‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 207 sur 259 · NOMBRES ET PERSONNES — ACCORD DU VERBE · texte numérisé non relu

NOMBRES ET PERSONNES — ACCORD DU VERBE

La syllepse est toujours d'un usage très fréquent : nul prince catholicque se doyuent recepuoir ne parmectre (J. d'Aut., Chron., IV, 38) ; et quiconques vouldroyeni (Lefev. d'Et., Préf. de la trad. des Ev., Herm., C, I, 13i) ; tout le peuple de l'isle estoient charpentiers (Rab., I. IV, ch. xxv, t. II, 359) ; et le trèfle y croissoient par les

pastis herbeux (Am. Jam., II, 213); ne tay que leur bonté royale Ont ouuert la main libérale (Baïf, II, 459 et 470, note 64); comme aux moissons démarchent pas a pas Le peuple oysif (Id., ib., 425 et 470, note 63).

Le genre aussi est celui qui comporte l'idée : Sa Saincteté esfoif allée... et portant le diadesme pontifical, estoit assis en son throsne (Palm. Gayet, Chron. sept., 29, \);Etne fust Sa Maiesté bien asseurée iusques a ce qu'il eust ouï (L'Est., Journ. Henri III, 293, 2).

II importe de marquer que l'accord se fait souvent « avec le génitif » déterminatif du sujet, comme dira Vaugelas. Marty- Laveaux a rassemblé des exemples de la Pléiade après les avoir méconnus dans son texte (II, 243) : Vaspét de Mercure et Saturne Me firent pronit... Des iumeaux la douce in finance... Des Muses m'ont fait curieux (Baïf, II, 460 et 470, note 66); tant plus ie le fuy, plus vn espais nvage De penscrs orageux me troublent le cerueau (Bell., II, 47S, note 59); le troupeau des neuf Muses compaignes Ainsi qu'en friche ont laissé nos montaignes (Rons., III, 423) ; Quand le dos escumeux des ondes empoullées S^enfle (Id., IV, H 8 et 389, note 50) ; le trait de ses feux radieux en le voyant luy aueuglent les yeux (Id., ib., 128 et 390, note 52) ; si la fureur de tes mains tant cruelles ont tel pouuoir (Id., V, 19 et 450, note 5).

Quand le sujet suit son verbe, les textes sont pleins de contradictions. Voici le pluriel : de la Grèce seront pour tesmoings Demosthene, Aristote, Platon... (Dolet, Man. de trad.^ p. 4). Au contraire : semblable chose que moy a faict Léonard Aretin, Sariasare, Petrarcque, Bembe... (Id., ib.). Toutefois, le singulier demeure très fréquent : et la fut tenu conseil sur le trecté dudit mariage et oy Voppinion de chascun (J. d'Aut., Chron., IW, 45); comme fait le vin et l'amour (Mont., I. III, ch. i, dans Extraits de M., éd. Jeanroy, 256).

L'accord se fait toujours de temps en temps par attraction avec l'attribut : le Code qui ne sont que requestes respondues, non corn- /trises les cinquante Décisions de Justinien (N. du Fail, Eutr., II. p. 93j ; De nostre gibier, qui sont les lettres (Jos. Scalig., Let.. p. 259) ; la maison de Montmorency estoient ceux qui en auoieni porté les premières paroles f.Méni. de la reine Mnrg. de Val., p. 2\): on pense icy que donner vne bataille et la gaigner, ce soit vne nicsnir chose, on leur apprist bien que c'en sont deux (Du Vair, 380, 19).

Cet accord est particulièrement usuel quand le verbe est un dos impersonnels, // est, il y a : quinze iours a {ie les ay bien contez Et des demain seront iustement seize (Mar., I, 190) ; il fut chanter

et célébrée dedans ladicte église vne grande messe [J. B. P., liO; : il y a assez bonne pieche qu'il sont neuf heures passées (Cord., Corr. serni. eni., 413, A); Quilz sont assez, voire trop de volumes ''Corroz.. Hecat.. Prologue, xxv) *.

L'accord en personne se fait avec une première ou vme deuxième personne du singulier, quand même le verbe a un autre sujet à la troisième personne, cependant, de semblables exemples sont fort rares : dont toy et tes compagnons nous empeschas bien (N. du Fail, Eutr., II, p. 79) -Et on trouve le cas inverse, c'est-à-dire le verbe à la 3* : tout ce que vous n autre a dit contre moy (Farel, Let. aux rel. de S^'^-Claire. Herm., C, II, 70).

Dans les propositions relatives, l'accord en personne avec l'antécédent de qui ne se fait guère encore. On accorde le verbe avec son sujet qui dont la forme est du reste tout à fait voisine de i l), pronom sujet de la S*" personne ; De iour en iour i'ay long temps actendu De vous, qui a esprit bien entendu (Coll., Sa/., Œ!uv., 254) ; Chez moy, qui le tiendra (Rons., IV, 48, M.-L.) ; et moy qui n'a repos (Bell., II, 39, et 474, note 63, M.-L.); suis ie toute seule Qui prend auiourd'huy du bon temps (Grev., Les Esb., a. i, se, II, A. th. fr., t. IV, p. 240)? C'estoit vous mesme, que ie voy. Qui la tenoit en la chambrettejld., ib., a. iv, se. iv, //».. 299): Vous tous y gagnez, fors que moy, Qui a demeslé lescheueau Bell.. La Reconn., a. v, se. v, ib., IV, 433).

Cependant, on trouve quelquefois la l'* personne : le suys... Le tout puyssant ... Qui fut, qui suys (Marg. de Nav., Dern. po., 213) : fe suys qui suys quoeil viuant ne peult ueoir (Ead.. ib., 203i. Mais c'est là une phrase toute faite.

Développement de la formule. — CEST MOI. — Robert Estienne (23), Pillot (261'), donnent encore la préférence à c est il, ce sont ils. Et on trouve souvent ces formes dans les textes : Ce nay ie pas esté {A. th. fr.. II. 336); Qui est lors esbay ? C'est il (CoU., 113U Voyez le la. Ma foy, c'est il (Marg. de la Marg., IV, 461).

Meigret institue à ce propos une longue dissertation logique, où il qualifie c'est moi, c'est toi de façon de parler incongrue, tout en admettant que les interrogatifs correspondants, que l'écrivain devrait éviter, sont tout « communs » (49 v°, 30r®i.

A quoi Ramus répond ; « Combien que la raison de grammaire

I. C'est un des exemples sur lesquels s'appuie A. Mathieu pour montrer ■ qu'on s'estadie d'accommoder la façon, et la manière de parler François i la manière de parler Latin ». ainsi quand à la question « quelle heure est-il? » on répond : ■ elles sont hait heures • Der. 1572. 23 r* et v* .

vaille aussi en quelqu'vn comme ; ce suis ie, ce sommes nous, ce sont ils, pour c'est moi/, c'est nous, c'est eux, en aulcun l'vsaig-e a surmonté l'art, comme est ce moy, etc., et non pas sa/' /e re ? » « Si quelque grammairien vouloit dépouiller nostre langue de tels ornements : est ce toi/... c'est moy, ce seroit comme desgainer l'espee luy tout seul a l'encontre de toute la France » (ch. 7, De l'anomalie du nombre et de la personne).

Les exemples, à mesure qu'on avance, donnent de plus en plus raison à Ramus : c'estoit moy qui... (Dolet, // Enf., 6) ; Ha! seigneur Eustache, c'est donc vous? [Tourn., Les Cont., a. ii, se. iv, A. th. fr., VII, 155); c'est moy qui suis lean [Tahour., Big., 71 r").

Ainsi on trouve le verbe à la 8*^ personne du singulier avec toutes les personnes du singulier et du pluriel, sauf à la S*" personne du pluriel. Ce sont reste commun: les biens du corps, ce sont faulses richesses (Corroz., Hecat., Gloire, 199) ; ce ne sont pas les gens de pied... il faut que ce soient les gens de chenal (Brant., Grands Cap., V, 125).

Toutefois, Maupas donnera encore les deux formules : c'est nous, ce sommes nous; c'est eux, ce sont eux; ce suis ie, c'est moy (p. 147)1.

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