‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 128 sur 259 · Thur., o. c, I · texte numérisé non relu

Thur., o. c, I

3. Il ne s'agit pas ici de ai devant ge : foarmaige, ou devant gne : montaigne. Dans aige, on entend âge, dans aigne, ign représentant n, on entend aussi un a : Champaigne baigne. On peut considérer comme provinciales les rimes contraires -.Allemagne: enseignes Chans. de I-5S7, Ler. de L., II, 41 ») ; enseigne : montaigne (Lespl., Prompt., 58) ; et Palliot se moque des gens qui parlant de la sorte, semblent avoir le mors trop serré, et segourmer par trop, à en iaire la petite bouche (Thur., o. c, I, 330).

Histoire de la tangae françAÎse. II. 17

par ai n'est pas facile à voir. A ce sujet, Lanoue note que dans les mots i'aî/, le scay, nay (né), rcnay (rené), hay, .7^37, papeyay^ lay, balay, delay,may, quay, ray, vray, essay, comme dans les futurs et prétérits des verbes de la 1"* conjugaison, le ai se prononce èi, sans toutefois que le y s'y fasse entendre aussi fort qu'en ei. Ailleurs, ai se prononce e, comme dans net et dans faire. Parmi ces mots qui ont ay diphtongue, le futur et le prétérit défini seuls ne peuvent pas rimer avec e fermé tout simple, les autres acceptent cette prononciation qui toutefois leur est moins naturelle. Ces réserves cesseront bientôt. Dès Maupas, il semble bien que la prononciation, par ey ait disparu, les contestations ne sont plus que pour décider si le e auquel on aboutit est ouvert ou fermé.

AI devant nasale. — Il n'y a guère que les syllabes nasales qui aient conservé la prononciation fî/. Poisson (1609) écrit avec le signe de la diphtongue miteines, leine, souuereine, domeine, mais c'est une prononciation dialectale. H. Estienne blâmait fonteine pour fontaine ; Lanoue déclarait que ai s'écrivait mieux e : mondene, fere, perfet. Même avant lui Peletier, tout en notant les deux prononciations èmer, èimer, n'écrivait jamais que èni ou cm. La réduction est donc faite dès le milieu du xvi", La seule question est de savoir si ai aboutit à è, ou bien à e. Il est vraisemblable que e était ouvert ; toutefois, suivant les lois qui régissent le sort de e, il est devenu fermé en certaines situations : j'ème, nous cmons (Peletier). Mais le son était trop récent au xvi*' pour que, dans ce siècle, l'on pût fixer avec précision les cas où ai > e et ceux où ai ]> f .

El. — Le traitement qu'a subi la diphtongue a/, après qu'elle fut devenue ei, s'est également appliqué à la diphtongue primitive ci qui, devenue de très bonne heure e devant consonne orale, a hésité entre e et f ; devant les nasales, la diphtongue a persisté plus longtemps, sans toutefois dépasser Malherbe : il est le dernier à interdire des rimes comme ; arène : peine ; rassérène : peine ; pourmeine : humaine K Devant les consonnes mouillées fi, /, le i n'a sans doute jamais fait diphtongue avec e, il marque simplement la palatalisation de la consonne qui suit.

On comprend, d'après tout ce qui précède, le mot du grammairien du Gardin en 1620 : « Nous autres Walons prononçons ai, <?/, et oien telle sorte qu'on oit en ces trois diphthongues l'a et l'i, Ve et l'i, l'o et l'i, par quoy entre nous ceste licence est fort dure » de faire

1. Du là les rimes : iiourmnine : doumainne (Mar., I, 31); pourmaine : atiu^ine : humaine (Id., II, 89); mené: alaine : vilaine (Id., II, 80); nmeine : pl«ine : àUine (Id., II. 69).

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