‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 217 sur 259 · Cf. Hug., o. c · texte numérisé non relu

Cf. Hug., o. c

VOUS soucier et empescher du fait de la guerre (N. du Fail, Eutr., II, 90-1).

2° Mais de est devenu tout ù fait usuel, et il restera classique : de vouloir sofistiquer... cela n'a point de nez (Lar., JaZ., ProL, A. th. fr.^ VI, 8); Car d'alléguer la re formation du royaume... ils eussent eu peur (L'Est., Journ. de H. III., 186, 1); d'espérer contre la Prouidence, ce nest pas simple folie, cest vne double fureur (Du Vair, 396, 18-9).

3" Après des adjectifs, la proposition infînitive qui expose en quoi ou p urquoi l'adjectif convient au sujet, est souvent introduite par de, et non par que de : et qu'estes fort adroit de vous estre peu sauuer de tant de bouletz (Lar., Jal., a. ii, se. v, A. th. fr., VI, 35) ; Tu me dis que i'estois trop chaut De vouloir redoubler le sault Estant assez pour vne fois (Grév., Les Esb., a. i, se. ii, ib., IV, 238).

Mais, inversement quelquefois, de est absent : ne soyez pas si légère Que nostre amour refuser [Ch. hug., 178).

4" La préposition de continue à s'imposer de plus en plus devant l'infinitif complément de verbes (cf. t. I,p. 474) : les aultres bendes... s'attcndoient bien de mectre en desarroy les Françoys (Dolet, Gestes de Fr. de V., 26 et 27) ; commencez icy auec moy de célébrer par voz escriptz vostre fauteur (Id., ib., 18) ; au long aller eust esté contrainct de se rendre (Id., ib., 42); [les Suisses) délibérèrent de faire vn villain et lasche tour (Id., ib., 2o) ; i espère de dire (Brant., G. Cap., Y, 162); ou tu auras le mesme Cymeterre, Qui Pyramus estendit mort sus terre, Ou V Amendier où Phyllis s'alla pendre, Ou bien tous deux, s'il te plait de les prendre (Forcad.. p. 18); Pour ceste nécessité extrême se résolut de combatre (Dolet, Gestes de Fr. de Val., 45) ; elle se résolut de partir auec le roy (Mém. de la reine Marg., p. 11).

Malgré cela, il serait hardi de dire que l'usage est sur ce point plus avancé qu'au xv* siècle. L'infinitif pur est encore extrêmement fréquent après toutes sortes de verbes : lequel il adiura ne mentir vn seul mot de ce qui s' estait passé (N. du Fail, Eulr., II, 11-2); ic me suis aduisé la demander pour toy (Lar., Jal., a. i, se. i, A. th. fr., VI, 10) ; nauoit garde... iouer autre personnage que d'vn Hoy... (N. du Fail, Eutr., II, 8*)) ; commencèrent esgourgeter ef acheuer (Rab., Garg., ch. 21, i. I,p. 108; aprèsce verbe les exemples d'infinitifs sans prépositions sont innombrables) ; ceux qui... re matin m'ont conseillé partir {Marg. de Nav., Let. in., 39); beaucoup d'eux sont contrains tenir hostelerie pour viuoter (N. du Fail.

Eutr.^ II, 12) : pour ceste cause estait contrainct aller en aultre part (Dolet, Gestes de Fr. de V., 36); les Hespaignolz furent contrainctz honteusement leuer le siège (Id., ib., 38) ; quand vn peuple est contraint receuoir en sa terre, vn nouueau maistre (Fauchet, Oriff. de la l. fr. , 535 r°) ; ausquels il défendit parler en leur présence (Id., ib., 533 v°) ; le Roy... prépara vne puissante armée, délibérant passer les monts pour recouurer sa duché de Milan (Dolet, Gestes de Fr. de V., 39) ; délibéra... se héberger (Rab., Garg., ch. 28, t. I, p. 109); Hz entreprennent exposer (Du Bel., Deff., I, 6, Cham., 93) ; que laurois quasi honte t'en esconduire (Lar., Jal., a. III, se. V, A. th. fr., VI, 56); toutesfois il est bon faire ainsi, et pour cause (Id., Les Escol., a. m, se. v, A. th. fr., VI, 141); ceulx qui méritent tenir le lieu (Dolet, Gestes de Fr. de V., 11) ; En oubliant luy dire « Granmercis » (Marg-. de Nav., Dern. po., 178); De quoy nous sert se plaindre et mener bruit Et nous donner nouueaux maux et alarmes (S'-Gel., II, 93); luy permit espouser Sophonisba (Id., III, 197) ; Platon la permet prendre chez son voisin (Bouch., Ser., 1. I, ch. 2, t. I, p. 65); si n'estes ingratz, et qu'il vous plaise célébrer les labeurs d'vng Prince tant illustre (Dolet, Gestes de Fr. de V., 19) ; ie vous prirai me vouloir communicquer vostre sçavoir (Id., ib., 16); vous priant luy donner (Lar., Jal., Prol., A. th. fr., VI, 8) ; et prierons Dieu, Monsieur, vous faire la grâce de reuenir (L'Est., Journ. de H. III, 296, 1) ; ie te promets te le bailler (Nie. de Tr., Par., 70) ; mon nombre des nouuelles que lay promises compter (Id., ib., 191); le luy promets coquille et bordon rendre, Ny plus iamais pèlerin deuenir (S*-Gel., II, 24); les requirent... leurs en bailler (Raih., Garg., ch. 25, t. I, p. 97) ; les suppliant estre traictez plus humainement (Id., ib., 26, t. I, 102) ; il estoit requis s'egaier et s'ouurir aux compagnies (N. du Fail, Eutr., II, 77) ; ie vous supplie. Monsieur, auoir pitié de moy et de ne me laisser venir en la seruitude (S*-Gel. , III, 179).

A fait aussi des progrès, comme de, mais c'est tout ce qu'on en peut dire, car cette préposition, comme l'autre, manque très souvent : ie nienhardiray getter quelques pierres en son iardin (Lar., Les Escol., a. ii, se. iv, A. th. fr., VI, 126); car Troye fut par dix oiseaux iugée. Cinq et cinq ans deuoir estre assiégée (S*-Gel., II, 142) ; qui nia poussé... me leuer ceste nuit (N. du Fail, Eutr., II, 13); las! tels propos ne seruent qu'inciter Uatne et le corps [Ch. hug., 364-5) ; Mesmes de iour en iour plus près Tache s approcher de nos forces (Jod., Eug., a. n,. se. i,

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A. th. fr., IV, 28) ; par lequel tendoient me mettre a mort.. (Dolet, // Enf., p. 5-G).

Voici quelques exemples parmi beaucoup où a est exprimé : Mars commença a adhérer a la partie des Francoys (Dolet, Gestes de Fr. de F., 32) ; fauldra il que ie vous empesche a me y nydrr (Rab., Gar^., ch. 28, t. I, p. \{\); pour essaier a faire quelque bon exploit de guerre (L'Est., Journ. H. III, 293, 1); la ville de Douay qu'il faillit a prendre (Brant., G. Cap., Œuv., V, 128); quelques vns qui taschoyent a empescher son accroissement (Amyot, Vies, Lyc, 49, A); nous deuons... tascher a faire dextrement le mieux que nous pouuons (Du Vair, 399, 3-6) ; Vame, laquelle tasche tant qu'elle peut a reparer ceste fluante mortalité du corps (Id,, ilO, 42-3).

Mais pour donner une idée de l'indécision qui règne encore dans la syntaxe sur ces divers points, il suffira de citer quelques phrases où l'on trouve, ou bien les deux prépositions s'échangeant a), ou bien linfinitif pur alternant avec lintinitif prépositionnel b) :

a) L'un de ces Prélats... auroit aussitost appris a croire en Dieu que nous de croire en lui (d'Aub., Œuv,, II, 246, R. et de G.) ; il {le serpent) commence de se contourner... Les Suisses se commencèrent a retirer (Dolet, Gestes de Fr. de V., 33).

b) Il auoit esté condamné de par la cour... estre criminel de lezemaiesté... dont a cause de ce il fut condamné par la cour d' estre digne de mort [J. B. P., 190); [François /"] délibéra recouurer sh Duché de Millan... délibéra aussi de faire la guerre aux Suisses (Dolet, Gestes de Fr. de F., 22) '.

Infinitif de narration. — J'ai signalé son apparition en moyen français (I, 476) -. Au xvi" siècle, les exemples en deviennent moins rares : et femmes de venir a Vofferande (Nie. de Tr., Par., 80 ; lors flaccons d'aller, iambons de troter, goubeletz de voler, hreusses de tinter (Rab., Garg., ch. 5, t. I, 21) ; Et chiens d'aller après, et elle de se cacher, et chamberieres de rire (Id., ib., ch, 22, t. I, 329) ;

1. De n'est même pas toujours exprimé apriis les adjectifs, ainsi : e//e mesnies ser.i contente... se venir rendre (Lem. de Helpes, lU., ir)2i, I. II. ch. ', H, 4 v") ; l.upohle qui estait bien ayse se voir contrefaire (N. du Kail, Eiitr., II. 75).

2. J'ajouterai ici deux exemples où on voit naître l'usape nouveau : Sur l'heure y Arriua{stes] vous. Monsieur, Monsieur de Vienne, qui jxiur lors estoiez son medicin, et sur l'heure lut/ fut hiiillé m;/ clisterc, et ouurir les fenestres et huilier l'.iir Coin mynes, éd. de Nlandrot, t. Il, p. 50); lu fnulte... (fue le dit duc commit en hnill.tnl bon et loyal sauf conduict auiiict ronncstnhle, et puis le prendre et le vendre pur auarice (Id., V, 6. dans Toennios, o. c, p. ii). Depuis la publication de mon premier volume, il a paru sur ce sujet un article intéressant de !.. K. Kastncr, L'infinitif historique au XV' siècle, dans la liev. de phil. fr., 190.), p. Itil-l«i7.

Et pais votre Alix de crier et Guillaume de supplier (Jod., Eug., a. ni, se. II, ^4. th. fr.^ IV, 53).

INFINITIF PASSÉ, SANS PRÉPOSITION. — J'ai également signalé la construction du passé de l'infinitif sans préposition. Le tour se maintient, quoiqu'il n'ait jamais été d'une très grande diffusion : Monsf^ maian madame vostre famé anuouyé heun laqués et auoyr receu de vous lestre que MonsF d'Avanson ma anuouyé (D. de Poit., Let.^ LXXXIV. autog., 145). Comparez Rabelais, 1. III, ch. 1, t. II.p. 15 : Pantagruel, auoir entièrement conquesté le pays de Dipsodie^ en icelluy transporta vne colonie de Vtopiens (Cf. Loyal Serviteur, ch. 7, p. 31, et le texte de Champier cité dans ce volume, p. 38, note, ligne 7) . — H. Estienue catalogue cette conformité avec le grec, qui sous-entend xiri, 5ià (Co/i/"., p. 149). Le tour est aussi mentionné par Gauchie (223-224).

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