‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 160 sur 259 · RELATIFS · texte numérisé non relu

RELATIFS

Qui et que. — Le trouble que j'ai signalé dans la déclinaison du pronom relatif au xiv® et au xv" siècles dure encore au début du xv!*^. La vieille forme du féminin (l") et du neutre (2°) que s'emploie toujours (cf. Hu<^., Synt. de Rab.^ 116-119).

1" Cest vne chose que ne dure guayres (Palsgr., 425); la roigne que vient aux testes des petitz enfants (Id., i32); la mort que luy deuoit aduenir (Seyss., Suce.' d Alex., ^) ; quelle chose as-tu que tu naye receu, cest a dire que ne te ait esté donnée (Lef. d'Et., Pref.., 2^ p., -V. Test.., 1523; Herm., C, I, 162) ; la plus grande triumphe que iamais en France fust veiie (J. B. P., 8o) ; Gardons nous d'ingratitude Qu'est moult desplaisante a Jésus [Ch. hug. , LXXX) ;/)OMr la perte de la marmite quest renuersee {ib., 457); la S. Escripture, que doit estre la table en laquelle... (Far. aux lect., Herm., C, I, 248); vne dent... Que par l'acier de tomber ne soit preste (Corroz., Hecat., p. 73).

2° Qu'est ce que vous reueille ? (B. An., Lyon march.^ A. 3 v") ; ce que se trouua encores en nature de leurs biens (Seyss., Suce. d'AL, 24 v") ; ce que n'est vray semblable [Hah., I, 30) ; que pis est (Id., liv. I, ch. 25, t. I, p. 97. Cf. liv. I, ch. 32, t. I,p. 1) ; ce que plus-tost entre aux cueurs femenins{MaiT., II, 109); ce qu'est sans foy n'est rien qu'ordure [Ch. hug.., LXXVII, 1533); ce quauient a tous ceulx (Du Bel., Def., II, 5, éd. Ch., 243); ce queiour et nuict tourmente ma pensée (Saint-Gel., III, 163).

On le trouve aussi, quoique plus rarement, au masculin : n'y a corps humain... Que ne s'en voise (Corroz., Hecat , p. 91). On le rencontre de même au pluriel masculin ou féminin : ses leures corallines et bien ioinctisses que délies mesmes sembloient semondre vng baisier (Lem. de Belges, III. des G., 1. I, ch. 33); les grans pardons que estoyent aux frères mineurs (Palsg. , 432) ; les simples que ne sont point exercittés en la S. Escripture (Far. aux Lect., Herm., C, 1, 247); Picards, Normans, Bretons, Que tenez les frontières {Ch. hist., Pic, B. h. l., 1894, 300) «.

1. (3n trouve souvent dans les textes qu'. A en croire Sebilet (A. puel.. 20 r"], il ^erait toujours pour que, car si ■> f/u"es se trouue en auteur prouué, ie dy qu'il est de que est, et non de qui est». Il faudrait y voir de près. Kn tous cas, les textes populaires ont souvent f/u, où il n'est pas bien sur qu'il remplace qui, bien au contraire : Il y il en cesle urrnee Tant de brunes soldats Qu'endurent et puslisseni (Ch. de 1583. Ler. de L., II, 395); Ces/ du qriind duc de Guise, Qu'est mort et enterré {Ch. hug. 254).

Les écrivains gascons conservent que beaucoup plus tard : tous ceulx que y viennent en gênerai (Montluc, Lett., 158, t. V, p. 74).

Inversement, on rencontre encore qui pour que. Nous en reparlerons à la syntaxe.

Cependant, dès la deuxième moitié du xvi* siècle, l'état moderne se prépare. Rob. Estienne (27) donnait encore que relatif sujet, Meigret (57 r°) disait même plus explicitement, en parlant de quoi relatif : si nous voulons lui bailler un nominatif, nous dirons qu'il est le génitif de que.

Or, à la fin du siècle, la doctrine des grammairiens a complètement changé, et Maupas prononce d'une manière très générale : « Que, vray relatif, n'est point nominatif, c'est qui, et regarde tant les personnes que toutes autres choses que l'on peut signifier par substantif antecedant » (156). Malherbe croit aussi qu'il faut qui dans ce vers de Desportes : L'outrage du malheur se peut il endurer, Que si cruellement nous arrache d'ensemble ?

A partir de ce moment, on peut donc considérer comme restaurée une déclinaison réduite du relatif, avec un nominatif qui, semblable à tous les genres et à tous les nombres, un régime direct que, également commun aux trois genres et aux deux nombres, et un régime prépositionnel qui, en concurrence avec les pronoms adverbiaux.

L'établissement normal d'une déclinaison paraîtrait bien étrange à une époque où la déclinaison achève partout de disparaitre, s'il ne s'expliquait, à mon sens, par des raisons très fortes, qui du reste font en même temps comprendre pourquoi ce n'est pas l'analogie des formes en que qui a prévalu.

Qui est, comme il, très souvent sujet du verbe ; il a, comme lui, besoin de distinguer sujet et régime. Il se prononce comme // (où l ne sonne pas), même au pluriel (car s est orthographique et/ ne sonne pas devant consonne). Dans ces conditions s'exerce une analogie inverse de celle qu'on a signalée à l'époque romane, et /(/), le maintient qui, que, sans toutefois que cette analogie soit assez forte pour entraîner reformation des régimes féminin et pluriel.

Lequel. — J'ai dit ailleurs quel développement avait pris lequel, et comment il servait à diverses constructions toutes latines. Au XVI" siècle, il devint, s'il est possible, encore plus répandu ; tous ceux qui écrivent, ignorants comme savants, s'en servent, Montluc aussi i)ien que Rabelais :

De laquelle race peu furent qui aimassent lu plissanc, mais tous

furent amateurs de purée Septemhrale. Xason et Ovide en prindrent leur origine. Et tous ceulx desquelz est escript : Ne reminiscaris. Aultres croissoyent par les aureilles, lesquelles tant grandes auoyent Rab.. Pant., ch. l, t. I, 221-222).

Et luy mennay sept a huict cens hommes... monsieur d'Aussun en demanda la moitié pour dresser sa compaignie, ce que luy accordis. Et fismes nostre partaige auprès d'Alexandrie, après la prinse de laquelle monsieur de Lautrec enuoya messieurs de Gramond et de Monpezat assiéger le chasteau de Vyjeue, deuant lequel, en faisant les approches et les tranchées pour mettre l'artillerie, ie feuz blessé d'vne harquebuzade par la iambe droicte, qui feust cause que ie demeuray boyteux fort longtemps... de sorte que ie ne pus estre à l'assaut qui se donna a Pauie, laquelle feust emportée et demybruslée (Montluc, I, 77-78).

L'abus qui en est fait commence à éveiller des plaintes. Gauchie accuse lequel d'être la ressource des gens qui tirent à la ligne ^ On sait que Malherlîe le trouve peu élégant et le barre partout dans les vers de Desportes. G est le commencement de la décadence, elle ne se marquera cependant qu'au xvii® siècle.

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