‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 214 sur 259 · IllSIOlKK UK LA LAMilK FKAN(,;A ISK · texte numérisé non relu

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p, 79) ; Et ny avait homme, ny saint, ny ange, S il fusl venu dvn tel cas m'aduertir, que ï eusse crainct soudain le desmentir (Marg-. de Nav., Dern. po., p. 132) ; si ceste pensée nous fust souuent venue en Vesprit... nous nous fussions garentis de tant de maux (Du Vair, 391, 26-32) ; si la mort m'eust pris partant hier d'auec vous^ elle nieust trouué fort content, et eust clos ma vie fort a propos (Id., 367-8); il semblerait que ceste loy n eust point esté nécessaire au monde, si chaque chose eust gardé le premier mouuement que Dieu luy auoit donné a sa création (Id., 371, 39-41).

Ce tour est extrêmement répandu (v. t. I, p. 473), et se retrouve là où, au lieu d'une proposition commençant par si, on a un relatif : et comme se fut il demeslé des arguments d'vn Médecin bon Physicien, qui luy eust monstre par... (Fauchet, Orig. de la l. fr.. 334 r") ; Mais qu^eust il respondu a quelque moqueur, qui luy eu soustenu que... (Id., ib.).

\ 2° A la principale, le plus-que-parfait est remplacé par un imparfait, qui indique le résultat qui existerait actuellement de l'accomplissement d'une action passée : si vous eussiez puny par le glaiue tranchant Le huguenot mutin, r hérétique meschant, Le peuple fust e/i/>ai.r... (Ronsard, Po.ch.,éd. Becqde Fouquières, 372).

3" Dans le même cas, au subjonctif imparfait peut être substitué un conditionnel présent : si Actéon Veust veuë en la fontaine, moins de regret auroit il de sa peine (Forcad,, p. 18). I 4® L'hypothèse est dans le présent, la supposition est irréelle ou I potentielle. Les deux termes sont à l'imparfait du subjonctif: cela est tout à fait rare: qui me payast, réplique l'autre, iem'en allasse, (Pasq., Rech., 1. VIII, ch. 59, t. I, 870, D).

5° En pareil cas, le conditionnel remplace souvent le subjonctif à la principale : si ie peusse tant faire qu'elle print re que vous luy voulez donner, nostre besongne serait faicte (Nie. de Tr., Par., 281 ) ; si cela fust, vous feriez choses plus merueilleuses (Des Per., Cynib.. OEuv., I, 341) ; si feust condition a laquelle ie peusse obuier, ie ne me désespérerais du tout (Hab., 1. III, ch. 30, t. II, 117); si mon parler de tay fut entendu, Bien tost serait deuant tes yculz rendu Le Pan lequel tu estimais deffaict (Marj^^, de Nav., Dern. pa., 58). Malgré l'apparence, il ne s'ag-it pas ici d'un temps passé.

6" Le conditionnel peut h son tour être remplacé par l'indicatif imparfait : si personne tant feust esprins de témérité qu'il luy voulust résister en face, la monstrayt il la force de ses muscles (Rab., Garg., ch. 27, t. I, p. 106).

Toutefois, ce tour est fortement concurrencé par le tour moderne

ivec l'imparfait de l'indicatif aux deux termes, et ne se prolongera ^uère au delà de la fin du siècle.

7** Une des choses les plus notables, c'est que, dans la phrase lypothétique, le temps ou mode qui exprime le conditionnel dans ine proposition n'entraîne pas encore forcément un temps ou im iiode analogue dans l'autre, et s'accommode d un indicatif.

Voici par exemple un si avec un imparfait suivi d une principale lu présent : mesme quand ie me vais esbatre Si Vy estais trois iours lu quatre, Elle n'en dit rien au retour (Jod., Euq., a. i, se. m, A. th. fr., IV, 22).

Inversement, voici le conditionnel dans la principale, et l'indicatif présent dans la subordonnée : Hz seraient tous reiectez et mesorisez, si ceulx ausquelz le Prince preste l'oreille ne se trouuenf auides d'enuie en leur endroict, et ne font trouuer bon les OEuures de si diuins personnages (Dolet, Gest. de Fr. de V.^ p. 10).

Je donnerai quelques exemples du premier tour : comment profîteray ie si ie ne faisoys cela ? (Nie. de Tr., Par.., 34) ; s il s'en fallait quelque chose, me veulx tuaduauer? (Id., ih., 6); s il vous plaisait de oostre grâce les me prester a ceste heure, vous me ferez ung gros plaisir (Id., ib.. lo) ; Que si on regardait aux autres disciplines, comme la iurisprudence... se trauuera qu'elles demeureront seiches (N. du Fail, Eutr., II, 15) ; il lui faut rendre Auiourd'huy ce que lay preste. S'il ne voulait estre arresté Dedans l'enfer du Chastellet (Jod., Eug., a. III, se. Il, -4. th. fr., IV, 37); si ie deuais fendre la parte Firay liray de tellesorte Que le mur tremblera d' horreur (là. , ib ., a. m, se. i, Id., ib., 47); que recueillerez vous, S'en nevoyoit icy que des sabots ? Id., ib., prol., ib., 7) ; seulement, si ce capitaine Estait mort, ie suis hors de peine (Bell., La Reconn., a. ii, se. i, Ib., IV, 361).

Le développement de ce tour dans la langue populaire est considérable, on le retrouve jusqu'à la fin du siècle, surtout dans les comédies.

8° 11 faut noter aussi que le conditionnel après si, quoiqu'il se soit prolongé jusqu'au xvii'' siècle, devient assez rare.

En somme, notre tour est déjà de beaucoup le plus fréquent, avec cette réserve que le conditionnel de la principale est souvent remplacé par le subjonctif: si nastre salut estait entièrement entre nos mains, pieça nous fussions péris (Du Vair, 334, 41).

C'est là une face particulière d'un fait très général : le conditionnel a progressé. Mais il s'en faut encore bien que le subjonctif lui cède la place ' .

). Ainsi quand il n'y a qu'un verbe, le subjonctif est commun : quant a loy, lu fusses demeuré a garder les oyes (N. du Fail, Eutr., II, 84). De même : par le sang bieu, dit-il, ce m'est tout vng et y fut ma sœur propre (Nie. de Tr., Par., 80).

INFLUENCE DE LA MODALITÉ HYPOTHÉTIQUE SUR TOUTE LA PHRASE. — Je noterai ici que, dans la syntaxe du xvi" siècle, le caractère hypothétique d'une proposition s'étendant à une proposition qui en dépend, le verbe de celle-ci se met au subjonctif. Voici un exemple, de S'-Gelais : Si c est fatalle destinée Qui m'ait a ces maulx condamnée, le scay bien a la fin que vaine Sera toute prudence humaine (III, 202).'

Il arrive encore par suite qu'un premier mode hypothétique en attire un autre à sa suite, ou pour parler plus exactement, ne l'empêche pas d'être employé pour marquer à son tour le caractère problématique d'un fait qui a été énoncé dans une conditionnelle : s'il y alloit pour dire ses heures, encore diroit-on quil iroit pour autre chose (Nie. deTr., Par., 185) ; S'il n'y auoit des hérésies, ie dirois qu'il n'y nuroit point de vérité en l'Escriture (Vigor, Serm. cath., 6) ; s'il n approchoit plus près, il iugeroit qu'il n'y auroit que cellelà (Du Vair, 369, 21).

MODE APRÈS QUAND. — Lorsque au lieu de si on emploie quand, les vieux tours se conservent, mais dans l'ensemble, on peut dire que quand, seul, non accompag-né de bien ou de même, devient rare.

Quant, suivi du subjonctif, était encore commun au xv® siècle : Quant neust esté la nuyt, il en fust mort plus de quinze mille (Gomm., I, m, M.).

On le trouve au xvi" siècle avec le futur : quand cela ne seruira d'autre chose, pour le moins sera ce un suiet a nous exerciter (Amyot, OEuv. mor., 374 v°, G.).

On le trouve aussi avec le conditionnel : quant on aroit le membre si grant, est il possible de iappetisser (Nie. de Tr., Par., 172).

Après comme si, le subjonctif se rencontre toujours concurremment avec l'indicatif : les Geans estoient aises comme s' Hz feus.sent de nopces (Rab., Pant., ch. 29, t. I, 360) ; comme si par contrainte et en cholcre il en declarast la cause {Cyre Fouc, Ep. d'Arist., 59); â tous les fnauuais succès que l'on leur a predict qui arriueroient de leurs précipitez conseils, on n'a en autre responsc, sinon que Dieu y pourvoirait. Comme si Dieu eust esté assis la haut crpres pour obseruer leurs passions {Du Vair, 401, 6-9).

MODE APRÈS QUE. — Bien entendu, quand les conjonctions aniion- <;ant la phrase hypothétique sont remplacées par que, le sui)jonctif est de règle. Alors que ce que n'est pas exprimé, il en est encore de même : ai par cas il cstoii deuenu furieux, et que pour luy rchn-

billiter son cerueau tu me l'eusse icy enuoyé [Rab.^ Garg., 28, t. I, 110) : Si ung conseil est assemblé^ Et raison ne soit... (Corroz., Hecat., p. 3); si chacun s'excuse et ne vueille manger, est ce pourtant a dire, qu'il ne doiuent point desieuner (Vigor, Serm. cath., 64).

Il arrive cependant qu'on trouve, mais rarement, le conditionnel : s'il arriuoit vne soudaine... irruption... et que la contrainte voudroit que... nous irions habiter nouuelles terres, vous uous donniez a tous les harquebusiers d'enfer... que seriez maistre d'es-

chole (X. du Fail, Eutr., II, 86).

SUBJOXCTIF DU C0\DlTI0y.\EL. — De façon générale, comme en ancien français, quand il est nécessaire d'exprimer une idée conditionnelle, et que l'usage syntaxique appelle le subjonctif, au sul>jonctif présent se substitue rimf)arfait : au passé simple, le plus-queparfait, nonobstant la correspondance des temps (cf. t. I, 245) : Elle me dit : Sauf vostre grâce. Mais cuidez vous que bien f osasse Brizer ainsi mon mariage (Coll., Œuv., 63); impossible est qu vne mortelle aureille Sceust distinguer ceste voix non pareille (yiarg. de Nav., Dern. po., 240-241); et n'y mets point tant mon espérance que le contraire ne sceust donner peine (Ead., Let. in., 193); S'il est tel qu'on s'y deust fier (Corroz., Hecat.. Preuve, p. 119); // n'y ha nul qui par solicitude Me sceust iamais oster ce digne ranc [Marg. de la Marg., IV, 102); mes mémoires, a qui ie ne donneray plus glorieux nom, bien qu'ils méritassent celuy d'histoire [Mém. reine Marg., 3, 4); Tant y a que ce sont aduertissements qu il ne faut pas redouter comme arrests nécessaires du conseil de Dieu, mais il ne faut pas aussi les mespriser comme choses inutiles et sans effect, qui aduinssent par cas fortuit (Palm. Cayet, Chron. Sept., 63, 2), cela ne peut estre, si ce n'estoit que dedans vn peu d'eau, on mist vne grande quantité de ladite chaux (Paliss., 33, éd. Cap); i7 faut que ce soient les gens de cheual qui en facent la victoire entière... si ce n'est que la bataille se donnast en lieu si aduantageux pour l'infanterie, que la cauallerie n'y peust ay sèment aduenir (Brant., G. Cap. y t. V, p. 125).

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