‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 219 sur 259 · PARTICIPE PRÉSENT · texte numérisé non relu

PARTICIPE PRÉSENT

Accord du participe. — Le participe, de son côté, s'avance vers la forme adjectivale, mais l'analogie n'est pas assez forte pour qu'il y aille jusqu'au bout, et prenne partout Ve du féminin. Et bientôt on va cesser l'accord en nombre, parce que l'accord en genre ne se fait pas^

Palsgrave, qui, pour tous les adjectifs de cette sorte, fait des distinctions, selon que ces adjectifs sont ou non placés devant le substantif, n'en fait aucune pour le participe présent : il déclare (135) que le participe présent varie en nombre, mais non en genre, de sorte que les pluriels en antes sont d'adjectifs, les pluriels en ans de participes. Lui-même accorde ainsi : fai maintes choses a dire concernans ce propos.

Après lui, tous les grammairiens, au contraire, donnent au participe présent un féminin en ante. Cf. Sylvius, 128, 132; Meigret. 103 r»; Pillot, oi r°, v» ; Garnier, 17, 86; Gauchie, 1570, p. 16S, 169; Ramus, 80.

Toutefois, certains d'entre eux, comme Meigret, ne l'imposent pas. Le participe est de genre commun, mais il peut former un féminin en ajoutant un e : vne famé dormant, vne famé dormante (103 r'^ .

Faut-il voir dans un mot du môme Meigret l'annonce de la futurf distinction du participe et de l'adjectif verbal ? Il dit en tout cas : On use plus souvent du féminin dans les participes qui ont nature de nom (entendez d'adjectifs et de sul)stantifs : vne femme plçizante, l'amante (103 r"). Et Ramus copie ici son modèle ordinaire (1562, p. 63). Chez Maupas, la distinction sera vraiment faite en ce

>. Cf. Hukm 0. c, 3-8.

qui concerne l'accord en genre. Quand le participe attribue au nom « vne qualité adhérante », il s'accorde: au contraire, quand (( il attribue vne action ou effect au substantif » comme ici : les voluptez corrompantes les mœurs ; on se peut accommoder du pluriel féminin, mais le participe « semble plus coulant sous forme masculine comme estant de commim genre » (1607, p. 331-332). Dans le volume suivant, je reprendrai la question à ce point.

Si on consulte les textes, il est hors de doute que l'adjectif a le plus souvent im féminin en e : la triumphantc armée (Mar., I, 144): par trop ardante ire (Id., I, 9) ; la vache luysante En son Doil blanc (Id., III, 193) ; veu ceste foy constante (Id., I, 95), etc., etc. Cependant, il ne faudrait pas croire la règle absolue : la resonnant huccine fMar.. III, 174) ; en eau bouillant (Id., III, 168), la done a la poignant mammelle (Id. , I, 183); Mignonne est trop dIus a/fette'e, Plus frétillant, moins arrestée (Id., III, 87), etc. ; C'est me droggue précieuse. Odorant et délicieuse (Lesp.. Prompt., 16).

Pour le participe, lusage est très incertain.

A. Les exemples d invariabilité en genre sont nombreux :

1" sur V herbe verdissant (Id., III, 245) ; la plus noble Marguerite ')ui soit point au monde viuant (Id., I, 140); sur l'estomac est sa jorge pendant (Id. , III, 245); Chaque trouppe dansant a la façon le son paîs [Mém. de la r. Marg., iû).

2° Les exemples d'invariabilité en nombre ne sont pas rares non )lus : larmes de gomme en ambre durcissant (^Mar., III, 220). ]lomparez ce qui est dit ci-dessus, p. 462.

B. 1° L'accord est fait en nombre avec des mascidins : se mocquans Je ces beaulx fouaciers (Rab., Garg., ch. 25. t. I, 99) ; les fou aciers le Lerné passaient le grand quarroy menans dix ou douze charges Id., ib., ch. 25, t. I, p. 97) ; plusieurs dieux marins, chantans et recians des vers [Mém. de la reine Marg., 10); plusieurs gens de uerre... tenans les champs... etviuans a discrétion (L'Est.. Journ. ^e H. m, 36, 2) ; accompagné... de religieux faisans les prières iour t nuict [Id., ib., 36, 1); les huguenots ayants recommencé la guerre Mém. de la reine Marg., il); les propos s'en continuans tousiours [b.. 24); les hommes estans premièrement esbloùis (Fauchet, Orig. é la l. fr., 533 V).

2'* L'accord est fait avec des féminins en nombre seulement : 'es sœurs... se frappans l'estomach (Mar., III, 219); les Nymphes ertueuses, Regnans en mer (Id., III, 173); fouldroyans temestes (Id., III, 129); chandelles flambans ou estainctes [là. ,\, 15); lymphes adonc, pleurans, escheuelées (Id., III, 213); les semences

des choses Conceuans fruict (Id., III, 179); Les femmes... amadoùans les hommes (Rons., I, 127, M.-L.) ; les Bretonnes dansans leurs passe-pieds [Mém.de la reine Marg.., 10) ; les polices de Platon et Aristote permeftans tant de vilaines copulations (N. du Fail, Eutr.^ Il, lo) ; lesquelles [les bestes) bastissans industrieusement leurs nids, esleuans leurs petits, pourchassans leur viure (Fauchet, Orig. de la l. fr., 533 r°) ; cloches sonnants, et chandelles esteintes [Mén., 20, éd. Lab).

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