‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 154 sur 259 · CHAPITRE IV NOMS DE NOMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV NOMS DE NOMBRE

Preu. — Le XVI'" siècle connaît encore rénigmatique preu au sens de un. Non seulement Sylvius, qui serait suspect, mais Meigret (38 v") et Gauchie (1570, 195, 1576, 238) le déclarent très en usag-e. C'est surtout sous la forme empreut qu'on le rencontre dans les textes (voir Godefroy, au mot).

Au commencement du xvii® siècle, le P. Monet le signale comme appartenant à la langue spéciale des comptables, et on peut considérer que depuis lors il s'est réfugié où il est encore, dans la langue des écoliers, des faubourgs de Paris, et de quelques provinces.

Autres nombres cardinaux. — La lutte continue entre les nombres hérités du latin pour les dizaines, et les formes faites par addition : soixante dix, quatre vingt dix. Presque tous les grammairiens donnent encore septante et nouante (Palsg., 367-8, Sylv., 99, Garn., 20, Meur., 43 v°). Cependant Palsgrave reconnaissait que si cette manière de compter était celle des gens instruits, le peuple tenait ^ouv soixante dix, et Meigret (39 r") dit formellement que la manière nouvelle est plus reçue et plus approuvée. Ces témoignages sont confirmés par celui de Fabri i^Art de rhéi., 280), qui se plaint « de cet erreur incorrigible de dire quatre vingt douze pour nonanie deux^ ». Rabelais a-t-il eu l'intention de plaisanter dans des phrases comme celle-ci : Par dieu, c'est ici vin de Beaune, meilleur quonques iarnais ie heus, ou ie me donne a nouante et seize diables (1. V, ch. 42, t. III, 163) ? Cependant l'effet ne serait alors que dans nonante et seize, car nouante sevX, comme septante, est partout.

En second lieu, il faut signaler la continuation de la lutte entre le système latin de numération par dix et le système rival de numération par vingt.

Quatre vingts s'impose peu à peu aux dépens de octante ou hui~ tante. Non que octante soit proscrit ; il est au contraire recommandé

I. Cf. Soulal., 1S : solemus dicere soixante et dix, soixante et onze, loco septante et vn.

par plusieurs grammairiens et donné par tous (Paisgr., 367, Sylv., 99, Meigr., 38 v", Garn., 20, Meur., 43 v"). Il se rencontre de même chez les auteurs (J. Bouch., 1 Mor., XIV, f" 35 d; Rab., 1. II, ch. 29, t. I, 359; 1. V, eh. 38, t. III, 148, M.-L.).

Mais Meigret considère déjà qatre vins comme plus reçu (39 r°).

En revanche, les autres multiples de vingt, quoique usités jusqu'à 400, ne sont pas également en usage. Sis vins l'emporte sur cent vins, mais ç§nt soçssante est aussi bien dit que huyt vins (Meigr., 39 v°), et quinze vins, sauf dans le nom de l'hospice, est à peu près abandonné. Déjà la Légende de S^-Anthoine dit: trois cens abres, iOK

Mil a toujours ses deux formes ; mais il y a lieu de se demander si ce sont bien deux formes : mil même devant consonne faisant entendre l, et mille laissant tomber e devant voyelle et réduisant d'autre part sans doute f h l, comme nous l'avons vu dans la phonétique, mil hommes et mille hommes ne difîèrent vraiment que par l'orthographe, au moins dans une partie des cas.

Palsgrave enseigne déjà (371) qu'on dit mil devant voyelle, que le nombre soit multiplié ou non, de même devant ans, et entin dans la supputation des années de l'ère chrétienne. II. Estienne se borne à remarquer que devant consonne, comme dans par mil dangers, le mot a fort mauvaise grâce [Dial. du fr. ital., I, 64).

Dès lors on peut s'attendre à une confusion complète dans les textes : centz mil grandz philosophes (Marot, I, 113); trois cent mil piétons (Id., III, 132); mille autres (Id., I, 257); cent mille bien uenues (Id., II, 101); près de mil ans (Id., I, 111) ; sept cens mille et troys (Rab., 1. I, ch. 32, t. I, 121); sept cens mil et trois (Id., ib., 122).

Au delà de mille, il est indifférent de dire quinze cents ou mille cinq cents ; cependant, sauf pour le millésime, la première forme paraît l'emporter : sesleua au pays de Poictou... plus de quinze cens aduanturiers (J. B. P., 166).

Million est tout à fait acclimaté : [de) Xyrnphi's vn million \ Lem. de Belg., (M'Juv., III, 106); on estimoit le butin de la ville a trois millions d' esc az (Loy. Serv., 281) ; vng million de bien bons tours (Dolet, // Enf., p. 9), etc.

1. C'est Mci^^rct [l. c.) qui (ioniie le» renscif;:neincnts los plus ooniplcts. Il ncfcple égalcmcnl neuf vingts el çqnl qitlre vimjs pour rent hui/tiiutf. Il ajoute : Pour «fou se vins, Irqze vins, qalorze vins, dizp,sqt rinz, dizrjiuyt vins, <lis<;neiif vins, nous li; tlizons aosi comuncnicnl, li;» vns plus (je W.-s oolrc», selon qe Tuy-nje de v^rteins nrs Iç» o vzurpé, qe nou' {i;zont^ deus ççns qarante... Deus ç(;ns çinijiinle, soqssani' dis, ç (lalre vins dis ne sont pn» rcbullcz « (40 r"); cf. de sept a hiiict vintjtz personnes {J. H. /'., \3\),neuf vingts ils ont occis {Ch. de /.î#7, Lcr. de Lâchants hislor.,l\. loii .

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