DEGRÉS DES ADJECTIFS
375V Cf. du christianissime Roy Louis XII (J. d'Aut., Chron. de L. XII, IV, 42) ; a grandissime félicité (S*-Gel., I, 142) ; illustrissime et hault aine princesse (Lespl., Prompt., Bail, fin., p. 103) ; Neronissime est ton cognon (Id., ib., 13); ce sera vne grandissime chose (Paliss., 63, Cap.) ; vn doctissime Théologien de nostre temps (Vigor, Serm. cath., 203); voz doctissimes ohseruations (J. Seal., Let., 30) ; très chrestien et inuictissime roi Henry /F (P. Cayet, Chr. sept., 7) ; vne lésion enormissime (Mont., 1. III, ch. 5, t. VI, p. 27, n. 1). L'exemple suivant est particulièrement curieux : Et la iugeay tout oultre bellissime, Sans que beauté du monde la déprime (Forcad. p. 3, V. 20).
Tous les grammairiens, sans exception, furent hostiles à cette tentative^, mais surtout H. Estienne, qui en accusa la mode italienne : « A propos de ce grandissime dont ie vien d'vser, notez que ces superlatifs sont maintenant fort plaisants aux courtisans... tellement qu'il vous faudra prendre garde de dire plustost doctissime, que tresdocte, bellissime que tresbeau, bonissime que très bon^^ » (Dial., I, 239).
Les grammairiens du commencement du xvii*' seront, eux, à peu près résignés à laisser les dignitaires d'Eglise se parer à l'italienne. Bernhard (63) accepte serenissime, illustrissime, reuerendissime ^ grandissime. Maupas, de tous ceux qui sont « écorchez du latin », ne tolère que grandissime, mais il ajoute cette réserve : « Sauf éstiltres et inscriptions adressées aux Cardinaux, Euesques et autres Prélats d'Eglise, où aucuns vsurpent. Illustrissime, Reuerendissime (92) ».
L'usage de faire précéder un adjectif de si très existe encore : ffui faimoit si très fort (Marg. de Nav., Dern. po., p. 415, cf. 126, 411, etc., Corroz., Hecat., Le feu, 114, et Marot, III, 9). Belleau dit encore dans la Reconnue : le Vay trouué ^homme si sage. Si très bon et très honneste (a. i, se. m, A. th. fr., IV, 351).
Cet usage disparaîtra peu à peu.
1. Sylvius (92), Meigret (28 v°) : « l'vzaje |de la lange Françoçze ne Iç' peut goutter : i; çncores moins dijerer ». Pillot (13 v°) : « Nonnulli hanc linguam cupientes reddere Incuplctiorem 'formant superlativum ;... quod Aulae debetur, quae hic tanta pollet authoritate ul praestet cum ea errare quam cum caeteris bene loqui, et satis sit ailegare ipsa dixil. » Gauchie : « Nec enim recte dixeris malissime... et similia a quibus usus abhorrct. Et quae hanc formationem admittunt latinaex parte sunt » (1576, 108). Ramus : Ces superlatifs « sentent vng Latinisme que le Francoys ne peult goutter et encore moins digérer » (69).
2. Le môme H. F^stiennc les emploie en raillerie : dirions-nous pas... que ceshistoriens auroyent conlrouué cela de ces hommes, encore qu'au demeurant ils fussent barbarissimes {Apol. p. lier., I, li). Comparez dans Larivey, Le Fidelle se. xvi, {A. th. fr., VI, 375i : le suis vn homme bestialissime et terrible.
SUPERLA TIF RELA TIF. — Le superlatif relatif se rencontre encore très fréquemment sans l'article, particulièrement quand l'adjectif (ou l'adverbe) précède le nom ou le verbe : des choses que plus nous auons aimées en ce monde (Fauch., Or. de la l.'fr., 557 v°) ; au nombre de ceux qui auoient mieux escrit en nostre langue (Pasq., Rech., 1. VII, ch. 5, t. I, p. 700*).
On le trouve ainsi sans article dans d'autres cas : qui a plus dinterest a la vérité de la description de ce subject [Mém. de la reine Marq., 3); se vouloyt cascher entre les sepsplus espes (Rab., Garg., 1. I, ch. 27, t. I, p. lOG); Le nauigage qui est Vart par lequel plus de terres ont esté decouuertes (Fauchet, Or. de la l. fr.., 534 r°) ; ses plus forts instruments, et dont elle nous gesne plus cruellement, ce sont les maux à venir (Du Vair, 344, 43).
Mais l'article devient, au fur et à mesure qu'on avance, de plus en plus commun.