‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 144 sur 259 · FÉMININ DES SUBSTANTIFS EN EUR · texte numérisé non relu

FÉMININ DES SUBSTANTIFS EN EUR

Dans les formes des adjectifs et des noms, qui, de tout temps, avaient eu deux formes pour le masculin et le féminin, je signalerai quelques changements qui, sans être enfermés dans les limites du XVI* siècle, s'accusent plus particulièrement à cette époque.

Les féminins en eresse sont toujours nombreux'. Les grammairiens les indiquent. Palsgrave : (154) brodeur^ broderesse ; Rob. Est., menteresse; Cauch. (éd. 1570, 66) ; pécheresse.

Ils sont également communs dans les textes ; regnateresse et moderateresse de toutes lesdictes nations (J. Lem. de B., il/., I. lll,f 3 V*, éd. 1548, G.); U flatteresse espérance {S*-Gei.,lll, 174); tromperesse (Id., 111, 202 et 225). Il j en a une amusante énumération dans R. de Gollerye [OEuv., 231) tricherresseSy pécheresses^ gaudisseresseSj menterresses^ fillerresses^ fourbisserresseSy

1 . Dans les adjectirs en f, point de diangemenU Je notcnd tontefms que Bdagraye (293) demandait le maintien de /* devant ve. Et il obsonre cette règle. Mais l/dispamt de bonne heure. Sjlvius la condamne (69) et Gauchie (1570, 64) dit : fomitti in fœmûnimom cœpit.

3. Comparez des substantifs comme inierprets (Meigr., O/f. de Cie., 6).

3. Rabelais s'amuse à faire des féminins en esse belles et ioyeases kypoeritesses, ehattemitesses, hermîtesses ,IV. 64. t. II. p. 49T). II est à remarquer que eresse comme erte tend à deTcnir un suffixe simple. Montaigne dit simgeresse (I. III, di. &, t. VI, p. 8,n. 3.).

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rapinerresses, recommanderesses; cf. changeresse (Amad. Jani., I, 87) ; assom'rcsse (Rons., IV, 288 ; voir pour la Pléiade le Lexique M. Lav., II, iiù) ; piperesse (Tahur., II, 82, ode 7, Bl.); baiseressc (G. Durand, Im. de Bonnefons, 82); danseresse (G. Bouch., Ser., I, 152). Même à la fin du siècle, ils n'ont pas cessé d'être en usa^e : adulteresse (Palm. Gayet, Chron. sept., 7o, 1); intercesseresse [ib.. 93, 1); flateresse (Du Bartas, 1591, GO); hasteleresse (G. Fouc, Ep. d'Arist., 77); charmeresse {ib., 148); broderesse [ib., 67).

Gependant un changement était en train de s'accomplir. Par suite de l'amuissement de r final, les formes en eur se rapprochant des adjectifs en eu[x), fém. eiise ', la finale euse beaucoup plus proche du radical modifié tendit à supplanter eresse. Du Wez donne déjà trompeur, trompeuse, et Meigret déclare (30 v") que les dénominatifs en eur tirés de verbes font leur féminin en euze.

Dans Marot, chasseuse rime avec paoureuse, III, 227; flateusc est dans Forcadel (p. 3, v. 22); pipeuse, d'après Godefroy, serait dans Montaigne [Ess., I, 46). Mais le renvoi est faux, Montaigne àitpiperesse (1. I, ch. 14, t. I, 83) '.

FÉMINL\S EN TRICE. — La forme savante en trice ne sort pas encore d'un certain nombre de mots savants. Sylvius, ayant à traduire imperatrix, detractrix. mentitrix, les rend par emzperece, detractrece, mentrece, en ajoutant « et similiter alia permulta verbalia quae ss gemino imperiti scribunt » (74) -K

Rectrice est dans Marot (I, 89), tutrice dans Rabelais : Ainsi est vierge dicte Pallas Déesse de Sapience, tutrice des gens studieux (I. III, ch. 31, t. II, 153) ; cf. Nécessité /'eut inuentrice d'Eloquence (Id., Prol. du 1. IV, t. II, 257); la faculté crpultrice (G. Bouch.. Ser., II, 95) ; effectrice (L. le Roy, Tim., 40 r", Becker) ; gesticulatrice (Gyre Fouc, Ep. d'Arist., 97) ; une manière dubitatrice (Mont.,I. II, ch. 12, t. IV, p. 78). Ges féminins latins en trice sont assez fréquents chez Montaigne. Je relève : diuiiuitrice (1. II, ch. 12, t. III, p. 226; ib., ch. 19, t. IV, p. 276 : 1 III, oh. 13, t. VU,

1. Comme type de celte ftmfusioii je <-iUTai une i)lii-«>e nirieuse lie Meij^rel ; Ajouslc si lu veux les Perfumcux, les Hallvurs {Trud. lies Off. de (lie, lâH, 122).

2. l'rieuseesl déjà dans lu Myst. du Jui/einenl, 2123; cf. CItr. du Pis., DU de l'oissy. dib, H, 178.

.">. Mnssct {Ach. à la laïujue franc.) note aussi trice comme un pur lalini.smc. Il cite : lulcur et lulricc, empereur, ernperiere et impératrice. Cuuchie (1570, «iC) écriviiil le latin tout cru : imperatrix. Le vieux féminin ernperiere est encore commun au xvi* (Cauch., 1576, 97; Hivaudeau, 75, etc.); Pasquier, I. VIII, cli. 2, éd. 1621, p. 6S0, observe que ernperiere « a esté lousioum mis en (cuurc par des Kssars en son Amadis de Gaule, combien que nous eussions... impératrice ». Montaigne aussi emploie ernperiere (I. I, ch. 2:), t. I, p. 161). Nous en reparlerons uu xvii* siècle.

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p. 61); eiaculafrice (1. 1, ch. 21, t. I, p. 146); fundatrice (1. II, ch. 12, t. IV, p. 115, n. 2); formatrice (I. I, ch. 26, t. II, p. 52); génératrice (1. III, ch. 13, t. VII, p. 4) ; médiatrice (I. I, ch. 28, t. II, p. 90); ostentatrice (1. I, ch. 39, t. II, p. 193); promotrice (1. II, ch. 35, t. V, p. 92; ib., ch. 8, t. III, p. 85, n. 1); reformatrice (I. II, ch. 12, t. III, p. 183). Ils ne sont pas enregistrés par les dictionnaires du temps.

Autres féminins. — Parmi les autres léminins, il en faudrait citer quelques-uns qui ne sont plus guère usuels en langue moderne, et qui se rencontrent encore au xvi^ : ^yran/e (sur l'ancien masculin tyrant)^ encore dans Rons., III, 217, M.-L.), à côté duquel on a tyranne (Desport., Diane, I, son. 16).

C'est surtout dans les noms d'animaux qu'on constate les changements. Ronsard dit encore une tigre iPo. ch., éd. Becq de Fouquières, p. 19).

Porc a encore une (orme porque, donnée par Gauchie, 1570, 65', et qui se rencontre dans les textes. Maupas la conservera (77) -.

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