LES DIPHTONGUES
rimer fournaise : seize : française : diocèse... Les Parisiens les confondent ».
Cette réduction commune de ai, ei, oi à f , e constitue un des faits les plus importants de la phonétique au xvi^ siècle.
^4/, ei devant voyelle. — Devant voyelle, il semble que ai se soit décomposée en : 1'') un a très ouvert et très proche de e ; 2°) un y, qui s articulait avec la consonne suivante. Lanoue déclare qu'en des mots comme paya, a ne doit pas se prononcer comme e ouvert : « Plusieurs toutesfois le prononcent ainsi, spécialement ceux qui hantent la cour » . Mais Maupas nous oJEFre le dernier témoignage que nous ayons de cette prononciation par a. Les autres grammairiens déclarent qu en semblable position y a valeur de deux i, l'un formant le son ai [ç), l'autre faisant partie de la diphtongue suivante : c'est notre prononciation moderne [pçya). Quelques mots seulement conservent la prononciation ancienne : aieul, glaieul, paien.
Quand la voyelle suivante était e féminin, la prononciation par a semble avoir survécu plus longtemps : en particulier, quand aye était final, on prononçait un peu plus fortement l'e final, mais on gardait le son a ; playe se prononce /)/a-ï/e. Cependant Duez, en 1639, déclarera que, dans la finale aye, e ne se fait pas sentir, et qu'on allonge le e ouvert de ai : playe se prononce donc dès lors pif. En revanche, aye médial s'est prononcé ç dès le milieu du siècle, bien que le triomphe de ç n'ait été définitif qu'au début du XVII®. C'est que e féminin tombait très facilement dans la prononciation : par suite la diphtongue ai, se trouvant devant consonne, évoluait plus rapidement. Vrayement et payement, suivant H. Estienne, se prononcent comme s'ils n'avaient point d'e : vrèment (Voir à e féminin, page 245).
Ei, devant voyelle, a eu le même sort que ai : on trouve la graphie aye au lieu de eye : claye.
Oi devant voyelle a une histoire analogue à celle de ai dans la même position. La prononciation de royal, par exemple, devient décidément roii/aZ [rw§-yal)et la vieille prononciation ro-yal est abandonnée. H. Estienne préconise déjà la prononciation moderne.
Devant e, qui devient muet, au lieu de ioye {jç-ye), on dit aussi « en traînant » jivç. Peletier (dans Thur., o. c, I, 364) admettait déjà cela pour les noms, Baïf pour les verbes. Au xvii* siècle, l'usage sera généralisé (sauf pour quelques mots o-yant, alo-yau).
lE. — le provenant de ç latin se maintient, sauf dans les mots d'où l'analogie avait commencé depuis longtemps à le chasser, par exemple dans les radicaux verbaux {levé au lieu de lieve).
Mais ie provenant de a influencé par une palatale tendait depuis longtemps à disparaître après ch et ff, qui absorbaient le ;/. Cette tendance, fortifiée dans les verbes par l'influence analogique des formes où le y n'existait pas, avait été toute-puissante. Et, dans les substantifs même, ie ne se maintenait plus que pour les yeux, ainsi que je l'ai dit au t. I, p. 406. Pour Lanoue, bouchier peut rimer avec chier, mais à condition de forcer la prononciation : nous sommes donc, désormais, dans la convention rythmique.
AU. — S'il faut en croire Fabri, qui enseigne la rime aubel : aoust bel, au était encore diphtongue au commencement du siècle. De même Barcley et Palsgrave rapprochent Y au français de Yatv anglais dans maive, datve. Meigret tiendra encore vigoureusement pour cette opinion, et Bèze s'en approchait en 1554, en disant, que le son est mêlé de a et de o (soit aw, ou bien âo). Mais Peletier et Ramus y voient un son simple o. En 1584, Bèze, moins catégorique, est à peu près de l'avis de Lanoue, que la « diference qu'on fait entre au et o est si petite qu'a peine s'aperçoit-elle ». A partir de lG2i ', Thurot n'a plus rencontré un seul auteur qui mentionne l'ancienne prononciation (o. c, I, 425-9).
£4 f/. — D'après le témoignage de Meigret et d'Erasme, eau, tout en ne comptant que pour une syllabe, sonnait encore en triphtongue. Gela paraît assuré par les autres témoignages contemporains (Thur. , o. c, I, 434 et suiv.), mais ils ne s'accordent pas sur la nature de l'e. Baïf transcrit v^sseiù, bcM [Psaut., 40, 61). Cependant, au cours du siècle, une réduction se fait. Dès 1568, Meurier enseigne que eau se prononce <( sans pose » : bau, vau. Et Palliot reprochera en 1608 cette prononciation aux courtisans : ce qui prouve qu'elle s'était répandue, quoique Maupas et Deimier voulu.ssent maintenir une distinction avec au. Au xvii* siècle, la fusion s'achèvera.
1. D'après l'anonyme de 1624, on distingue encore la diphtongue devant met n taune, royaume. Mais il est, comme on sait, archaïsant.