‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 124 sur 259 · Voir Thurot, o. c, I, 3 et suiv. el notre tome I. p · texte numérisé non relu

Voir Thurot, o. c, I, 3 et suiv. el notre tome I. p

on considère le nombre des mots, il semble cependant que l'usage de la forme en er prévaut alors pour la plupart : esquerre, guiterre, erres (arrhes), bizerre, caterre, asperge, serge, serpe, gerbe, guerbe (galbe), inerque, herse, tertre.

ar l'emporte dans larmes, charmes, hargne, dartre, darne.

Mais il ne sagit pas seulement du nombre des mots, et Henri Estienne fournit une indication bien curieuse, d'après laquelle la forme en er aurait été courtisane, la forme en ar populaire : mon [rare Piarre, la place Maubart. Cette constatation repose sans doute sur une observation exacte. Je suppose que les formes comme liarres, escarre qu'on trouve dans Palissy (Cap, 320 et 91) n'étaient pas du bel usage, ou ne le restèrent pas longtemps ; au XVII'', Piarre était nettement patois, comme le montrent les textes de Nisard.

Devant r simple, double ou suivi d'une consonne muette, en général nous avons gardé la forme en ar '.

A la syllabe atone, la préférence me semble moins marquée. On trouve à peu près également les formes en ar et les formes en er.

D'après les grammairiens, semblent incliner vers e : merrain, perroquet, erné (esrené), esternuer, hersoir (hier au soir), cercelle, aperceuoir, cherté, serpillière, cercueil, chercher, tergette.

Voici des exemples de formes en e pris aux textes : en erriere M. de Nav., Dern. Po., 69); Montmersault (Mont-de-Marsan, J. B. P., 412); appertient (Meigr., O/J. de Cic, 40); pçrdonne (Id., ib., 29); perfum (Mar., III, 35); perfect (Meigr., Off. de Cic, 6, peut-être y a-t-il ici une influence latine?); peruiennent (Id., ib., 20); merquoit (Mar., III, 259); cercle (sarcle, d'Aub., Trag., p. 303, Lai.); iergonnent (Tah., II, 194, iergon est commun); perchemin (Nie. de Tr., Par., 40); merché : cherché (S'-Gel., I, 260).

Mais, au contraire, c'est l'a qui paraît préféré dans charclte, tarir, esquarrir, sarriette, marry, marmelade, hargneux ^, espargner, harceler, parsonnier, pardon, harpail, parfaict, parfum, carquois, iargon, fidarchal.

Voici quelques exemples : barlue (Lar., Jal.y a. ii, se. vi, A. Ih. fr.,

1. Guitare, biznrre sonlcspnfçnols. Mai» on en peut citer d'nutrc» en ar : arrhes, calnrreM, boulevard [bouleuerl e»t très longtemps diiiis l'usn^cu (J. Lcm., ///., l. II, K, cf. Lar., les Jal., a. v, A. th. fr., VI, 80).

2. C'est par cette confuHÎon que j'explique un vers obscur do la Satire IX de R«'';fnicr : Il a des mots harijneiix, bouffis et releués. Le sens appelle ampoulos. Hiirijneux n'a pas ce sens, tuais hicu henjneux Kjui a une hernie), mut très usuel A cette lipnquc. Voir Bachot, Err. pop., 23 J et ailleurs.

VI, 38; cf. IX, 58); apparceut [Uav . , III, 237); iarçans (Bell., II, 41, M.-L.); parceuoir (Baïf, IV, 8) ; charte (/. B. P., 186 et 384); parfection (Marg-. de Nav., Dern. po., 104; cf. Dolet, Man. de trad., lo42, 4); Loys Barquin (/. B. P., 470); charchons (Farel, Trad. d'un rnand. du Sénat de Berne, Herm., C, II, oo ; cf. dans le même texte darriere).

UEpître du beau fils de Paris raille pazoquet, sarran, vous va r riez.

Comme on le voit par ces listes dont l'ordre permettra de comparer les cas où er, ar se trouvent devant les différentes consonnes, ce n'est pas la nature phonétique de l'articulation qui suivait qui a déterminé le choix. Ce n'est pas non plus la tradition, puisque dans esperuier ou inversement dans sarcelle une substitution a eu lieu en sens inverse de l'étymologie.

Après des hésitations qui ont été longues encore, puisqu'elles se sont prolongées jusqu'à l'hôtel de Rambouillet, un si grand nombre de gens en dirent leur sentiment que rien de régulier ne put plus sortir de là.

2° A ET E DEVANT D'AUTRES CONSONNES. — ^ se prononce très ouvert et avec un son très voisin de è devant certaines consonnes autres que r. Ainsi dans trame (voir à la Morphologie) '.

Cette prononciation a triomphé dans acheté. Les grammairiens, depuis R. Estienne, acceptent les deux formes (Thur., o. c, I, 20). Elles sont en effet, dans l'usage : rac/ia^e (Farel, Let. aiit.., 1527; Herm., C, II, 66) ; acheptent (Coll., Sat., OEuv., p. 7) ; un gros achept (Id., ib., p. 250).

A l'atone, les hésitations ont été très grandes dans certains mots (Thur., o. c, I, 23 et suiv.). Ainsi pour acouter [escouter], bafroi [beffroi, B. An., Lyon m., A. IV), essaier [assaier, Cord., Corr. serm. eni., 216 A.).

0 ET OU. — C'est ici une des questions les plus embrouillées de l'histoire phonétique du français au xvi^ siècle; une graphie très mauvaise achevait d'y mettre une confusion telle que les grammairiens du temps, emportés par leurs passions et leurs querelles, ne sont pas arrivés à observer nettement les faits. Meigret seul, après s'être d'abord trompé, éclairé enfin par sa querelle avec Peletier, a bien vu l'imbroglio 2. Et cependant c'est du xvi^ au

1 . On peut comparer les noms des lettres qui étaient encore à la fin du xvi» siècle ame, une (Tabour., Bly., 2i et 26).

2. « Le' Fraaçoès ont de' vocables ambiguës qui n'ont ne l'o ouuèrt tel qe nou' le prononçons en trop, vol, bloc, mort, fort, Rône : ne pareillement l'ou clos tel qe nou' ledizons en prou, doii.i, iloulhet, conureur ; de sorte que nou neproféron" pas couleur

XVII*, au milieu delà querelle des ouistesetde leurs adversaires, que paraît s'être résolue h peu près la vieille question p, o, ou, par une classification incomplètement régulière sans doute, il n'en pouvait être autrement à l'époque, mais cependant h peu près phonétique.

Il est vraisemblable qu'on trouvait bonne grâce à o fermé, comme aujourd'hui certains esthètes à a terme. Ronsard était du nombre : « Tu pourras... a la mode desGrecz qui disent cuv:;j.a pour ïvoixa, adiouster un u après un o pour faire ta ryme plus riche et plus sonante, comme troupe pour trope, Callioupe pour Calliope » (dans Thurot, o. c, I, 250).

On se rappelle les changements profonds qui avaient déjJ» atteint p et 0 (voir tome 1, p. 332 et suiv.). Le débat du xvi® siècle porte, ce me semble, quand on arrive à démêler les témoignages, sur deux points : A) L'o primitivement fermé est-il proprement ou (m) ou bien p ? — B) L'o qui d'ouvert était devenu fermé au xiu® siècle confond-il sa prononciation avec le premier o, est-ce un ou [u) ?

A) La première question est la moins importante. Autant qu'on en peut juger à cette distance, l'ou, s'il n'était pas tout à fait notre ou (m), en était si voisin qu'il valait mieux l'entendre ainsi que par un p même très fermé, et bientôt il fut décidément ou '.

Ou. — On retrouve en général ou '.

1° A la tonique, là où l'o du latin était fermé, et entravé : type boucle, crouste, lourde, bouche, bougre.

Les grammairiens ont discuté quantité de ces mots, comme on le voit dans Thurot. Finalement quelques-uns sont restés en ot : sanglot (influence de sanglotter, du suffixe o<?), os [trop peu doulx: dos: d'os, B. An., Lyon m., B. V r").

2° A l'atone, là où l'o du latin était fermé et entravé : type courtine, courroie, pourceau.

Sont restés en o, après de longues hésitations : fossr, rosée, soleil^ poteau, etc.; s'expliquent par reformation : froment, fromage, pour fourment, fourmage. Ces formes neuves se rencontrent du reste avec ou. Portrait [pourtrait) n'est parvenu à avoir ni la nouvelle

comme coutireur... aosi ne dizoïi' nou' pa» co/eur corne col. » Thui-ot, I, 242. Suivre la »éric de ses opinions dans le livre de (laufinez, 18, 19, 20.

L'orlhographe première de Meif^rel est pleine d'où si on la compare même aux plus oainte» de ses contemporains : nou» .\nc<^tlres [Off. Cic., 25), loutalement (28). Koantre or (29), Iroup (33), reprouche i43). On retrouve li\ la même confusion que dans son Escriture et son Menteur.

1. Il n'y a pas â se lier beaucoup & la K>'<ipliie. Ainsi au xv*. l'anonyme auteur des nèfles de seconde rhétorique (éd. Lan^loix, p. Itt) donne comme rime équivoque sanijlol vXijloat: de même il faitune liste de rimes en ope, où on lit péle-niéle rope, .<oi//>«>, hoape, etc. (p. 87).

ni l'ancienne forme. On trouve /)roume«se (Marg. deNav., Aut. de 1526; Herm., C, I, 422). Soubgectz a été abandonné pour sote<.

3° A l'atone, là où l'o latin était fermé et libre, type nourrir (nodrire) : souris ', nouer, soûlas.

Cependant commencer (cf. coumansé, Let. de H. II, dans les Let. deD. dePoit., p. 222).

4" A l'atone, là où l'o latin était ouvert et libre, et où dès le moyen âge p > p >> ou (cf. tome I, p. 333, 4°), type douleur.

Ainsi sont en ou : couleur, souloir, douloir, moulin, pouuoir.

Bien entendu, la graphie en o est constante : pouoyt. Voyez D. de Poit., Let., XCVIII, Aut., p. 170, et ailleurs; chez Marg. de Navarre c'est presque toujours o.

Dans cette classe sont restés en o des mots savants ou demisavants : colombe (cf. coulombe, Mai^. de Nav., Heptam., p. ol7); colonne, volonté (cf. voulante, H. II, Let., dans Let. de D. de Poit., 222); volume (cf. voulume, Seal., Let., 288).

0° A l'atone, là où l'on avait en latin au, passé d'abord à p, puis à p, ou, devant voyelle : type louer.

ouyans (Rab., Garg., ch. vu, t. I, 29) '.

B) L'o qui s'était fermé depuis le xiii* siècle allait-il rejoindre cet ou ? La prononciation, après avoir hésité, s'arrêta à p. Ainsi coste.

A cet p aboutirent : 1** tous les p << au latin qui se trouvaient devant une consonne autre que m ei r : chose, poser, povre.

2° Tous les p toniques placés devant un groupe de consonnes dont la première s'était amuie : hoste, pastenostre.

On trouve bien entendu ou : oust [=ost, J. d'Aut., Chron., IV, 69) ; patenoutres (Henr. II, Let. à D. de Poit., p, 224).

3° Tous les atones dans les mêmes conditions :

costé (cf. cousté, D. de Poit., Let.^ 1532, p. 100) ; broder pour brosder (cf. broudures, Lem. de B., III., Maresch., 1. I, ch. 35, g 5 r°) ; vos (adj. poss. ; vouz bonnes gràse, D. de Poit., Let., 100 ^).

0. — Sont restés avec im p ouvert : !•» les mots en p provenant d'un p latin tonique entravé : porte ; 2" ceux en p provenant de p

1 . Cf. Qae la. toris Vicier y pent ronger (Forcad., p. 28, v. 12),

2. Bien entendu, dans beaucoup de cas. cette évolution se trouva contrariée par l'existence des mots où o n'était pas dans la même situation. D'où arroase à cause de arroaser. clos à cause de clore, donner à cause de don {cf. douné, Let. de H. II, 1552, dans les l.et. de D.de Poit . p. 221).

3. Ajoutons que on se confond toujours très souvent avec oa : s'accoastrent : monstrent Lem. de B., Templ. Ven.. III. tl4), etc. On trouvera là-dessus des témoignages formels de Palsgrave, Peletier, Meigret, etc. Thur., o. c, II, 511).

protonique entravé, qui était resté entravé en français : porter ; S** ceux en p provenant de au devant r, m.

1) corde, girofle, or de, ordre '.

2) corvée, porreau.

3) or.

On les trouverait à peu près tous, sauf ceux du groupe 3 avec ou au xvi^ siècle : concourde, couruée, pourreau, etc. Baïf écrit to : It^rs ke (v. 62); mr félin (Ps., 332); f^rt (351); flagiùrnet (373), etc. 2.

Les hésitations dont on présente ici l'aboutissement ont été — sauf pour les mots où p provenait de au — très longues, et elles se sont compliquées d'une mode qui faisait dire indifféremment ou pour o, aussi bien dans chouse ^ et dans repous que dans roue. Un nombre considérable des calembours du temps repose sur o = ou. C'est à cette condition qu'une demoiselle peut entendre qu'on vient lui emprunter le boudin de son mary, pour le Bodin dont se servait l'honorable président, etc. (Voyez Tabourot, Big., 67 r" et passim).

H. Estienne [Dial., Remonstrance), Tabourot (Bigarr., 66 v**), d'autres encore ont fait la guerre à cette « courtisanerie des nouueaux proferars » qu'on trouve partout. L'hôtel de Rambouillet battait son plein qu'ils n'avaient pas encore gain de cause. On chousail encore comme du temps de Henri II '*.

1. Échappent naturellement à ces règles les mots savants : escole, miséricorde, mode, custode, etc., ou italiens : banqueroute, chiourme, etc.

2. Fourmi <^furmica. {App. Prob., 25 ; Marot, dans la même pièce, écrit formis et fourmis, III, 89); pourcei < purcello {Gl. Cassel, 82); tourment, tourner ont déjà cette forme en a. fr. d'api'ès leur étymologie. Ajouter fournaise.

3. Chouse se trouve déjà au xv* {Rond., GXXXII) et souvent ailleurs.

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