LA TRADITION LATINE DANS L'ÉCOLE
\ Il n'est pas tout à fait exact de dire, comme cela a été répété souvent, que le français était totalement exclu, au xvi'' siècle, des collègues de T Université .jCe n'est pas non plus, comme on Ta soutenu, Mathurin Cordier qui lui a fait la petite place qu'il occupait', c'est la nécessité même de renseignement. Quicherat a montré que Cordier avait été précédé dans cette voie. Nous avons des ouvrages pédagogiques très anciens où entre le français, ainsi la Manière de tourner en langue francoyse les verbes Actifz, Passifz, GerondifZy Supins et Participes ,' item les verbes Impersonnelz, ayans terminations actiue ou passiue, avec le verbe substantif nomme sum, qui parut d'abord sans nom d'auteur ni date, à divers endroits, mais qui est due à Robert Estienne. Toutefois ces livres mêmes suffisent à montrer quel était le rôle de la langue vulgaire dans les collèges : dans celui de Rob. Estienne, les formes françaises sont, il est vrai, réunies, mais pour faire sentir à l'élève la valeur et le sens des formes latines. La grammaire française est le moyen, non le but de l'enseignement nouveau. On le sent mieux encore en parcourant le livre de pédagogie élémentaire que Robert Estienne a intitulé : Li:s déclinaisons des noms et verbes, que doibuent scauoir entièrement par cœur les en fans, ausquels on veult bailler entrée a
la langue Latine- La dernière partie, savoir : La manikre
d'kxkuckr lks en fans a décliner les \oms et les Verbes est particulièrement significative. Si, en passant, il y est recommandé de bien prononcer et de bien écrire le français, autant que le latin ; si on demande îi l'écolier de pouvoir traduire sans hésiter une forme latine qu'on lui cite, pendant (ju'on donne à son voisin une forme françai.se h tourner en latin, c'est pour les mettre tous deux, une
1. MaHMchinii, Le» (^nllnquen scnhiren... Paris, 1H7R, p. 22.1.
2. .\ l'ariH, de rimprim. (le Hob. Eslicnno, imprimeur du Hoy. 1519. A. P. («eptcmhrc . (LcH ronjui^aiHons cludiécH «uni celle» de» verbes lalins : amo, doceo, tego, »udio : de» anomaux : eo, volo, nolo, fero, fio. Cela seul sufTil à éclairer sur les intcnlions de l'aulcur.)
LES OBSTACLES i
fois pour toutes, en possession complète de la grammaire usuelle du latin, et qu'ainsi, définitivement accoutumés et instruits, ils puissent « aller plus outre »., en latin, s'entend ' . Quand le français a rendu les services qu'on attendait de lui, et que l'enfant n'est plus « si rude ni abécédaire », X3n l'abandonne ; ses premières années faites, l'élève, hors la classe comme dans la classe, ne doit plus avoir d autre lang-ue. C'était une obligation générale dans les collèges de parler latin '-. Les pédagogues les plus libéraux, comme Cordier. conseillaient bien aux maîtres d user, pour l'imposer, plus de la persuasion que de la violence ; ils en arrivaient même à proposer de suspendre quelques instants par jour cette règle salutaire ; mais c'était afin que le reste du temps on s'y conformât avec plus de bonne volonté. Quant à l'abandonner, personne n'eût proposé cette folie. 11 ne faut pas oublier que la possession du latin était le but principal, on pourrait presque dire unique des premières études : Latine loqui, piè vivere, c'était tout un programme de vie : la piété ouvrait le ciel, le latin assurait l'entrée des sciences divines et humaines ; il donnait commerce avec tout ce qu'il y a de bien, de sage et de noble sur la terre.
Montaigne nous a laissé le récit de ses premières années : « L'expédient que mon père y trouua, ce fut que, iustement au partir de la nourrice, il me donna en charge a un Alleman, qui depuis est mort fameux médecin en France, du tout ignorant de nostre langue- et tresbien versé en la Latine. Cetm'-cy, qu'on auoit faict venir exprès et qui estoit bien chèrement gagé, m'auoit continuelement entre les bras. Il en eut aussi auec luy deux autres, moindres en sçauoir, pour m'accomj^agner et seruir, et soulager le premier ; ceux-cy ne m'entretenoient d'autre langue que Latine. Quant au reste de sa maison, c'estoit une règle inuiolable, que ny luy mesme, ny ma mère, ny valet, ny chambrière ne parloient en ma compagnie qu'autant de mots de Latin que chacun auoit apris pour iargonner auec moy. C'est merueille du fruict que chacun y lit :
1. Je n'ai pas à m'étendre sur cette question. Je rappelle seulement que les livres cités plus haut ne sont pas les seuls du }rcnre. Il existe des grammaires bilin^es : jElii Donàti de oclo oratiônis pirlihus Uhéllns. Des huict parties d'oraison; Parisiis, ex officina Malthaéi Davidis, via Amypdalina, 15J6. Il y en a de toutes françaises : Ae.v Principes et premiers elementz de la langue Latine, par lesquels tous ieunes enfants seront facilement inlrodaictz a la congnoissance d'icelle. Parisiis, apud Mauricium de Porta, 15 iJ.
2. Du Bouiay a raconté dans son Ilist. Universifatis, III, 126, qu'un papetier, liaranjjué en latin par le Recteur, qui lui faisait des reproches sur ses fournitures, fut cité devant le Parlement pour avoir riposté en disant : <• Parlez français, je vous répondrai » (cf. Compayré, Hist. des doct. de l'éduc, I, 137).
mon père et ma mère y apprindrent assez de Latin pour l'entendre ^ et en acquirent a sufTîsance pour s'en seruir a la nécessité, comme firent aussi les autres domestiques qui estoient plus attachés a mon seruice. Somme, nous nous latinizàmes tant qu'il en reg^orgea iusques a nos uillag-es tout au tour, ou il y a encores, et ont pris pied par l'usage plusieurs appellations Latines d'artisans et d'utils. Quant a moy, j'auois plus de six ans auant que i'entendisse non plus de francois ou de Perigordin que d'Arabesque... Si, par essay, on me vouloit donner un thème a la mode des collèges, on le donne aux autres en François, mais a moy, il me falloit donner en mauvais latin pour le tourner en bon ^ . »
Il semble qu'on soit ici en présence d'un cas exceptionnel. Nullement. Seuls, les moj'ens employés par le père de Montaigne pour faire de lui un bon Latin, étaient nouveaux. Henri Estienne a été élevé à peu près dans les mêmes conditions que Montaigne 2.
Dans la maison de Robert, dont l'exemple échaufîait la verve de Daurat, femmes, servantes, clients, enfants, le petit Paul et la tante Catherine, tout « l'essaim de la ruche laborieuse » s'entretenait chaque jour dans le langage de Plante et de Térence » '^. Et si peu de familles atteignaient à ce résultat, c'était du moins là un idéal, que les pédagogues proposaient. Seule, la mère était admise, et pour cause, à parler à ses enfants la langue maternelle *. Mais, un écolier soucieux de ses progrès devait se l)orner lîi, et éviter de parler longuement aux domestiques, incapables de lui répondre autrement qu'en leur vulgaire''.
1. Essais, I, ch. xxvi. — Dans cette citation, j'ai f^ardé Vu (: v) du xvi* siècle dans le corps des mots, mais pour plus de clarté, au commencement des mots, j'aî écrit uniformément u pour h, et v pour v.
2. n Votre aïeule, écrit Henri Estienne à son fils Paul, entendait aussi facilement que si Ion eût jîarlé en français, tout ce qui se disait en latin: et votre tante Callicrine, loin d'avoir besoin d'interprète pour comprendre cette langue, savait sy énoncer de manière à être parfaitement claire pour tout le monde. Los «loniestiques euxmêmes s'accoutumaient ù ce lanfîajçe et finissaient par en user. Mais ce qui contribuait surtout à en rendre la pratique {générale, c'est (jue mes frères et moi, depui» que nous avions commencé à balbutier, nous n'aurions jamais ose employé un autre idiome en présence de mon père et de ses correcteurs. » H. Est. Lett. préf. de l'éd. d'A. Gille, 1583, in-H, p. 12 et 13.
3. Intaminata quam lalini puritas Sermonis et castus ticcor !
Nempc uxor, ancillie, clientes, libcri,
Non sejfni» examen donius, Quo IMautus orc, quo Tcrcntius, soient
Quotidianc C(>lli>(|ui.
cité par Fcufçèrc, dons Ih PrKceUence de II. Estienne, Paris, 1850, p. xn.
4. Cordicr, De corr. sermon, ementlnlione, 1533, Prcf. : « (pueros) pudcat vel cum ipsts matribus uti lingua vcrnacula. »
5. Dan» len Coifof/He» de C.ordicr la conversation revient souvent sur ce sujet. V» IV. 1<», f-r Îl-Sl : « Ma^cister (iidlicum niliil cITert, nisi aliquid dcclarandi causa. —
LKS UliSTAC.LES V
Que nombre de familles n'aient ni pu ni même voulu, quand elles le pouvaient, se plier à cette discipline des régents, c'est chose qui se devine de soi-même. De l'aveu même de Cordier, malgré le fouet, malgré la censure publique, à laquelle on s'exposait, comme si on eût manqiié la messe, les enfants savaient trouver des cachettes [latihula] où ils pouvaient parler d'une partie de barres ou d'un de ces mille sujets dans lesquels la majesté du latin risquait de se compromettre.
Mais en dépit de ces écarts, la règle qui imposait le latin resta debout. Les réformes de l'époque de Henri IV ne changèrent rien sur ce point aux anciens statuts '. Comment eût-on renoncé à la tradition, quand les champions les plus ardents du relèvement de l'instruction générale en étaient à protester contre l'abandon des langues anciennes? Ainsi P. Boulenger est un esprit des plus modernes ; il eût compté, de nos jours, parmi les propagateurs de l'instruction obligatoire ; le discours où il s'est plaint de l'abandon des études et de l'oubli où on laissait tomber ledit du roi concernant 1 instruction gratuite des enfants pauvres, est resté célèbre : et néanmoins Boulenger n'a pas imaginé un instant que cette instruction pût se faire sans latin ; il proteste même contre lidée qu'on puisse tenter quelque chose en ce sens, et essayer de constituer une littérature scientifique française ou une encyclopédie de traductions. Suivant lui, tout cela resterait incompréhensible aux hommes sans latin -.
Aucune initiative ne vint non plus du côté des adversaires des
Nunquam ijritur prallice loquimini ? — Soluni cum matre, idque certa quadam hora, quuni illa nos ad se vocari jubcl. — Quid ajcitis cum familia ? — Cum familia raro est nobis sermo et quidem tantum in transitu : et tamen famuli ipsi nos latine allôquuntur. — Quid ancillae? — Si quando usus postulat ut eas alloquamui", utimur scrmone vernaculo, ut solemus cum ipsa matre. — O vos felices, qui tam dilij^enter docemini ! «
1. « Nemo scholasticorum in CoUegio lingua vernacula loquatur, sed Latinus. sermo eis sit usitatus et familiaris. » [Statut. Acad. et Univers. Parisiensis, art. XVI,. 3 sep. 1599.)
2. F. Houlenger, De utililate quœ ad popnlam Gallicum rediret, si sanctè Regis^ edictuin servaretur, De adhihendis in singulis Galliie oppidis preceptoribus, à quitus graiuito egenliores adolescenluli ingenuis artibns erudirentur. Paris, Fed. Morel, 1566. P. 9. v°, l'auteur s'élève contre ceux qui croient le français suffisant : « Satis id habcntes, si vel animi cogitata sermone vernaculo utcumque scribere norint, vel quœ materna lingua ab aliis scripta fuerint, légère queant, non sccus ac si supervacanea non solùm esset, sed teneris etiam mentibus exitialis et dnmnosa Latinarum et Grœcarum literarum cognitio. » Cf. 11, v°, et 12 r° : « Quod ergo adfertur de iis quœ in noslram linguam conversa fuere, non est tanti ponderis aut momenti. ut propterea linguarum studium statim abiicere debeamus, cum nec artes quas circa sermonis artificium versari diximus, nec altiores disciplinae, in Gallicam linguam traducta^ adhuc fncrint : quas, etiam si vernacula lingua conscriptjc essent. nunquam tamen intellectu consequerentur, qui ab ineunte œtate aut Latinis aut Graecis lilcris imbulL non fuerunt. »
lu HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
* Universités ; les collèges des jésuites étaient à peu près aussi ' fermés h la langue vulgaire que les autres'.
Et il ne faudrait pas croire que les professeurs de la Faculté des arts aient été les plus entêtés de leur latin. La Faculté de décret, la Faculté de théologie, dont nous aurons suffisamment à reparler, nV était pas moins attachées. Quant à la Faculté de médecine, elle considérait, elle aussi, que la médecine devait, h tout prix, rester fermée aux profanes. La Faculté de Paris en donna une preuve comique dans le procès qu'elle fit h un empirique, Roch Baillif de la Rivière, qui se réclamait de Paracelse -. Appelée à examiner les doctrines de cet imposteur, la commission des six délégués, nommée par elle, refusa de discuter des théories exprimées en français, estimant a priori qu'un homme qui ne savait pas le latin, et n'avait pu lire par conséquent ni Hippocrate, ni Galien, ni Avicenne, était incapable de guérir^. Alors, dans une scène digne de Molière, « le grand Sénat, dont toutes les écoles de France, d'Italie, d'Espagne, et d'Allemagne, au dire des plaignants, attendaient l'arrêt », dut avant tout se transformer en commission de régents, et demander h l'inculpé, d'abord un
1. « Latine loquendi usus scvcre in primis cuslodiatur, ils scliolis exceplis, in quibus discipuli latine nesciunt, ita ut omnibus quic ad schnlam pertinent, nunquam liceat uti patrio sermone : eamque ob rem latine perpétue niagister loquatur. » (Hatio sludiorum, éd. Tournon, 1603, p. 121.)
« Domi lingua; latinjc usum inter scholasticos dilig^entcr conservandum curct Rector; ab hac autcm latine loquendi loge non eximanlur, nisi vacationuui dies et recreationis horae. » (IhiJ., 27.)
2. I.,e Doyen Uf>usselet avait fibtenu l'autorisation de poursuivre cette « poste » qu'il comparait à Luther, et voulait renvoyer chez les Turcs, le 7 oct. 1578 (voir Reg. mss. de la Fac, VIII, 107 v", Bib. de la Fac. de médecine de Paris).
3. Voir : Vr.ii/ disronrx dex inlerrofjuloires f'nicls en lu présence de }î.\f. de la Cour de Parlement, par les I)rs, liegenls en la FacnlU' de Médecine...., à Roc le liaillif, surnommé La Riuiere, sur certains poincls de sa doctrine, Paris, l'IIuillier, rue Saint-Jacques. .\ l'Oliuier. Auec privilège.
Interrogé le 19 juin « en la maison de Mg' le Président de Morsan le 19.juin, laulre a sa rcqueste en plein Parlement douant tous MM. de la Cour. Au iiremicr examen, la plus grand part de l'apres-disnee fut consommée en ce dilTercnl, (pi'icoluy proteste qu'il ne peut parler Latin Les Médecins au contraire disent, (ju'ils ne doiuent ny ne pcuucnl examiner de la Médecine en langue vulgaire. Luy remonslrc. (|ue les maladies ne se guérissent ny en Latin ny en (îrec ; qtu* c'est assez <pie la chose soil entendue et les remèdes cogneuz. I)avanlage, que luy est Médecin François, et qu',\uicennc a escrit en sa langue, Ilippocrales et (îalicn en la lein-. .Vu couliaire les Médecin» remonstrcnt, (ju'il e<l impossible <|u'il soit Médecin, (piil n'ait passé par le» premières lettres et escholes. Outre (|ue cesl homme se dil docteur i\ t-acn ;(|ui est ime falsité digne de punition, ccunme il a esté acerlainé par les Docteurs do Gicn à la re(|ucste de Madame de Ro|ian),et pource <|u'un Doctevu' examinant un ipii ne dit Docteui* ne le peult examiner en François : principalement estant <pu>stion d'introduire ou de reietter la doctrine de Pai-acelse par le ingi-ment d'un si grand Sénat, duquel toute» le» Kscholcs de France, Italie, Kspaigne. Allemaigne, allendenl l'Arrest, Dauantage, qu'il n'est possible, que n'enlendant la langue Latine, il ail Icu Hippocrate», nalien, Auiccnne et autre» bon» aulheurs Grec», Arabe» et Latins, desquels la milliesme partie n'c»l tournée en Françoi». »
thème oral, puis, sur son refus, un exercice écrit de latinité K La première protestation qui, à ma connaissance, se soit élevée contre cette domination exclusive du latin dans les écoles, est celle que Jean Bodin, le célèbre jurisconsulte, a placée dans son discours aux consuls de Toulouse sur Finstruction de la jeunesse, en loo9. Non seulement il estim.e que c'est une qualité pour un maître de bien savoir sa propre langue, mais, tout en reconnaissant les avantages du latin, qui sert de langue commune aux lettrés de toutes les nations, il ose dire qu'il y aurait une économie énorme de travail et de temps à étudier les sciences en langue maternelle, comme ont fait les Anciens, comme les Italiens commencent à le faire ; et il avance hardiment que le français peut y suffire, étant assez riche non seulement pour vêtir, mais pour orner les disciplines ; on doit donc s'exercer à écrire et à parler en français, comme en grec et en latin -.
1. « En ce débat Messieurs delà Cour luy remonstrent, qu'il parle Latin tel quil voudra et pourra, qu'il sera excusé. Luy coulpable de son ignorance, de rechefdit, qu'il y a long: temps qu'il n'a veu ses liures : qu'il y a quatorze mois qu'il est à Paris empesché à ses ailaires. Quelqu'un des Docteurs, pour plus euideniment monstrer l'ignorance dudict La Riuiere, luy demande qu'il dise en Latin : Il y a quatorze mois que ie suis en ceste ville. Il faict du sourd. ^Iais estant pressé, il dit qu'il escriroit bien en latin, mais qu'il ne peut parler. Alors les Docteurs, sans preiudice du reste de l'Examen, demandent qu'il responde par escrit en Latin sur le champ a la première question qui luy sera faicte. Il ne peult reculer. Et pour ce la première question est telle. Qui fieri possit lit Paracelsus ah Hipp. et Galeno nihil dissentiat, cain ParaceLsus eos sfepe ludihrio haheat, seseque hujiis tam recondilœ doctrinœ anlhorem esset scrihal? Alois iceluy La Riuiere prend la plume, attentif comme ces petits encans qui font leur thème, remet en sa mémoire quelque Latin de Paracelse, qu'il sçait par cœur, et escrit : Paracelsus non differl à veteris Medicis. Nani Hippocrates in libro de veteri medicina non dicit sanguis hilis esse principia, etc. Voila le Latin de La Riuiere. que ie pense qu'on trouueroit encore escrit de sa main »... Recueil des deux examens faicts par cinq de Mess, de la faculté de Medicine contre Roc Baillyf, surnommé la Riuiere, p. 1" et s., Bibl. Maz"» 29 121.
On peut consulter sur ce grave procès, dont les débats durèrent quatre jours, les registres mss. de la Faculté, VIII, 128 et suiv. René Chopin parla deux jours pour Hippocrate et Galien, et Roch Baillif de la Rivière fut condamné à être banni du ressort du Parlement. L'avocat du roi était Barnabe Brisson ; il fit sur l'antique médecine et son père Hippocrate une harangue si goûtée, que la Faculté enthousiasmée lui vota une reconnaissance éternelle, et s'engagea solennellement « quoi qu'il lui arrivât, à lui, à sa femme, à ses enfants, et aux enfants de ses enfants, des maux qui atteignent l'homme, quel que fût celui des docteurs qu'il appelât, quel que fût le nombre de ceux qu'il manderait, lui ou les siens, à le soigner à perpétuité avec diligence, alTection, et gratuitement ».
2. Voir Bodin, De instituenda in rep. iuvenlnte oratio, Tolosa", 1559, ex. ofi". P. Putei, 4.3 v"... « F'atcor equidem magnum aliquid ac pra'clarum futurum, si apud nos, ut iam apud Italos fieri c(L>ptum est, artes scientie lingua vernacula doceantur ; ut quemadmodum utrique, et Gneci qu.e ab /Egypliis, et Latini, qu.eà Gnccis didiceranl, sua lingua maluerunt quam peregrina profitcri, ut se tanto, ac tam graui discendarum linguarum, quu- maiorem ac meliorcm uetatis nostrœ partem requirunt, onere subleuarent : nos consimililer quaj ab illis accepimus, lingua Gallica, qu<T; satis, auguror, diuitiarum, non modo ad vestiendas, sed etiam ad exornandas scientias, habitura est, conemur exprimere. » Cf. 4i v.
Dans cette seconde moitié du siècle, plusieurs des professeurs du Collège royal appliquèrent cette idée hardie. Ce fut d'abord Ramus ^, puis sur son conseil, dit-on, le mathématicien Forcadel ^, au grand scandale de quelques-uns, mais visiblement avec la tolérance du roi, puisque, malg-ré cette rupture avec l'usage, celui-ci n'hésita pas à inscrire Forcadel au nombre de ses lecteurs.
Un des professeurs royaux, Louis Le Roy, qui a été, à un moment donné, le conseiller et le représentant de la couronne, s'aventura plus loin encore. Dans un discours solennel, sorte de leçon d'ouverture, qu'il lit imprimer et que nous avons conservé, il osa justifier son dessein d' « user du naturel et vulgaire du pais, pour y traitter les matières d'Estat qui s'offrent en la lecture de Demosthene », et institua une comparaison des langues (( appelées doctes et grammatiques », et des langues vulgaires. Il célèl)re d'abord l'utilité des premières, auxquelles il fait, comme on peut s'y attendre d'après l'époque et les circonstances, une belle et large part^; cette dette