‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 125 sur 259 · LES DIPHTONGUES · texte numérisé non relu

LES DIPHTONGUES

0/'.— Quand Paisgrave nie que les mots en oi se prononcent par f (sauf rome qu'il accepte), il semble bien qu'il se trompe (14), et c'est Sylvius qui a raison contre lui. Il a observé et il affirme qu'on entend dire è dans la banlieue de Paris et à Paris même : véè (voie), ésè [Oise ou aise), Pontèsè, par ma fé vérè (par ma foi voire) '. Cette prononciation était plus ancienne, et certainement déjà répandue à Paris dès le xv*' siècle (Voir tome 1,406).

Les adversaires de cette façon de parler, en particulier Des Autels et H. Estienne, s'en prennent aux courtisans et à la mode italienne. Ce n'est pas cette mode — quoiqu'elle ait pu contribuer à la répandre — qui a fait naître cette nouvelle « mignardise » . De Bèze, moins prévenu, concède au moins que la prononciation des imparfaits : parlet, venet est du peuple de Paris, vulgus Parisiensium ^. Et en effet la satire la raillait comme telle dès le premier tiers du siècle : h'Épitre du beau fils de Paris la reproduit ironiquement : regardet, ardet. De même la Réponse : souspiset, diset, lestes, sezet [sevoit), resiouy set, se^(soit), se?/ n^ (soient), saye (soie).

Les transcriptions phonétiques de Peletier et de Baïf restent fidèles à la règle, et conservent oe. Mais il y a là sans doute parti pris de noter la prononciation reconnue la meilleure, et non traduction exacte de la prononciation populaire. Les autographes des moins lettrés en disent plus long sur l'usage : ie rCaues (Bayart, Let. au Roi d. le Loyal Serv., 459) ; ni'asseurèt (D. de Poit., Let., LXV, 114); desyré (= desiroit, Ead., ib., 110); pourest (ib.);

1. Ot > M, Horninfî, Zeitsch. f. r. Phil., xxiii-481-490, et Jahresbericht, VI, I, 223. (>lément, //. Kst., 309 et suiv., tient que l'influence italienne est en partie cause de ce cliangcnicnl.

2. « Etiamsi in aj^ro Pan-hisiensi et Parrhisiis quoque l'e'è, esè, l'ontèsè, etc., pronuntiari quotidie audiuntur, et par ma fè vérè (25)... Neque poslhac in Xorniannos fauillentur, omnia haec praedicta et consiniilia non per ot scd per e pronunciantes, télé, èsteilé, féè, fer, dé, teci, vélè, vérè, ré, ie, ame'é, etc., aimèréè, etc. Quam pronuntintionem vclut postliminio, reversam hodie audimus in sermone accolarum luijus urbis, et incolarum, atque adeo Parrhisiensium » (21).

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