6, t. VI, p. 63 ; modèle = modcllo, Rons., 287, L. : moiichulz = mosc/ieffi, J. B. P., 359; mousr/ueffe = moschetio (mousquet), Rons., V, 32, 270, M.-L.: nunce = nuntio, Brant., IV, 294; paleniaUle = palamaglio {']e\x), Rab., IV, 30, éd. 1553: parapet := parapetto. \ouv. coutum. (/en., I, H14, L. : H. Est., Prec, 351 ; pardonnance = perdohanza? Du Bel., II, 223, M.-L.; parte = parte, Brant., I, 347; passager = passer/giare, Du Bel., II, 391, M.-L. ; pauzade =posata, Rons., V, 74, ibid. ; pédante = pédante. Du Bel., II, 199, ibid. ; cf. Seal., Let., p. 82, et H. Est., Dial., I, 47, 58, 101 ; pédanterie =pedantèria, Id., ibid., 1, 10 ; Jod., II, 319. M.-L.; pedantesque = pedantesco, Jod., II, 139, ibid. ; ponnacho = pennacchio, Rab., VI, 32, 35, J. ; pianelle = pianolla i^mule. pantoufle), Baïf, IV, 193, M.-L. ; piller = pigliare (prendre), Rons. . I, 101, ibid. ; pilot = pilota, B. Aneau, Lyon march., A. VIII, v" ; poltron =poltrone, Du Bel., VI, 18 v«; cf. H. Est., Dial., I, 93, 101 ; procache = procaccio (messager), Brant., VII, 187; recamé = riccamato (brodé), Rab., VI, 32, J. ; réussir = riuscire, H. Est.. Dial., I, 144; risque = rischio, Id., ibid., I, 145; salsi/is = .nasscfrica, 0. de Serres, 531, L. ; sbire = sbirro, Rab., III, 102, .1.: Du Bel., II, 389 et 562, M.-L. ; soldat = soldato, S'-Gel., I, 216 : Du Bel., II, iO, M.-L. ' ; sonnet = sonnetto, Id., ibid., I, 1 45 ; .s/),/dassin = spadaccino, Rab., I, 115, J. (nom propre) ; IL Est., Dial.. I, 46; stanse = stanza, H. Est., Dial., l, 3, 43; sirambot = strambotto, La Tayssonnière ^ ; torti/colly = torcicolli, Wah., II. 157, J.; tradiment = tradimento. Du Bel., 11,93, M.-L; traditeur = traditore, Du Bel., I, 14 et 478, note 11, ibid. ; valise valigia (esp. balija), d'Aub., Foeneste, III, 23, L. ; cf. Mathieu. Deuis, 1572, 29 r"; vicinance = vicinanza, Brant., IV. 69 ; volfe = volta, IL Est., Dial., I, 38 (déjà dans Brun. Lat.^ '.

1. Il est à noter qu'on trouve une forme soiildal qui pourmil être soinlnrt, dont r Aérait tombée (Amad., I. I, f° XX v", cf. plus loin, au chapitre de lu Phonétique).

2. La Tayssonière écrit de ces sorte» de poèmes, en « laissant au lectcurdc les nommer autrement s'il lui plaist ».

.3. Henri Ksticnnc en cite beaucoup d'autres : acconche [= acconcio]. Dinl., I, 45; HiHoreitolesse == amoreuolezza), ibid,. II. \ \ bulorderie {:= balordin^; ibid., I, 3,3.32; II, 245; biigie (= bugia), ibid., II, 277; callizelles (= caleseUe], ibid., 16; capilé (= capilato), ibid., I, i, 113; conlrade (:= contriida , ibid., I, 15; discot f= ditconto), ibid., I, 45; Cf. Brant., IV, 131; dismentitiiier (= dismenlirareK ibid., I, 100, 118; dialiirbe (^ disturbo), ibid., I, 17; domeslicheite (= domfslivhezza], ihid.. I. 4; ferilé 1= feritk), ibid., I, 35; /'of/ffe (= fotjffia), ibid., I. M, lOK; M, 245; furfanl ^— furfante), ibid., I, 101 ; (jofferie {— (fo/feria). ibid., I, 3 ; II. 215 ; s'imbaler (= imbaUerni . i7iiV/.. I. :ii. 1". 112; imbralter {== imbràtlart), ibid.. I. r>i ; inifhirn

b) Espagnols : algarade = algarada. Bon. des Per., Xouv.. 127 : Grev.. Les Est., a. III, .4. th. fr.. lY, 270 : handolier= bandolero. Bon. des Pér. Xouv.^ 8i, H. D. T.: bandoulière = bandolera, 1586. Delb. dans H. D. T.; bastonnade = bastonada. 1ol2, Thénaud, H. D. T.; berne = bernia. Rab., I. 188. J. : bisongne ^ bisono recrue u Brant., II, 383; Sa/. Men., Har. de d'Aubray : bizarre = bizarro, H. Esi.,Dial., 1, 145; Brant., I, 179 (on trouve .lussi bigearre, S'-Gel., I, 139; Des Per.. Contes, XXXV) ; />rac = hraco (camus . Brant., V. 136; camarade = camararfa. Cari.. VI, i6. H. D. T. ; cabirotade = capirotada, Rab., IV, 39, ibid. ; casque = casco, Gay, Gloss., 1391, ibid.; cassolette = cazoleta, 1329, Id., ibid. ; caualcadour = caualgador. Bons., IV, 293, M.-L. ; centille =ontella i flammèche). Brant.. VIII. 173; depositer = depositar. Brant.. VII. 233 ; desaf/it^ desa/io, Id.. VII. 47; diane = diana. Bons.. EL. 28, H. D. T. ; enfrasquer = enfrascar. Mont.. 1. III, ch. 13. t. VII. p. 3; escamoter = escamotar, Boaystuau. Th. du Monde, ibid. ; escoutille = escotilla . Rab.. IV. 63, H. D. T. ; fanfaron = fanfarron. Reg., Sat. 8; habler = hablar. De Changy. H. D. T. ; Brant., IX, 747; indalgo = hidalgo, Rab., I. 8, H. D. T.; manople ^ manopla. Myst. de S. Did., 104, G.; Vigen., Com. de César, ibid. ; mascarade = mascarada. Jod. II, 299, M.-L. ; ntaschare' = mascarado. Pont, de Ty., 203, ibid.; niochache = muchacho, Brant., I, 32; monine = monina (guenon), Brant.. VI, 197; morrion = morrion, Ord'^'^ du i2 déc. iooS, L. ; Baïf, IV, 133, M.-L.; mousse = mozo, Rab., IV, 46, H. D. T.; nombrer = nombrar nommer;, Brant., IV, 6; picorree = pecorea, Scalii^er. Le t.. 118; Cayet, Chron. sept., 69, 1; retirade ^ retirada retraite^, Brant., III, 62; soldade fà la) = a la soldada, Brant., \. 208; terze = tercio (régiment), Id., I. 21; torion ^= iorreon ii^rosse tour'. Id.. III. 261 ; vasquine = basquina 'jupe), Rab.. \. 36. H. D. T.: Rons.. III. 337. M.-L.: veillaquerie = vellaqueria

= iinparare . ibid., I. 33: il m' incresce =z increscere . ibid.. I. i6 : indagier i =

ndutfiare . ibid.. I. 4: s'inganner (= ingannarsi). ibid., I, 4, 35: II. 25«: leggia-

iresse \= leggiadria). ibid., II. 2 «5: mariol — mariiiolo). ibid., \. lOt ; mescoler

-~ mescolare . ibid.. l. 34 ; noyé = noia,. ibid.. I. 112 : poignelade ;= pugnalata .

■ id.. I, .35: pugnade est (cascon : nigionner ^=ragionare,, ibid., I. 3. 4" : rinfresqaer

--= rinfrescare . ibid., l, 4; ringralier = iringratiare), ibid., I. 44; riposte == riposta}.

ibid.. I. i4: saluatichesse[z=salualichezza-. ibid.. l. i: sbigottil{= sbigottilo),ibid..

I. 3, }. 100. 118: sgarbatemenl = sgarbataniente), ibid.. I. 3 : signalé (= segnalato .

ibid.. I. 101. Cf. I^noue. dans Litlré: spaceger == spasseggiare , ibid., I. 3. 44; spur-

I lease = sporchezza). ibid., I. 51 : stenter = stentare . ibid.. I. 14": II. 1, 277,

9. strane i= strano), ibid.. I. 3: 11.2; straque — stracco . ibid., I. i4. i5. 112:

' -XI lie = loglia . ibid.. I, !.

(coquinerie), Brant., VII, 16; verdugade = verdiujado, Hons., I, 30; Baïf, I, 169; Bell., II, 366, M.-L. '.

5» MOTS FORMÉS A L'AIDE DE SUFFIXES ÉTRAyOEnS. — \\ est difficile de savoir dans quelle mesure Titalien, l'espagnol et le provençal ont contribué à répandre en français le suffixe ade, qui leur appartient sous les formes ata et ada, et qui correspond au suffixe français ée. Il avait fait son entrée dans la langue d'oui dès le xiv*^ siècle, dans des mots comme ambassade; depuis lors on n'avait cessé d'en emprunter de ce type; au xvr siècle encore : egaradc [a l'), Jod., Eug., a. III, .1. //}. />., IV, ()6; feuillado, Mar., II, 90; harpade (gascon harpada), Mont.. 1. II, ch, 37, onglade (ital. : unghîata), Bel., 1, 70. M.-L., viennent, en compagnie de beaucoup d'autres, des trois sources indiquées. Rendu ainsi familier aux oreilles françaises, ce suffixe devient français dans le cours du xvi® siècle et s'ajoute à des radicaux français, d'oii flechade (Brant., IV, 153); œillade (Tyard, 179, M.-L.); secouade (Noël du Fail, II, 22), et une foule d'autres-. Hoger de CoUerve s'est amusé à accumuler ces mots en ade (p. 75) :

Sans faire aucuns tours ni virades, Mais le mien, sans le reclamer, Hucher, appeler ou clamer.

Se rend prompt et près aux estrades, 01']illades, guignades, roustades.

Aubades, fringades, bringades.

Passades, poussades, gambades.

Se font pour acquérir ma grâce.

Marot avait déjà donné l'exemple dans une de ses Epilaplies (II, 218).

Esque commence à ce moment la même histoire ; il s introduit d'Italie en P'rance à la suite de mots conmie arahest/iie, Bart. An.. 1555, Thresor d'Euonime P/iiliasfre, 11. 1). T.; harharesgm . Mont., 1. I, ch. 15, t. 1, p. 9i; hntelei esque. Id.. 1. 11, ch. 12, l. IV, p. 113; grotesque, texte dans Gay, (îlass. arrh., IL D. T. ; romanesque, Du Bel., Œuv. chois., p. 231 ; furquesque, Noël du P'aiL

1. I. (spni^nol n\nil rourni ontériouromont un certain ninnhri' tU- iimls . <'.i/),i/i fialmn. I i»H. (îay, (iliiits. nrch.. \\. 1). T. ; atpnriiçon ^r= ciiparinon. I lus. (îo«l. Supp . manlelline = manlellinn. (".oniinynoH, Mém.. I. K, (î. ; meschile = mezifinii fmoHquéc, J. I.clonK, J. LcFcvrc, /,« Vieille, Ci.; )«fl/flf/e=ce/«rfa (cnst|iu' . ('.«»mm>ni - II, 12, L. : Koubretaul = xohresiillo. lioticiq., I. 0, !..

2. Ilc«»l à n(ttcr<|iic- Kunsnrd croit enooiv iililc «le Huppriiner de se» premicr> milirnile, «lu'il iiviiit pris h i'ilalii-n liriUa lAin.. I. y.\. M.-L. . Il ne considère donc p.isemblc-t-il, ade comme apte A faire un siihsldntirdn mot fraM(,'His tirer.

EMPRUNTS AUX. AlTRES LANGUES 215

II, 34. Mais ce n'est que plus tard que le suffixe se détachera de ces mots pour en former de tout franyais.

6° L'I\FLLE\CE SUR LA GRAMMAIRE. — Elle a été, quoi qu'on en ait dit, extrêmement faible. En ce qui concerne la prononciation. Thurot doute avec grande raison que de petits groupes de courtisans aient eu un rôle sérieux dans la transformation du son oe (oi) en e. Il est incontestable, Estienne le montre assez, qu'ils le faisaient entendre de la sorte, mais quelle action ont-ils pu exercer sur le développement phonétique général ? Ils ont dit aussi piasir et piume, XI du groupe pi ne s'est pas pour cela réduite à Yi italien.

Je ne crois pas non plus à certaines transformations de la syntaxe. Que le développement du réfléchi pour le passif ait été accéléré par l'influence de langues comme l'espagnol et l'italien, qui en font si grand usage, cela se peut : mais il avait conunencé longtemps auparavant, sans aucune influence étrangère '.

Pour les formes, c'est surtout dans l'introduction des superlatifs italiens en issinie que je reconnaîtrais l'influence de la granunaire italienne -.

II. — LE FONDS SAVANT : LE GREC ET LE LATIN DANS LA LANGUE SCIENTIFIQLŒ

Quoique les écrivains scientifiques se soient fort exagéré l'indigence du français en termes techniques, il est certain qu'ils se sont trouvés en présence de difficultés réelles d'expression. Or le moyen le plus simple de satisfaire à leurs besoins, c était de prendre les mots tout faits, là. où ils étaient, c'est-à-dire dans les langues anciennes : Du Bellay •* leur donnait formellement le conseil de ne

1. Estienne signale d'autres tours italiens : le singulier pour le pluriel : (aoer I» muin. II. 156. etc.

2. Je n'ai rien à ajouter aux listes données par le IMctionnaire général pour les mots empruntés aux autres langues : anglais, allemand, etc. (Voir Traité de U form.. 16 et •iuiv.}. On y verra que seul l'allemand a fourni vraiment quelque chose, une trentaine de mots. 11 en est du reste, parmi eux. qui ont fait fortune : bière, cauchemar, espiègle, halte, huguenot, hutte, reitre. rosse, trinquer, troler.

3. .' Et ne les doit retarder (les ûdèles traducteurs . s'ilz rencontrent quelquefois •s motz. qui ne peuuent estre receus en la famille Françoyse : veu que les Latins ne

-c sont point eforcez de traduyre tous les vocables Grecz. comme rhétorique, musique, arithmétique, géométrie, phylosophie. et quasi tous les noms des sciences, les noms des fif^ures. des herbes, des maladies, la sphère, et ses parties, et generallement la plus grand'part des termes vsitez aux sciences naturelles, et mathématiques. <'es mots la doncques seront en nostre Langue comme étrangers en vue Cité : aux «luelz toutesfois les Periphrazes seruiront de truchementz • Def.. p. 80, Pers. . Voyez Peletier du Mans, Arithmétique. Lyon. J. de Tournes, 1570. p. 142, Proëme du ■V livre.

2le mSTOlRli DK LA LANGUE FRANÇAISE

pas se contraindre et d useï* d une pleine liberté, comme avaient fait les Latins.

II y avait cependant une autre méthode, et la langue actuelle des mathématiques, où se rencontrent des mots à la fois aussi précis et aussi français que masse et pesanteur, montre qu'elle pouvait être féconde : c'était celle qui consistait à recueillir les termes de la langue usuelle, à leur donner par définition, quand il en était besoin, un sens déterminé, puis, quand il fallait créer, u s'adresser aux radicaux français et aux procédés français de formation. Pour donner un seul exemple : ostance, qui serait aujourd'hui é tance, et qui a été essayé au xvT siècle, valait mieux que entité.

Cette méthode a tr<»uvé son théoricien, malheureusement dans la personne d'un homme tout à fait inférieur, d'esprit changeant, d'intelligence médiocre, de style diffus : Abel Mathieu, de Chartres. Mathieu est l'Henri Estienne du latinisme. Je passe sur ses colères, je dois dire un mot de son système '.

« Aucuns, dit-il en substance (f" 9), ont opinion... que le dommaine de la langue Françoise prend accroissement, authorité et grandeur. quSd on y ioinct plusieurs paroUes de langues estrangieres... de sorte, qu'ils s'efforcent de iour en iour de produire, et monstrer a la multitude sans lettres, les mots purement Grecs, et purement Latins. Ils iugent que pour tel moyen et effort leur composition est prisée, qu'elle est la bienvenue suffisante pour leur acquérir loz de scauoAr et loy«r d'immorlalitéi^. Mais en premier lieu : l'augmentation de patrimoine ne doibt pas estre faite par rapine, autrement il faudroit remettre et restituer. Et de telle augmentation, auant qu elle fust iuste et valable, il conuiendroit aduertir le peuple, et prendre la forme du temps et d'vsage... D'auantage l'augmentation ou adionction dvne chose a l'autre doit estre de mesme parure, de mesme forme et nature. Car le bigarremeniei la contrariété des choses engendrent laydure... L'escriturt' semble layde et desnouee : (piant elle consiste de purs mots l''ra!içois en partie, et de mots purs (Irecs, Latins, ou d'autres estrangers en partie... Secondement la richesse ne peut venir vn iour: Au moins l'homme qui est iuste, n'est pas incontinent deuenu riche

1. Voir Denis de lu lanijut' /'runcinse. j'nrl cxqtiis. et sinifiilier, lairl ci composé pjii A. M. sieui- dcH MoyHlardieres : Pari», V" Hieliard Mrelon, L')72. A. V. Dans luccilaliont*, le» nuint^ro» »aii» autre renvoi »c réfèrent i\ eel ouvrage.

2. On noiera ce mol écriture, «jue plu»iein'», de n<>» jours, emploient dan» ee sens. croyanl y trouver un néolojfihnie élégant. 11 e»l trè» fré<|uenl «lan» Mallniii M. Marty-I..aveaux le ttignaie dan» MonsanI \'l. :W1 de »(in édition^

disoit Menander. Vn mot pareillement esclos d'vn jour, ne prend pas force du temps, ne d vsage. pour voler bien loing. Semblablement on ne peult amasser des mots... Que si les seigneurs des mots venoient a demander iceulx. outre la honte qu'on auroit a les rendre, la langue Françoise demouroit panure, chetifue et toute nuë... Parmy ceste trouppe, il y en a des tins et rusés : lesquels detigurent les mots, ou les mutilent, et decouppent, ou les retournent, pour les faire entrer en leurs liaysons et clostures. Iceulx ressemblent aux mal prenans du bien d'autruy : lesquels ont accoustumé d oster ou de changer la marque de la chose mal prise. Mais pour cela le melîaict n est pas moindre...

L escriture Françoise doibt estre populaire, et facile a lire... Que si la multitude trouue les liaisons, et les clostures de l'escriture obscures, et les mots nouueaux. et estrangers... elle faschee reboutte leliure... et le iette derrière vn coffre ou dessus vn vieil

aiz... Au regard des gens doctes encore que la mémoire des

mots Grecs et Latins les chatouillent aucunement toutes fois, ils

ne s amusent pas a lire telles escritures. Hz ayment beaucoup myeulx puyser aux fontaines qu'aux ruisseaux... Ce n est pas parler auecques Homère, quand on parle auecques Hessus, ou auecques Salel. ses truchemens es deux langues » (12 r**j.

Dans sa jeunesse, quelque offusqué qu'il fût par des discours comme ceux de Nie. de Herberay des Essarts, et par ses mots estranges « dont le son estoit plus desplaisant a ses oreilles, que n eust esté le son d'vne cloche cassée >• (14 r**/, Mathieu avait, à l'exemple de Du Bellay, fait quelques concessions; il admettait qu'on appropriât ces mots en les soumettant au goût du peuple, qui les ferait ensuite passer ' . Mais le désordre jeté dans la langue par

ce million de termes » savants que chaque jour voyait introduire, en particulier par l'indiscrétion des médecins (8r"), l'avait conduit à poser pour les diverses disciplines des règles aussi strictes que pour le langage commun. 11 faut, a-t-ildit, quelles deviennent françaises des pieds à la tète (8 v"). Et, pour donner l'exemple, il commence par abolir leurs noms savants : il demande que « l'autheur escriue en François de la manière de mesurer la terre : de la cognoissance des estoilles : des figures : du poinct : de la ligne : du cercle : du coing : de la figure a trois, a quatre, ou a cinq coings : et d'autres .semblables. En ce fais^tnt : il parlera Fritnçois : il amplifiera l'honneur de sa langue, et de son pays : et maintiendra les sentences et les grandeurs des disciplines en leur entier » (S v*-9). Le sage

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