‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 199 sur 259 · PRONOMS POSSESSIFS · texte numérisé non relu

PRONOMS POSSESSIFS

POSSESSIFS ET PERSONNELS. — Il semble que désormais on emploie moins souvent le tour concurrent, formé du pronom personnel et delà préposition, encore si fréquent au xv*' siècle : le mary d'elle disoit [C. Nouv., I, 67); la mère d'elle... (Conim.. I, 194, M.). Toutefois, il se retrouve au xvi" siècle, il persistera même jusqu'au xvii'' : V œil d'elle (Mar., III, 227); on manda le mary d'elle (Nie. de Tr., Par., 127); après auoir appaisé le père d'elle (Lar., Le Fid. (prol.), A. th. fr.. VI, 306; cf. Id., ib, act. I, se. tv, ib. 319, 321); de manière qu'vn frère d'elle,... ne feignit pas de luy dire (Amyot, Vie Lyc., i-9, B.); selon l'âge d'elle (Des Pér. Œuv., II, 35); // fust impetré par les prières de nous et des saincts personnages (H. Est., ApoL, II, 92).

POSSESSIFS ATONES MON, TON, SON JOINTS A UN N0.\( AVEC 6 A ARTICLE, UN DÉMONSTRATIF, etc. — Il n'est pas rare de voir en ancien français un démonstratif ou un indéfini joint non seulement à la forme tonique, mais à la forme atone de l'adjectif possessif auprès d'un substantif : Si'n apelat Gemalfin un sun drut [Roi., 2814) ; naturellement cette construction se rencontre aussi en moyen français : qui rien de cestc sa venue ne scet [C. Xouv., I, 86) ; de ceste son aduenture beaucop luy desplaisoil {ib., I, 14) ; cf. : entre aultres ses seruiteurs {ib., I, 67); conduit avec les aultres ses frères {ib., I, 102).

M. Huguet considère cetusag-e comme sur le point de se perdre au \\i° siècle, où on n'en trouve plus que (juelques exemples isolés. II en cite deux (o. c, p. 80), l'un de Rabelais (II, 475), l'autre de DesPériers (Œuu., I, 362). Il y en a d'autres. Sans parler des phrases où nostre, vostre, sont joints k un démonstratif, et ceci arrive souvent {quelcque vice, qui ait empeschd ce vostre Roy de vous bien gouuerner {Dolet, Gest. de Fr. de Val., 17); en ceste vostre ville deCirie (S'-Gel., III, 165) ; Comme si la nostre captiuc (Grev.. Les Esb., act. v, se. iv, A. th. fr., IV, 326), on peut citer : cestc mapauure fille {\mt. Le Fid., a. ii, se. 3, i/>., VI, 384); cestuy mon maistrc{ld.y ib., a. i, se. i, ib., 309).

Des exemples avec rindéfîni un se trouvent également : Un mon semblable ne deuroit iamais venir aux mains sinon... (Lar., Les Tromp., act. iv, se. ii, A. th. fr.^ VII, 72); quand vn bien vostre amy [Amad., I. I, £<• xix r") ; on m'a baillé vne vostre lettre (Jos. Seal., Let., 60; cf! 77, 283).

POSSESSIFS TOMQUES MIEN. TIEN, SIEN JOINTS A UN NOM AVEC UN ARTICLE, UN DÉMONSTRATIF, etc. — M. Huguet (o. C, p. 77-80), a

signalé aussi la persistance de cette construction. On trouve également les possessifs après le substantif : est suruenu vn gentilhomme mien amy, lequel... (Tourn., Cont.., act. iv, se. i, A. th. fr., t. VII, p. 184) ; Et le mardi ensuiuant, me fust dit par vn conseiller des généraux, mien amy (L'Est., Journ. de Henr. IV, p. 53, col. 4).

Toutefois, Meigret signale comme poétique le tour : la mien amour (o9 v°), que Sylvius citait sans observation, et qu'on trouvait de leur temps: c'estoit la sienne vache (Nie. de Tr., Par., 6) ; la sienne intention (Corroz., i/eca^., Entreprendre, p. 189). Ronsards'en sert aussi, et met souvent le possessif derrière : vous donnant lame mienne (I, 263, M.-L.). Il semble bien que Meigret ait dit juste, car à la fin du siècle, la construction de le mien avec substantif est peu commune, pendant qu'avec les articles indéfinis les formes lourdes demeurent usuelles : vn sien tel enfant (Rab., Garg., ch. xiii, t. I, 51).

Avec les démonstratifs, relatifs, indéfinis, mien, tien, sien sont fréquents: Ce livre mien (Mar., III, o; cf. II, 197, 199, etc.); ceste mienne aduersité (Du Bel., Let., 49); Aucuns miens amis (H. Est., Apol., II, 69) ; Maint amy mien (Tahur., Son., II, 29, 36) ; quelque sienne deuotion (Mont., 1. I, ch. 3, t. 1, p. 21, note 4) ; autres siens ouurages (Du Bartas, 1391, p. 38); Laquelle mienne conuersation a esté... non sans péché... mais sans reproche (Rab., Pant., ch. viii, I, 233); ceste sienne bonté infinie (Du Vair, 370, 24).

A l'attribut, on hésite toujours entre ceci est a nous, et : ceci est mien. Chez Palsgrave, l'inclination est très décidée en faveur du premier tour (346, 330). Mais son témoignage est isolé en face de ceux de Robert Estienne (1337, 23 : ils sont leurs) et de Ramus (1372, 139, 449). Ce choix était cependant celui que devait faire la langue, on le verra au xvii® siècle '.

1. Dans les textes, mien attribut est encore tout à fait usité (voir les exemples de la Pléiade dans M. L., Lex., II, 191). Il y en a une foule d'autres : Elle est a moy disoit l'vne. C'est la mienne, disoit l'aullre (Rab., Garg., ch. xi, 1, 46); la victoire est nostre (Dolei, Gesl. de Fr. de Val., p. 29); Et mon vouloir, qai est vostre, surprendre (Forcad., p. 4); elle demeure mienne (Lar., Jal., a. v, se. vn, A. th. fr., VI, 87); elle nest vostre (Id., ib., a. iv, se. vi. ib., p. 70).

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