TEMPS
Je ne vois pas qu'un temps nouveau apparaisse au xvi'' siècle ou qu'un des temps anciennement formés change véritablemont d'emploi.
Tout au plus noterai-je dans cet ordre d'idées le développement de la forme estre pour. Elle garde son vieux sens de être de nature à, être tel que : mon es/jrit nest iamais pour mectre en oubly vue si grande et si estimée grâce (S'-Gel., III, 181), Mais elle s'approche de plus en plus du sens qu'ont les auxiliaires aller, devoir, suivis de l'intinitif : davantaige vous estes pour en peu de ioiiis retourner a Carthage (S'-(iel., III, 231 ) ; a présent ie suis pour vous descouurir ce que i'ay touiours tenu caché [L'dr.,[Le Fid., a. i, se. iv, .1. th. fr., VI, .318); n'eust esté T espérance que i'auois me retrouucr le lendemain matin auecques Magdelaine... i' estais pour deuenir f<>l {Id. ,Jal., a. I. se. I. fh.. p. m.
1. De même, U; verbe varie toujours en temps : pourqiiotf fut-ce {/ue... vous ne /mi ln»te» oncijuea d'elle (S'-Gel., III, 213)? Vt)ir au xvn* sit^ele.
2. Voir V<iKel. l)er syntukl. Oehriiuch iler Temp. ». Sîodi hei Pierre de Larirey 'Hohmcr'H Homan. Sliidien, V, S 15). ScliKHler, lieitra;i ztir (iesrhirhfe des Synlakl. Gebrnucha dea l'anné défini... DIkn. de léua Malle. ISKij.
Dans plusieurs cas il équivaut à un vrai futur : ie suis pour vous aymer esternellement [\à.. Le Fid.; a. m, se. ui, A. th. fr., VI, 385). En changeant de temps, il équivaut à un futur dans le passé: et alla. errant ça et la par le monde, iusques a ce que mon neueu eust engendré vn fils qui fust pour luy succéder (Amyot, Fies, Lycurg., 49^ B).
Correspondance des temps. — On est étonné de voir combien cette correspondance est demeurée irrégiilière, et je ne parle pas même d'exemples comme celui-ci, où le temps absolu se justifie : Filz, lay içeu que vous voulez suyure les armes Amad., 1. I, f" XXII r®) '.
Mais aillem*s le temps relatif se fût imposé, si les règles de relation avaient été strictes : [i7zj dirent quilz n iront point [Traduct. d'une lettre de Paolo Giovio citée dans J. B. P., p. 353) ; lesdictes lectres que luy enuoyoit ledit lieutenant du Roy, desquelles choses fut très mal content et très anymé contre les BoullongnoySy disant qu'il les destruyra, s'il fault quen armes aille sur le lieu et que a bon droict auoyent deservy cruelle pugnicion (J. d'Aut., Chron., IV, 85) ; voulut mener et conduyre, ayant souuenance du triumphe que les Genneuoys luy ont promys s'il gaigne la place (Id., ib., 121); Si vostre vis-roy vouloit vuyder ce différent... ie ferois bien que tous mes amys et compaignons qui sont auecques moi si consentiront et. ..s'en retourneront (Loy. Serv., 317) ; mais que^ cependant vous nauyés que faire de vous mètre en despense, iusques a ce qnyl le vous mande (D. de Poit., Let. XCVII, Aut., p. 170).
Comme en ancien français, les verbes /woroir, vouloir, devoir, etc., se font volontiers suivre d'un passé de l'infinitif ou d'un subjonctif, au lieu de se mettre eux-mêmes à vm temps passé : ie voudrais que tu m'eusses dit quelque chose de l'essence des métaux (Paliss., p. 53). C'est un fait que nous retrouverons au xvii* siècle.
Quand le verbe principal est au passé, le verbe dépendant se met toujours fréquenmient au passé du subjonctif : a esté cause que Masinissa, auec Vaide des Romains, ait recouuert son royaume (S»-Gel., 111, 166).
Cet usage se conservera encore longtemps. De même, celui qui consiste à exprimer deux fois l'idée du passé, et dans la principale
1. Comparez ce fragment de lettre : vous ai/ bien volu eteripre. a celle fin qne par voas feasse et soye certiffié ;,Coct à Farel. 1526, Aut., Hcrm., C, 1, 44i-3) ; ou bien : lesqaelz. . Hz lay feirent oraison que son plaisir fast de lear donner la meilleure chose qui paisse aduenir a thomme Dolel, U Enf.. p. 61-61).
Dans le premier cas, le présent est de rigueur, dans le deuxième, l'idée est générale et peut être exprimée absolument.
et dans la subordonnée: Plusieurs eussent bien voulu quil nen feust iamais party ; toutesfois il s en retourna en France (Loy. Serv., 362) ; car qui ust su si son affeccion ust passé celle des autres femmes (L. Lab., Deb., I, p. 17, Blanch) ; O! Combien nieust il esté meilleur qu^il meust dict, des .le commencement, qu'il ne voulait prendre ceste peine pour moy (Lar., Jal., a. ii, se. u, A. th. fr.., VI, 26) ; Platon eust bien voulu que les femmes se fussent exercées en l'art militaire (Bouch., Ser., 1. I, ch. 3, t. I, p. 91); si Nature... eust congnu quil eust esté meilleur que le mari et la femme mourussent en vne mesme heure, elle Veust fait (Gello, -Circé, p. 157) ; l'eusse fort désiré que vous y fussiés allé plus tost [Let. mis. de H. IV, t. III, p. 369) ; Qui eust iamais pensé qu'vn Boy fortifié de tous ces moyens-la eust deu rien craindre (Du Vair, 378, 27) ; que i'eusse souhaitté qu il eust poursuiuy le propos qu'il auoit entamé [Du Vair, 368, 6). On remarquera que le passé exprime l'idée modale de l'irréel.