‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 200 sur 259 · PRONOMS DÉMONSTRATIFS · texte numérisé non relu

PRONOMS DÉMONSTRATIFS

ADJECTIFS ET PRONOMS. 1» SÉRIE CESTUY. — Entre les diverses formes, des distinctions assez nettes tendent à s'établir. On peut dire que les formes de la série : cest, cestuy (sans ci ni la) ne sont plus guère qu'adjectives ^

Ramus le dit formellement, p. 140, et aussi Gauchie, p. 93. Et en fait, on les trouve très rarement comme pronoms.

Cependant, cestui, tout le temps qu'il a prolongé sa vie, est resté pronom, jusqu'au xvu'' siècle. Voici même un exemple où il semble encore s'opposer à celuy : cestui qui communie tous les iours, ne blasme celuy qui cdmunie rarement (Vigor, Serm. cath.^ 63).

Ceste paraît plus rare que cestuy dans cet emploi, bien qu'on puisse en citer des exemples, même en prose : soubstenir autre reigle que celle que Dieu a mise, qui est ceste seule (Lefev. d'Et., Pre/*., £^y., 1S23; Herm., C, I, 134); et ceste ne te la veux dire (Nie. de Tr., Par., 253).

2° SÉRIE CELUY. — La distinction est moins nette : celui, celle, servent encore souvent d'adjectifs (Palsgr., 358-359) 2; celluy Guillemin print congé (Nie. de Tr., Par., 5) ; sans celle confession (Galv., Inst. chr., IV, 105; cité par Hug., o. c, 96); celluy temple (Mar., I, 21); Celuy chemin (Id., 1, 13; cf. d'innombrables exemples : I, 23, 146, 179; 11,96; III, 40, 5S, 132, 147, 159, 160, 166, etc.): En celle heure (Rab., Gare/., ch. xxx, t. I, 114, etc.) ; En celuy an {DoL, Gestes de Fr. de V., 40); Quand celuy Dieu (S'-Gel., II, 185) ; celluy amour (Gorroz., Hecat., La déception, p. 179; cf. Fortune p. 81) ; pour celle fois (Des Per., II, 67) ; celuy grand conseruateur de nos troupeaux (Noël du F., Prop. rust., I, 34) ; a ceux de colle lignée (Amyot, OËuv. mor., II, 374 v". H); celle diuine semhlancr (Lar., LeFid., a. I, se. iv, A. th.fr., VI, 322 et 323) ; à celle fin que tant moins d'air luy touche (Amyot, Œuv. mor., II, 418 v°, G) '.

A la fin du siècle, les exemples en deviennent cependant moins nombreux.

1. Quelques exemples de cesluy adjectif : en restii;/ monde (Mar., I, 22) ; En ceslini lemp»(ld.. I, 65; cf. I. 129, 131, 155; II, 231; Ili, 1»i, I9(, 196, 197, 108); En ceslmj temps (Rab., Ganf., ch. 25, I, 97).

2. On pourrait citer aussi des exemples de iceluy adjectif : iceluy Seigneur (Mar., 1, 146); en iceluy temps [là., III, 173). C'est plus rare.

3. Cette locution, qui est restée : a celle fin, est très fréquente (Mar{r. de Nav., Dern. po., 42»; S'-Gel., III, 229).

Inversement, on trouve celui, celles, ceux, comme pronoms : Trouuez vous point celles a dire (S'-Gel., I, 232); Ceux sont haineux du romain Antéchrist {Ch. hug., 109); le dis que Dieu manifeste la cure Qull a de luy, Vayant persécuté, Et que par ce celuy est réputé 'Estre des siens (Mar., I, 90).

Mais ces exemples, qu'il ne faut pas confondre avec d'autres où celui antécédent de qui en est séparé ', ne sont pas en nombre très considérable. Ce qu'on trouve encore vraiment fréquemment, c est

ce, là où plus tard on mettra cela.

Et de ce ie te vois bailler exemple (Dolet, Man. de trad., p. il); que tout ce sera beau S'il est bien painct en vn tableau ! (S'-Gel., I, 60) ; en récompense de ce (Seal., Let., 39) ; le faut il pour ce croire [S. du Fail, Eutr., II, 92); et pour ce Ion peut maintenant demander (Fauch., Orig. delà. l. fr., 534 v") ; Et estoit bruit que ce faisoit elle (L'Est., Journ. de H. III, 36, 1)"-.

DÉMONSTRATIFS ET DÉTERMIXATIFS. — Une autre distinction se marque déjà très nette. Les formes : celuy cy, cestuy cy (ou icy), celuy la, cestuy la, ceci, cela et leurs correspondantes des autres g^enres sont seules vraiment démonstratives.

J'ai déjà dit que la concurrence de cestuy ne compte plus. Celuy, de son côté, prend le rôle de déterminatif qu'il a en langue moderne.

Des grammairiens constatent impérativement ce caractère, tels Gauchie qui dit en substance : celle est un démonstratif indéfini qu il faut préciser par une proposition relative (92), ou Ramus : « nous abuson' de sesi et sela pour se... comme tou sesi ou tou sela ce vou dites ne ser de rien » [Qram., 1562, p. 86); Estienne dit aussi : celuy qui est beaucoup mieux que celuy la qui {Hyp., 183).

Assurément on trouve jusqu'au xvii* siècle, et même après Malherbe, des violations de cette règle qu'il a cependant renouvelée. Elles sont innombrables au xvr siècle : celle la qui (Mar. I, 21 j; ceulx la qui (Id., I, 38 ; cf. III, 15); cestuy la qui (Id., III, 221 ;

cf. 98, 248) ; ceste la qui vaincue serait (Gorroz., Hecat., Estre cause, p. 133); \ oudriez-vous aymer desormays Celle la qui nayma iamais? (Jod., Eug., a. ii, se. iv, ^4. th. fr., IV, p. 42): Pour mon nom mettre en cela qui contient (Dolet, // Enf., 7) ; de cela quil

1. Ex. : sy ceulx taslent du pyot qui n'auront secouru la vigne (Rab., 1. I, ch. 27, t. I. p. 105 . On trouve quelquefois en ce cas un adjectif suivant celuy : Qui est celuy bien ne, qui ne le sent ? Forcad., p. 15). Ce qui est plus curieux, c'est de trouver un substantif Joint à la formule : t7 n'y a celuy, ainsi : n'y a celuy Salualeur que luy

Ch. hug., 58. v. 44).

2. Il est à propos de noter que ceux de devient si bien une sorte de nom : ceux de Paris =^ les Parisiens, que le vulgaire dit : les ceulx de Paris Ram., 1587, p. 153).

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deuoit dire (Nie, de Tr,, Par.^ 17 cet auteur écrit presque toujours ainsi) ; mais cela qui me fit bien heureux de tout point (de Magn., S., 37, Favre, o. c, 329); entendront assez que cela que lay dict pour la deffense de nostre lanque [Du Bel., De/f., 1. I, ch. 11) ; Fit trembler tout cela qui souz la lune coule (Am. Jam., t. II, p. 279) ; cela que tu dis est faux (Amyot, OEuv. mor., 374 r^G) ; le ne veux pas faire cela que tu penses (Tourn., Cont., a. m, se. ix, A. th. fr., VII, 180) ; puis que vous voyez que nous ne pouuons auoir tnes habis, ie m'en vay enuoyer quérir ceux la du cousin, qui sont tout de mes/ne les miens (Id., ib., a. II, se. vi, Ib., 160).

Les grammairiens postérieurs ont prétendu contester qu'on pût faire suivre un celui d'un adjectif qui le qualifie, ou de certains déterminatifs, ainsi : prenez celui posé à gauche. II est bon de remarquer que le tour est déjà usuel au xvi" siècle : Qui fut semblable a celuy donné par l'oracle d'Apollon au Roy Croesus (Tah., Bigarr., 63 r").

DÉMOXSTRATIFS EMPHATIQUES ADJECTIFS. — Je ne sais s'il fau( attribuer au latinisme le développement des adjectifs démonstratifs employés avec un sens emphatique. Les exemples foisonnent chez Du Bellay: si lestoy' du nombre de ces anciens critiques juges des poèmes {Deff., II, 2, Cham. p. 183 et 186). Mais le tour se retrouve chez des écrivains qui ne sont pas des latiniseurs : toutesfois qu'il ne se peut passer encores, aux festes, de nous aporter de ces vieux liures... comme un Kalendrier des Bergers (N. du Fail, Prop. rust., Œuv., I, 13); Aussi ne se peult tenir qu'au.r Dimenches ne chante au lutrin, auec ceste mode antique de gringoter (Id,. ib., 13 et 14)1.

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