‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 134 sur 259 · RÉDUCTION DES HIATUS · texte numérisé non relu

RÉDUCTION DES HIATUS

de eu très fermé. L'existence de doubles formes dans les verbes, reste de l'apophonie ancienne, n'est pas non plus étrangère à cette confusion. Quoi qu'il en soit, à la fin du siècle, c'est tout à fait une « ancienneté ».

lE. — le tend à la diérèse dans les mots où il était originairement diphtongue, issu du développement d'une voyelle latine, dans lierre, fiel, miel, hier (Thur., o. c, I, 490-i9i). On trouve même dans Jodelle un exemple où ier devient dissyllabique.

Dans le cas contraire, quand i provenait d autre source, il faisait encore une syllabe distincte au commencement du xvi* siècle, mais dans le cours de ce siècle, le i devint y, faisant une seule syllabe avec la voyelle qui suivait *.

D'après Peletier [Artpo., 86, et Apol.^ 1 1) « cretien dissilabe pour cretïen trissilabe » est tout commun ; cette licence peut à son avis s'étendre, et l'on peut faire contraction de ïeu en ieu, ïer en ier, ion en ion. Durant le xvi^, les poètes usent du droit de compter ce groupe de voyelles, soit pour deux, soit pour une seule syllabe, et les Arts poétiques varient suivant qu'ils « regardent » à l'autorité de Marot et de ses contemporains, ou qu'ils favorisent la prononciation licencieuse nouvelle. Encore faut- il dire que chrestien dissyllabe est déjà dans Marot, 111, 13.

On trouvera les témoignages dans Thurot, I, 538-339; je ne retiendrai ici que celui de Lanoue. 11 range parmi les mots en ien monosyllabe non seulement chrestien et ancien, mais encore mathématicien, magicien et les divers noms de professions. Il n'attribue à ien dissyllabe que lien, grammairien, historien, terrien, et il ajoute : « Qui ne veut ou ne peut estre si exact, quand il y rimera (à ien monosyllabe) ne fera pas erreur de grande importance. » On est revenu depuis de cette simplicité, c'est là une influence des poètes : la phonétique n'est à peu près pour rien dans les hésitations ultérieures.

lA est diphtongue monosyllabique dans diable, dia, opiniâtre; de même iant: cependant estudiant, inconueniant, t'ia/if/e peuvent toujours être prononcés avec ian en deux syllabes.

lEC n'est encore que très peu avancé dans la voie de la réduction.

/O.v n'est à peu près jamais monosyllabique. Dans pionnier, champion, il ne sera considéré ainsi qu'à partir de Du val (1604). Dans les substantifs, tout le monde, de Meigret à Maupas, compte ion pour deux syllabes (Thur., o. c, 539-540). En ce qui concerne les finales, il n'y a que les verbes qui aient ions monosyllabe.

1. Sur l'usage des poètes, voir Tobler, Le vers françM, 78-104.

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