ORTHOGRAPHE DU FÉMININ
Doublement de la consonne finale. — Un certain nombre dadjectifs doublent la consonne finale avant l'adjonction de le muet.
La plupart des grammairiens notent le fait, sans entrer dans le détail des règles. R. Estienne dit (15) : « Nonnunquam quum addimus istud e, consonans praecedens duplicatur. » De même Gauchie, 1570, p. 64, dit simplement : /, n, s, t, plerunque gemiiiantur » et donne comme exemples : royalle, bonne, fausse, nette, mais sans préciser davantage.
Sylvius, dans son désir de rapprocher le plus possible le français du latin, déclare, p. 69, qu'il faut doubler la consonne finale de ceux-là seuls parmi les adjectifs dont les correspondants latins ont une consonne double ; il ne faut donc pas écrire avec le vulgaire honne, telle, quelle.
R. Estienne, lui, a pour principe (p. 103^ que, si le latin présente une consonne double, il doit en être de même du français.
Mais cette règle trop savante n'est pas celle qui a prévalu, ni non plus celle qu'indiquent les autres grammairiens.
1. Palsgrave donne Leupa-rde, leuriere, lionesse. punnesse, serpente.
2. Parmi les fûminins curieux acceptes pur Maupas, je signalerai : taure ou génisse, oûeille ou brebis ^82) lieuleminde {«!).
LA CONSONNE EST L. — Palsgrave, p. 294, indique que le féminin des adjectifs en / est en lie. Aussi écrit-il : hrutalle, bestialle (p. 305), aussi bien que isnelle (326), facille (311), molle (324), seulle (//>.), feaulle (327, à côté de fealle).
Toutefois il manifeste quelque hésitation dans l'usage pour les adjectifs où / est précédé de / : il écrit facille (311), dif/icille (315), iuuenille (330), senille (305), soubtille (325), mais agile (322), subtyle (326).
Du Wez, 917, donne .sa/, sa//e, mais sans énoncer aucune règle.
Meigret déclare, 32 v" et 35 r**, que les adjectifs en al ont un féminin distinct du masculin ; 33 r° et v", que ceux en el et eil on tous leur féminin par addition de le (Cf. Meurier, Br. inst., 31 v", sur les adjectifs en ol). Ainsi royal fait royalle, mortel : mortelle, pareil : parelie. Les adjectifs en il, comme çiuil, volatil, jçntil font au féminin : çiuile, volaiille, jontilie.
Meigret ne dit rien des adjectifs en ol, dont il ne donne pas le féminin (32 v**). A peu près tous les grammairiens, sans donner de règle, suivent en fait celle qu'a énoncée Meurier, Br. inst. 31 v°, en donnant h mol et k fol les féminins molle, folle.
En somme, même sans parler des adjectifs où II doit représenter / mouillée, l'usage général est de doubler l au féminin.
LA CONSONNE EST N. — Palsgrave (p. 294) distingue les cas où la finale est en ou on et celui où elle est in. Dans le premier cas, les adjectifs doublent la consonne finale avant e muet. Ex. : bonne christienne (il est vrai que p. 309, il écrit cristiene) ; dans le second cas, ils prennent seulement e. Ex. : diuine, plaine, vaine.
Meigret, parlant des noms d'habitants, donne toutes les finales en n : an, ein, ien, in, on comme ne doublant pas au féminin la consonne finale (32 r° et v°; c'est dans ce même passage qu'il indique al comme doublant / final). Je relève parmi les exemples qu'il cite à l'appui, Limozine, Toulouzane, Chartreine, Pariziene, Bourrjuiflone.
Sylvius, nous l'avons vu, veut que, la forme française ressemblant k la forme latine, on écrive : bone et non bonne; Pillot, au contraire se prononce assez décidément pour la double consonne : « <• additur, et geminatur ultima consonans vocis masculinto, ut bon, bonne. Et si quidam aiunt alterum n superlluum esse : mallem lumen utrunque retinere quam nos assuefieri ad proferendum " m similibus locis instar diphthongum ou » (9 r").
Meurier {Br. inst., 31 v°) donne comme féminins d'adjoclils iii n : vaine et bonne, .sans préciser le cas où l'on doit doubler la cou-
sonne finale ; toutefois il donne (37 v") ine comme correspondant au masculin in. R. Estienne déclare plus expressément (p. 108) qu'on redouble la consonne finale avant d'écrire e : mais il en cite comme exemple diuine à côté de bonne et leluinne. Quant à Gauchie /^loTO, p. 60), il cite chienne comme exemple de noms ou adjectifs doublant la consonne finale, mais ne donne aucune réglée
LA CONSONNE FINALE EST n. — 3e n'ai trouvé qu'un seul exemple de r finale redoublée, c'est sur, surre dans le sens de aigre (Palsgrave, 323), il se distingue ainsi de seur, seure = assuré (Id., p. 326) 2.
LA CONSONNE EST T. — PalsgTSixe, ici encore, est le seul à donner une règle précise (p. 293) : si t suit une consonne, il n'est pas redoublé au féminin : droicte, haulte ; s'il suit une voyelle, on le redouble : ingratte, nette., mignotte, delicatte (309, 327), quitte (322) à côté de quicte (323). complette (308), deuotte (310). De tous les exemples que j'ai relevés, deux seulement font exception : discrète (310), secrète (321).
Sylvius, fidèle à sa règle, donne aussi le féminin secrète (147).
Meigret (32 v") cite, parmi les adjectifs dérivés de noms de pays, les adjectifs en at, fém. ate : Auuergnate.
Enfin Meurier donne des diminutifs féminins enette, otte, correspondant à des masculins et, ot, mais sans énoncer aucune règle.