ARTICLE INDEFINI
Quand Sylvius veut opposer aux cas où on emploie Tarticle défini les cas où il n'est pas de mise, il propose la forme sans article du tout. « Dedi homini, à home; maffistro, à maîstrè; patri, à perè : tanquam dicas, alicui homini, alicui mag-istro, alicui patri. Sed, à Vhomè, au maîstre, au perè dicentes, addimus vel intellig-imus à Vhomè du lieu, au mâîstrè de la maison, au perè de Jàn, vel quid simile, quo propter possessionem aut relationem, restring-atur illorum infinitas, tanquam illis indefinitum aliquid, hoc certum delinitùmque significetur » (97-98).
Cette doctrine retarde en réalité sur l'usage, on dit encore dans des cas que nous verrons : donner à homme, mais dans les phrases ordinaires : ie l'ai donné à un homme, à vn maistre, à vn père.
Par l'usage qui est fait des articles indéfinis, on constate même que les règles, telles qu'on les trouvera exprimées par Maupas ou Deimier, sont en train de se préparer. On ne saurait toutefois dire qu'elles aient déjà pour elles l'usage général. Ce sont de fortes tendances, rien de plus.
1° UINDÉFINI ET L ATTRIBUT DE ÊTRE. — On incline à faire accompagner de un, des, l'attribut du verbe être, précédé ou non de ce, quoique les exemples contraires abondent, même en prose '.
Il y a un passage très caractéristique de Dolet (// Enf., p. 32"!, où tous les substantifs ont l'article, où aucun adjectif ne l'a : Sui/s-ie vng larron, vng guetteur de chemin... suys-ie mutin, suys-ie en rien oultrageuxl etc. Comparez : ce sont des legiers effects que les sens produisoyent deux-mesmes (Mont., 1. II, ch. 6, t. III, p. 65); ce sont icy ... des excremens d'vn vieil esprit (Id., 1. III, ch. 9, t. V'I, i^A\^)\c est vn grand ornement que la science [là., 1. I, ch. 26, t. II, p. 27) ; tu fais icy semblant que des arbres ce sont des hommes (Palis. ,
1. Exemples de l'omission : c'est viande céleste (Rab., I. I, ch. 25, t. I, p. 97) ; qui sont arls c.once,rnans la recherche de vérité (Mei{fret, Off. de Cic, II); lotit ainsi que si c'eussenl esté escoiUers auditeurs (Des I*er., \ouv., 11,261); ce sont moqueries (Lar., Jal.,a. I, se. II, A. th. fr., VI, li); tous ses propos esloyenl belles chansons (Amyot, Vie de Lyc, \9)\ si est la pitié passion vitieuse aux sloïques Moui., I. I, ch. 1, t. I, p. 5); les Chresliens doiuent penser que c'est punition de Dieu (Fauchol, Orig. de la l. fr., 53.T v") ; .Se* conseils sont ahtfsmes profonds et inscrulahles{lhi \'nir, 3k8, 39); A'e pensez pas que ce soit fables ce que les poêles représentent (Ici., ;iH9, 10).
En ce cas, il y a soiivciil aussi cilipsi' <iii (lofliii : liardus, V. rotf <les (îaules en feut inaenteur (Du Bel., Def., II, K, éd. Cham., 272) ; Huon de Meri est autheur du Boman d'Antéchrist (Fauchcl, Orig. de la l. fr., 561 r*); ce comte de Hais estait fils aisné d'vn banquier florentin (L'Est., Journ. II. lll, 37. 2).
25); Chastillon... leur respondit quils estaient tous des proditeurs (L'Est., Journ. H. III ^ 294, 2); C'est vn gràd cas d'auoir mesmes çnseignem^ns d'Ancçstres (Meigr,, Off. de Cic, 39); ne seraient tels Hures... vn banquet de diables (N. du Fail, Eutr., II, 15) ; d'Omale estait vn grand politique à ceux de Paris, un traistre (L'Est., Jaurn. H. III, 295, 1).
2° L ARTICLE ET LES COMPLÉMENTS DIRECTS DE VERRE. — L'article tend aussi, mais on ne peut pas dire plus, à se régulariser devant les noms compléments de verbe. A la fin du siècle, on ne dit plus, suivant Deimier : le soleil donnait fleurs au fruicts aux iardins. Sans doute Palissy écrit encore librement : ils se hastoyent de fleurir et produire graines et fruits (30). Mais il semble bien en effet que l'usage général soit plutôt de dire des fleurs, des fruicts, ainsi : le Roy ... prépara vne puissante armée, le ray... leua grosse armée (Dolet, Gestes de Fr. de V., p. 39 et 41); ses moyens à conduire vne guerre, à commander vn peuple, à pratiquer l'amitié d vn prince au d'vne nation estrangiere, quà dresser vn argument dialectique au à plaider vn appel, ou ordonner vne masse de pillules (Mont,, 1. I, ch. 26, t. II, p. 27); le roi de Nauarre fîst de grandes difficultés (LEst., Journ. de H. III, 291, 1); affîn d^euiter vne nouuelle guerre [Let. in. de H. IV à de Vil., fév. 1600, p. 11) K
Toutefois il s'en manque bien que l'usage soit constant, même chez les derniers écrivains du siècle. Exemples d'omission de l'article : y laissant portes de chaque caste (L'Est., Journ. H. III, 36, I) ; allèrent — faire semblables prières et requestes à ladicte raine (Id., ib., 35, II); ayant pris haleine, et faict nouueau.v desseins [Mén., 45 éd. Lab.) ; i'at/ moindre enuie d^y retourner que les aultres [Let. de H. IV à de Vil., 24 mars 1599, p. 24) ; il me fascherait fort d'espauser personne qui ne fust de ma religion [Mém. de Marg. de Val., 24).
De l'aveu de Deimier lui-même, pour peu qu'un nom de qualité ou d'accident soit régime du verbe, on se passe d'article : donner force, vigueur. On reconnaît là les locutions verbales comme nous en avons encore : faire grâce, merueilles, avoir tort, inspirer confiance.
Elles ne sont pas restreintes aux noms de qualité et d'accident,
1. On peut comparer les phrases où t7 neutre, exprimé ou sous-entendu, est sujet: y eut vne maison honnorable qui (L'Est., Journ. H. III, 29b,i); s'il sepresenloil .1 vous des occasions plus importantes (Let. in. de II. IV à de Vil.. 7 mars 1600, p. 17); il y a do respect pour ceux qui le suyuent, et pour iennemy de Veffroy, de voir... (Mont., L II, ch. 17, t. IV, p. 224).
comme force, vigueur, mais se forment de toutes sortes de substantifs. Il y en a en très grand nombre. En voici quelques-unes prises aux derniers écrivains : acquérir créance (Du Vair, 334, 1); acquérir gloire à lart et foy à gens que... (Id., 363, 38); apprendre mestier (\à., 359, 38); auoir absolution [Men., 50, éd. Lab.); auoir commencement (Du Vair, 359, 1); donner occasion (Id., 356, 38); donner cœur (L'Est., Journ. H. III, 293, 1); se donner garde (Des Per., Il, 283); donner loisir (Du Vair, 353, 35); faire chose [Mén., 1, éd. Lab.); /"aire conte (Du Vair, 355, 16); faire contenance (Id., 357, 33); faire distinction (Id., 383, 14); faire miracles {Mén., 30, éd. Lab.) ; faire ouucrture (Du Vair, 379, 20) ; faire voye (Id., 396,15) ; porter calottes [Mén., 2, éd. l^ah.); porter hoquetons [ib., 17) ; porter tesmoignage (Du Vair, 404, 25) ; rcceuoir profit (Id., 386, 2) ; rendre combat (Id., 347, 14); vouer se ruice (Id., 332, 6); prendre filtre de clers (Fauch., Orig. de la l. fr. 560 v") '.
A vrai dire, le nombre de ces expressions n'est encore nullement limité.
D'autre part, il n'y a pas là comme plus tard des juxtaposés immuables. Un qualificatif, un déterminatif s'y ajoutent librement, sans rendre pour cela l'article nécessaire : donner pront remède au mal ia commencé (L. Labé, Disc, V, p. 34, éd. Bl.); vous trouuez matières assez ioyeuses et bien correspondentes au nomÇRah., Prol.,
I, 5) : aussi auons-nous grand désir de... (J. de la Taille, Corrivaux, prol. p. VI, Maulde) ; \Ils\ font iustice particulière aux dépends de la iustice publique (Montaig-ne, 1. I, ch. III, t. I, p. 16, note 3) ; qui est-ce qui peut auoir iuste occasion de désespérer du salut d'vn Estât? (Du Vair, 334, 32); qui portoit grand chapeau [Mén., 2, éd. Lab.).
Pour la même raison, la forme de ces locutions n'étant point fixée, on y trouve l'article (là où nous ne le mettrions point) : Ha! lay le tort, ie le voy bien (Grev., les Esb., act. iv, se. m, A. th. fr., IV, 293); ayant la charge d'esteindre les cliandeles (N. du Fail, Eutr., II, 3); se faisoit prendre la mesure de quelque pourpoint (Des Per., Oeuv., II, 283): Unie fit vu présent de la dite pierre (Paliss., 38) ; nous auons bien eu la raison de tous ces Valesiens {Mén.^ 73, éd. Lab.); Luy eustserui d'vne chapelle ardente {S^-Gc\ . .
II, p. 167); Prenant le nom d'une mère cruelle [Corroz., Heciit.. Défense, 11).
1. Cf. faire ombre (VoTC&iï., b)JrHicler paix {Vo\ci, Oett.Fr.de \'.,1H); faire ijiterre (Id., t7>., p. 18;; iterdre temps ^Lar., Jal., act. I, »c. I, A. th. fr., VI, 11); mettre peyne (Marg. de Navarre, Heplam., 76); tenir hoatelerie ^N.dii Vni\,Eutr., II, 12).
En somme, les locutions verbales juxtaposées se distinguent des phrases ordinaires par ce caractère qu'on les trouve plus souvent sans article que les expressions ordinaires qui ne sont pas en chemin vers la juxtaposition, mais on ne saurait opposer encore les unes aux autres ; l'oblig-ation de l'article n'est pas encore assez stricte pour cela.
3" L'ARTICLE APRÈS LES PRÉPOSITIONS. — Après les prépositions, l'article devient aussi de plus en plus commun, au fur et à mesure qu'on avance dans le siècle : Veau de pluye, qui tombe en Veste (Bouch., Ser., I, t. 1, 69); Si Veusse ouy lors quelque voix par Vair (Forcad., p. 7); comparaison de moy a vng si iuste personnaiqe (Du Bel., Let. m., 49); en vne si iuste deffence que celle de mon honneur (Id., i'A., SI); la poésie., que layme d' vne particulière inclination (Mont., 1. I, ch. 26, t. Il, p. 21, cf. me fiert d'vne plus viue secousse {ib.)\ ie désire que vous Vaymiez (la vie solitaire) comme eux, et auec les mesmes considérations qu'eux, et non par vn descouragement (Du Vair, 333, 5) ; troublé de guerres ciuiles, sous les prétextes de religion et bien publiq (L'Est., Journ., de H. III, 35, 1).
Mais les exemples contraires sont extrêmement nombreux. Il y a d'abord des expressions toutes faites : à port (Du Vair, 336, 40) : à bride auallée (Rab., 1. I, ch. 43, t. I, p. 159) ; conduire à fin (Du Vair, 378,2); de paroles (Amyot, Vie de Lycurg., p. 48, I.); en bouche (Du Vair, 386, 21); en estât de (Id., 415, 25); en paix et concorde (Marg, de Nav., Dern. po., 387); en parole (Du Vair, 404, 17); en intention (Fauch., Orig. de la l. fr., 533 v") ; par force (Amyot, Vie de Lycurg., 48, H.) ; par ieu (Id,, OEuv. mor., 377 v", G.); par armes [Mén., p. 5, éd. Lab.); faictz par artifice, et non par inspiration diuine (Du Bel., Deff., Il, S, Gham., 280).
En dehors de ces expressions, je citerai : quand vn peuple est contraint... viure sous loix nouuelles (Fauchet, Orig. de la l. fr., 535 r°); elle peut estre continuée par seconde élection (Mont., 1. III,
ch. 10, t. VI, p. 217); V honneur ne nous pourra estre oté,ne par
finesse de larron, ne force d'ennemis, ne longueur du tems \h. Labé, p. 4, éd. BI.) \auec regrets de ce que nul nauoit pitié de moi (Paliss., 316); chantoint mélodieusement leurs rymes auecques instrumentz (Du Bel., Deff., 1, II, ch. 8, Gham., 273) ; auec tonneaux et barriques [Mén., 23, éd, Lab,); en peines et destresses, En grans labeurs et obstinez trauaulx? (Gorroz,, Hecat., Insuffisance, p, 7); se transforma en hydeuse Furie (Forcad,, 5) ; à l'esprit par lecture complaire (Gorroz., Hecat, Huictain.) ; peruertie par courtisans (Du Vair, 363, 25); elles ne se font pas cognoistre par tesmoignages empruntez
(Id., 409, 22); Mais la graua sus acier ou porphyre (Forcad.,
Les auteurs se contredisent d'une page à l'autre, quelquefois dans une même phrase : ie nay le cœur en si bas lieu (Du Bel,, Let. in., 54); ce qu'en vne si iuste deffence (Id., ib., 51); leur coulant la raison en l'esprit par la parole, et les ramenant par discours peu a peu en ce qui est iuste (Du Vair, 400, 5).
4° L'ARTICLE DANS LES COMPLÉMENTS DÉTERMINATIFS DU NOM. — Quand un nom est complément déterminatif d'un autre, souvent il ne se place pas d'article entre la préposition et lui : au commencement de automne (Rab., 1. I, ch. 25, t. I, 97); la saison de vendantes (Id., ib.) ; Sans éclipser par empesche de Lune (Forcad., p. 10) ; des froidures du vent de Mord et Ouest (Paliss., 78). Ici, c'est peut-être parce que Nord et Ouest sont des sortes de noms propres que l'article est absent. De même pour Sorbonne dans l'exemple suivant : et deuant luy marchoit le doyen de Sorbonne [Mén., 17, éd. Lab.); Et si ne fut la crainte de supplice, Qui est celuy qui seroit vertueux? (Forcad., p. 24).
5° LES SUBSTANTIFS PRIS DANS TOUTE LEUR GÉNÉRALITÉ. — L'analog'ie ne joue pas encore grand rôle dans cette extension des articles définis, et lorsqu il s'agit de prendre un substantif dans toute sa généralité, c'est presque toujours le substantif sans article qui fait l'office. Ainsi dans les phrases négatives, dans les interrogatives, les hypothétiques : // nest homme à qui il siese si mal de se mesler de parler de mémoire qu'à moy (Mont., 1. I, ch. 9, t. I, p. 39); n obéissez ny a Dieu, ny a roy, ny aloy [Mén., 8, éd. Lab.) ; icne luy pouuois faire présent plus a(/reahle (Du Bel., Let. in., M5) ; il ny a homme qui se puisse vanter d'auoir plus auancé les lettres, que f ai faict (Jos. Scaliger, Let., p. 317); s'il se trouue .. Hure ou tiltre faisant mention de quelcvn d'eux (Fauch., Orig. de la l. fr., 557 r") ; il au oit appris a mespriser le corps comme chose qui n'est point a nous (Du Vair, 355, 8).
Il suffit que le sens soit indéterminé pour que cette syntaxe reparaisse : s'en vous y a pitié (S'-(iel., I, p. 98); de penser scuUemenl [non qu'escrire) chose qui soit contre son honneur [Du Bel., Let. in., 50); non tant pour plaisir que je y prinsse que pour rn<j relaschement de mon esprit (Id., ib., 43); vous sçavez, mieiilr qu'homme du monde (Id., ib., 37).
Il faut même ajouter que dans d'autres passages, alors qu'il n'y a ni négation, ni hypothèse, et que le sens est beaucoup moins défini, l'ellipse se fait encore. C'est sans doute pour cette raison que \vs
adjectifs indéfinis tels que auire^ tels, tous, mesme, se construisent encore à la fin du siècle sans article.
Avec autre, ce sens général est très sensible : Attendray-ie plustot qu'autre le luy reueZ/e (S'-Gel., III, p. 169); Il n'auoit garde de souffrir Qu autre du pain luy vint offrir (Id., I, p. 59); pour ne vous ennuyer de plus longue lectre. encores que ie niasseure ce discours vous estre aultant agréable quaultre pourroit estre (Du Bel., Let. in., 40) ; les choses prendraient aultre chemin [Let. H. IV à de Vill., 5 mars 1599, 21). // nest point vray que iamais autre amie Puisse en mon cœur loger ny trouuer place (S'-Gel., I, p. 62} ; ne se sont proposez aultre but (Du Bel., Let. in., 53); nen fust faite autre poursuitte (L'Est., Journ. de H. III , 209, \)\ Et tout poisson... ?feut autre habit que d'escaille d'argent (Forcad., p. 14); et ne tiray autre fruict de mon voyage [Me'n., 39, éd. Lab.).
Se renforçant les troupes d'vne part et d" aultre [S^-Gel., III, p. 172); n'ait beu d'vng ou d' aultre breuuaige (Corroz., Hecat., Liesse, p. 25) ; fuyez d' aultre costé (Id., ib., Brocardeurs, p. 8).
Avec tous, l'omission de l'article demeurera usuelle jusqu'au XVII® siècle : tous royaumes ou pays diuisez cheent sans ressource (J. d'Auton. Chron. de Louis XII, t. IV, p. 94) ; fault laisser tous habits de ioye (S'-Gel., III, p. 226) ; ainsi que auez accoustumé receuoir toutes œuures doctes et bien limées [Epitre à Hierosme Chastillon, S'-Gel , I, p. 145) ; pource qu'en toutes langues y en a de bons et de mauuais (Du Bel., Deff., II, 3, Cham., 193) : Là est encore vn haure conuenable A tous nochers de la terre habitable (Forcad., p. 2) ; Bien qu'on croye toutes brauades Rendre les courages plus fades (Jod., Eug., a. ii, se. ii, A. th. fr., t. IV, p. 35) ; guérir de tous maux (Lar., Jal., a. ii, se. ii, A. th. fr., VI, 27) ; le Concile de Trente, selon lequel estoit commandé à tous Imprimeurs de corriger les plus rudes passages (d'Aub., Œ!uvr., II, 245); tous Estais ont leur naissance et commencement (Du Vair, 362, 17).
On voit cependant apparaître souvent l'article : toutes les églises {J. B. P., 178) : Tous les deux (Rons., Po. ch., B. de Fouq., 47) ; tous les carrefours de Paris {Mén., 3, éd. Lab.,) ; faire tous les jours la court {L'Est., Journ. H. III, 288,2) ; la Terre et Mer de tous les deux costez (Pelet., Od., CEuv., 8 v") ; De tous les coups que l'archer tyre (Corroz., Hecat., Parler peu, p. 3) ; de tous les anciens poètes francoys (Du Bel., Deff., 11,2, Cham., 174); Tous les confederez etvoysins, et tous les Ilotes... se descoupoient le front (Mont., 1. I, ch. 3. t. I. p. 17, note).
Avec tel, l'ellipse est commune : pourucu que telle manière de parler ad iou te quelque grâce (Du Ue\., De/f., II, 9, Cham,, 284-); ie viendray sentir telle outrance Que despit me fera creuer (Jod., Euçf., a. IV, se. m, .4. th. fr., t. IV, p. 61); auoir telle puissance sus vous (Lar., Jal., a. i, se. ii. A. th, fr., VI, 14) ; a quoy peut seruir telle enqueste? (Fauch., Orig. de la l. fr., 533 v") ; Quelque vil frippier qui voudroit faire son profit de telle denrée (Du Vair, 3S5, 14. Cf. : 343, 39 ; 344, 30 ; 398, 18 ; 350, 35, etc.).
Avec mesme, il est toujours habituel de ne pas exprimer l'article : Ceux que tu vois d'vn visage si blesme Couchés icy ont eu fortune mesme, De mesme ville, issus de mesme part, (Ronsard, Franc, II, t. III, p. 1 04, éd. Bl.) ; ladis Cyrus, le félon Roy de Perse, Eut mesme soif (Forcad., p. 5); la parole n'a pas touiours eu mesme son (Fauch., Orig. de la l. fr., 534 v°) ; en mesme mot (Du Vair, 334, 9; cf. 367, 5) K
Avec les expressions de quantité, l'usage de mettre l'article se répand au xvi^ siècle, mais bien lentement : // dégorgea vne infinité de vilanies (L'Est., J. de H. III, 285, 2). Au contraire : la ont-ils enuoié... grand nombre de nauires [Let. incd. de II. IV à de Vill., 16 janvier 1599, 12) ; Ce qui monstre que partie des Romans ont esté en prose (Fauch., Orig. de la l. fr., 558 v").
RÉPÉTITION DE L'ARTICLE. — Dans le Cas où il y a plusieurs substantifs — et on sait que le style du xvi*" siècle en admet souvent trois, couramment deux, \h où au xvii" on cherchera à n'en mettre qu'un — l'usag-e est le mêmepour l'article, l'adjectif pronominal, la préposition, etc. ; on ne les exprime le plus souvent qu'une fois, sans tenir compte des différences de genre, ni de nombre. Les exemples sont innombrables : comme si tu voulois dire la vertu et instruments vitaulr estre origine de V esprit (Dol., Man. de trad., p. 12); il fault que le traducteur entende parfaictement le sens et matière de Vautheur (Id., ib., p. 11); la fin totale et fruict principal (Id.. G. de Fr. de V., p. 3); chascun .se délibère de jterdrr j)lustost la vie que liberté et... chascun pense estre l'ennemy plus intolérable que la mort (Id., ib., p. 54) ; Et qui voudroit oster l'impiété cl dangereux termes contenus aux Hures de Plotin... (N. du Fail. Eutr., II, p. 15) ; en façon et manière [Corroz. , Ilecat., Brocardeurs, p. 9) ; Tout le trésor et richesse du monde {\d. , t'A., Suffisance, p. 125 ; En l'ordure et fanges [Ch. hug., 46, 1561); orra mes plaincts et
1. L'article eut omis (ni('l<|iicfi>is iU'.x ani pareille comme dcvanl mesme : On fuict pareilles choses auec <Uuers efforts (Mont., I. III, cli. to, t. VI, p. 221).
lamentation (de Magn., .4., 71, J. Favre, o. c, 322); de recourir an discours, raison et conseil (Du Vair, 342, 36) ; r imbécillité de ma mémoire et rudesse de ma langue (Id., 416, 41) ; viure auec vne grande sécurité et repos d'esprit (Id., 389, 37) ; laquelle n'est autre chose quvne langueur d'esprit et descour agement (Id., 343, 34); qu'il prêcherait la vie, gestes et faits abominables de ce perfide tyran (L'Est., Journ. H. III, 285, 1).
Toutefois on trouve déjà la répétition de rarticle : la brauerie^ la constance et la resolution, moyens tous contraires, ont quelquefois serui a ce mesme effect (Mont., 1. I, ch. I, t. I, p. 3 et 4).