I. Denis. 1560. p. 33 r
(lisez le philosophe) doit faire de Platon et d'Aristote des bourgeois de nos villes, qui n'aient plus « aucun traict de la Grèce, sinon la face, c'est a dire la inaiesté de s:i^esse » (8 r") ; celui qui écrit de la divinité, entendez le théologien, doit se garder d'offrir les mots de ses écoles et de ses docteurs à la multitude, « sinon il perd la lin de son instruction et de son enseignement » (ib.). De grands exemples ont déjà montré comment on pouvait réussir « en espressurant les sentences de sa matière » ; il suffît de rappeler Commines. Seyssel. Amyot surtout, dont la vertu singulière et désirable par dessus tout sait joindre « le langage du commun et la liaison <lu docte .. (17 r°).
Et Mathieu, faisant un retour sur lui-même, se reproche d'avoir usé des mots d'elegie, d'hi/mnc, qu'il remplace respectivement par complainte, chant a Dieu ou aux choses sainctes (33 v°). Ailleurs il raye antichambre, « ineptement composé quand on peut faire auant chambre et contre chambre, et vn million de semblables noms » (30 r"). Ce n'est donc pas, on le voit à ce dernier exemple, par la périphrase seule, vraiment trop insuffisante, que Mathieu entend remplacer les mots écorchés, mais par d'autres mots « purs françois », anciens et nouveaux. Il condamne à tort et à travers, il ne dégage pas la doctrine, mais, somme toute, il l'entrevoit, et c'est déjà un mérite.
Kntre l'emprunt aux langues savantes, et l'utilisation des ressources propres du français, quelques-uns, pour divers motifs, choisirent avec Mathieu. En tête de la liste, il faudrait citer les traducteurs protestants de l'Ecriture, Olivetan et Castellion. C'était pour eux une nécessité de faire tout comprendre, puisque là était la raison d'être de leurs versions. Olivetan a fait un effort véritable pour écarter ce latin « dont le françois est meslé »», et il s'applique, sans y parvenir toujours, it user des mots du commun poupli*, « encore qu ils ne soyent gueres propres >• '.
Castellion est allé plus loin encore, traduisant tout, inventant, quand les mots vulgaires lui mancjuaient, des termes nouveaux, mais français ceux-là, dont il est oblige'" de doimer la liste en appendice, ne craignant pas de pailer de riKjner les ctvurs et d'appelci- la cène du Seigneur un souper ■ .
1. Viiir Aiutlotjie lin Iranslaleiir : « Au surplus av csludio lunl «|u il nui t'slc possible <lc mndonneru vn(f «'oimnun pnlovsel pinl lnn)fai^i-. t'tiynnl Imilo airorlerio «lo Irrnws itauuaitroM cl fuuMas(|u<-/. cl non docoulunn'/.. U>s<pn'lz sont osoorrlic/. du I.alin • I)'npr('s (iurassc, Hnh. réforme, Wl-iT, il on auniil (•{(' ropri» par les ministres ciix mémo». (À* «craicnl des loxtos A rolrouvor.
2. Voyez la " Dcclaracion « de ccrUiins nml* : .. V. pour cétc cause, iiu lieu «r\-.< i de mnlH grec» nu lalinH qui ne NO^l pas «•nlciidns du simple peuple, ini ipielque U'\-
L'effort le plus remarquable que je puisse signaler en ce genre est celui de Du Perron dans son Premier discours tenu a la table du Roy, sorte de traité de philosophie mi-naturelle, mi-spéculative. Dans ce livre, presque illisible par endroits à force de barbarie dans la phrase ', l'auteur a cependant peiné pour éviter d'écorcher les lang-ues anciennes ; il emprunte bien quelquefois, et je trouve chez lui ces mots d'objectif et de subjectif, que la philosophie contemporaine a repris à l'Allemagne -. Mais en général il traduit les vocables latins de l'école par des équivalents français ou à peu près tels, qu'il cherche ou qu'il invente, si besoin est, autant que possible d'après l'analogie de la langue, en en définissant le sens en manchette. Il dira ainsi accord de naturel pour éviter si/mpathie, différences auenantes pour ne pas dire accidentelles (p. 139). Et il n'y a point de doute sur les motifs de sa réserve ; en rendant alteritas par diuersité, il ajoute : « ie ne l'ose autrement tourner, craignant la rudesse » (p. 21 ). Dans ce vocabulaire très curieux, je relève : auenamnient = accidentaliter, p. 301 [auenamment dans la vieille langue signifie convenablement, gracieusement) ; des * chacuns -^ = individua, p. 83; * aiance = habitus, p. 9; * contrassiegemcnt =
vsédes mois françois, quand ien ai peu troiiiiei' : sinon, i'en ai forf^é sur les F'rançois par nécessité, e les ai forgés tels qu'on les pourra aisément entendre, quand on aura une fois oui que c'ct : comme seroit. es sacrifices, ce mot brûlage, lequel mot i'ai mis au lieu de holocauste, sachant qu'vn idiot n'entend, ni ne peut de long tems entendre que veut dire holocauste : mais si on lui dit que hrulage et vn sacrifice, auquel on brusle ce qu'on sacrifie, retiendra bientost ce mot, par la vertu du mot brusler. lequel il entend deia. Autant en dirai-ie de (Inmmage, deforfaire. volageur e autres, déquels vous trouuerés vn petit recueil a la fin de la Bible » V. Buisson, Seb. Castellion, I. 323;.
" ...Ceci (pense-ie bien) ne plaira pas a tous, principalement a gens de letres. Mais il faut supporter e soulager les idiots, pi'incipalement en ce qui et écrit pour eux en leur langage. »
1. Voyez par exemple, p. 332 : « De manière que logeant a la pointe de cesle lumière vne chose coulouree, estante aucunement obiet de la lumière, si qualité reale, agissante en elle auec quelque changement, de voyable seulement en puissance, la rendante voyable enell'et, au gré d'Auempace, d'Auicenne et d'.\lpharabe, sera toute ceste lumière vnie suiettiuement au parauant en l'air, obiettiucment dans elle receuë qui par elle voyable en cfl'et, et non l'outreparoissant (diaphanimi' : a quel aueu pourrat-on nier estre la lumière accomplissement de l'outreparoissant. tenu l'outreparoissant eu effet de l'heure fju'a trauers son es|)esseur actuellement on pourra voir, ou qui neantmoins en ténèbres void des choses lointaines par vne obscure entremise d'air, en la lumière, sans que la lumière droite, ny réfléchie doue a luy, non veu de son œil le lumineux, son o'il égaré mesme du renuoy. ténébreux suiuamment tel air, en sorte que rouant a bas ses yeux, il ne verra chose du monde : la veuë donqucs se faisante par vn air obscur et ténébreux actuellement, tel air olîscur et non enluminé sera diaphane actuellement : ny sera donques la lumière accomplissement de l'outreparoissant. a mesme filtre seulement des couleurs, ou mesme non en ce cjue telles, ne les rendante couleurs en effet de couleurs en puissance coriie elles autrement diuisable en contraires espèces : mais self)n que de voyables seulement en |)uissance les rendante voyables en effet, ou les occasionnante produire actuellcmentdes espèces. »