‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 116 sur 259 · Conformité, éd. Feugère, p · texte numérisé non relu

Conformité, éd. Feugère, p

2. Voir dWubifrné. Avertissement des Tragiques : a Mes eufans disait Ronsard) defTendez vostre mère de ceux qui veulent faire seruanle vne Damoyselle de bonne maison. Il y a des vocables qui sont francois naturels, qui sentent le vieux, mais le libre francois. comme dougé, tenue, empour, dorne. bauger. bouger, et autres de telle sorte le vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre ces vieux termes, que vous les employiez et dcfTendiez hardiment contre des maraux qui ne tiennent pas elejrant ce qui n'est point escorché du latin et de Titalien. et qui aiment mieux dire collander. conlemner. hlasonner. que louer, mespriser. hlasmer : tout cela c'est pour lescholier de I.imosin. » Il est à remarquer que ces trois mots ■ écorchés » sont dans Marot. Ronsard n'avait pas cependant, j'imagine, la prétention d'être plus pur Français que lui: c'est une simple coïncidence.

3. Etlit. Ch.. p. 256. J'ai dit ailleurs que Darmesteter s"est trompé {Le .Y V/» siècle en France, p. 122 en interprétant comme une condamnation des latiniseurs la phrase célèbre : « C'est vn crime de leze-maiesté d'abandonner le langage de son pays viuant et fleurissant pour vouloir déterrer ie ne scay quelle cendre des anciens ■ (Rons., III, 35, Bl.]. Il s'agit ici de ceux qui écrivent en latin, comme le prouve

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nouveaux poètes, conçu le projet de réag-ir nettement contre les latiniseurs, comment, dans le manifeste où l'on exhortait en des pages brûlantes au pillage des anciens, ne se trouve-t-il pas une phrase pour avertir qu'il ne s'agissait que des genres, des légendes, des images, des idées, non du langage? Il n'y a que ce conseil : « Vse de motz purement françoys. » On est en droit de le trouver bien vague et bien sec dans un chapitre consacré tout entier à vanter le néologisme. Au reste, si quelqu'un était tenté d'en forcer l'interprétation, il serait arrêté net par cet axiome posé ailleurs : « Ce n'est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d'une langue étrangère les sentences et les motz, et les approprier a la sienne » (I, éd. P., p. 72 ').

II me paraît donc, comme h M. Marty-Laveaux, incontestable que, dans le premier enthousiasme tout au moins, Ronsard et les siens, tout en répudiant dès ce moment, je le veux bien, les excès ridicules de quelques grands rhétoriqueurs, se sont gardés d'enchaîner leur liberté, et de se priver d'une ressource aussi importante que le latinisme. Leur reprocher d'avoir donné l'exemple était évidemment injuste ; il ne paraît pas exact de se refuser à reconnaître qu'ils l'ont suivi '.

le contexte. En vérité, il est curieux de voir, dans la Deffence même. Du Bellay, quand il attaque, rester tout français, mais, aussitôt qu'il prêche l'imitation, s'enfoncer dans le latinisme. Étudier par exemple à ce point de vue le ch. i du livre II.

1. « Vray est que le nom ode a esté incopneu, dit le Quintil, conmie peregrin et Grec escorché, et nouuellement inuenlé entre ceux qui en changeant les noms cuydent deguyser les choses >> (II, i, p. 20.1. P.). Comparez : " Patrie... est obliquement entré, et venu en France nouuellement auec les autres corruptions Italiques : duquel mot n'ont voulu vser les anciens, craignans lescorclierie du Latin, et se contentant de leur propre, et bon •> (192, ibid.). 11 ajoute encore : « Ce commandement (vse de molz purement Françoys) est tresbon, mais tresmal obserué par toy. Précepteur, qui dit : Vigiles pour veilles; dirige pour adresse. .. pardonner pour espargner : adopter pour receuoir; liquide pour clair; hiulque |)our mal inincl; religion poixr obseruance ; thermes pour esluues; fertile en larmes pour abondant; récuse pour refuse:... rasséréner pour rendre serain; huccinaleur pour publienr; ... intellect pour ententlemenl ; aliène pour eslrange; moleslie pour ennug ; ohliuieuT pour ohlieujc : sinueux pour courbe, et contourné, et inOnix semblables que trop lonjjs erois a les nombrer » (P. 209, ib).

Bien entendu, si Du Bellay eût ripostée Aneau, il eût pu le reprendre à son tour dans les mêmes termes. Sa criticpie est bourrée de mots savants d'école, comme une seule pa);e, prise au hasard, peut le faire voir : « Entendu aussi, que ton œuure <"«t de penre doctrinal, et principaicmeut iustice pour enseijtner. Si est ce que le n'y voy aucune méthode didascaliocjue, ne les lieux d'icellc (farder., comme vn certain thème, simple ou composé, Définition, Diuision ou Partition, Causes, ElToctz, Afllns, <k)ntraires, ains me semble vne commentation de diuerses pièces assemblées sans i)rd''e. et point ne se suyuantes... Et après auoir proposé de la lanjicne, ratiociner des mœurs et coutumes, ou gestes, et de scrmocinal deuenir moral, et historial. Ou il falloil raisonner selon le tiltre prcflx sur la déclaration elymoloi;ique do Slrabon, n etc. (p. 192-3). Le Quintil ne s'est pas souvenu du vers qu'il cite ù son adversaire : Turpc est doctori inm . nlpii rrdarguit ipsum.

La vérité est que d'un bout à l'autre du siècle, pendant tout le temps que dura, relati vemeat an-néologisme . l'état d'esprit que j ai décrit plus haut, le latin fut le grand réservoir où chacun vint puiser. Avec ses mots voisins des nôtres, su et possédé comme il l'était dès l'enfance par ceux qui écrivaient, il ne pouvait faillir à s insinuer dans leurs écrits, sitôt que le mot indigène manquait ou se faisait un peu attendre.

i' LE GREC. — Bien souvent, dans les discussions des hommes du temps, grec et latin sont associés, comme on l'a pu voir. Toutefois il s'en faut de beaucoup que les grécaniseurs soient l'objet des mêmes invectives que les latiniseurs, et la raison en est toute simple : le danger, sur ce point, était beaucoup moins menaçant. Darmesteter l'a dit avec beaucoup de justesse : « C est par la science plus que par la littérature que la terminologie grecque s'introduisit chez nous au xvi' siècle. »

Parmi les littérateurs proprement dits, ceux même qui ont possédé le grec — et les plaintes des hellénistes font assez voir qu'ils n'étaient pas très nombreux — se sont montrés assez réservés. Quel que pût être en effet l'ascendant des œuvres et de la langue, les esprits n'en étaient pas en général obsédés comme du latin. En outre, il faut bien en tenir compte, malgré les sophismes d'Estienne, la conformité entre les deux idiomes était beaucoup moins grande : cela augmentait d'autant la difficulté quand il s'agissait d'adopter un mot dont la forme se prêtait mal, et dont le sens était impossible à deviner. Seule la tendresse de Délie pouvait comprendre que son amant était victime de réactions trop vives, en l'entendant se plaindre de

Souffrir heureux doulce antiperistase ' .

Le péril grec n'a donc jamais été très considérable. 11 faut ivouer pourtant que l'influence de Ronsard ne fut pas sans l'accroître. Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit plus haut de la distinction qu'il faut faire nécessairement entre les doctrines rassises qu'il préconisait en 1573 et les aspirations du début. Ce n'est pas sans doute avec l'espérance de naturaliser à la fois ocymore, dispotme, oligochronien^ qu'il lançait la plainte célèbre ' :

Ah ! que ie suis marry que la Muse Françoise Ne peut dire ces mots comme fait la Grégeoise

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