Lyon, Guil. Rouille
Deux noms se détachent parmi les autres, ceux de Rousset et de Guillemot, tous deux élèves de Paré. Rousset croyant avoir découvert un procédé sans dang-er pour la pratique de l'opération césarienne, quoi qu'il eût promis un traité latin à Renée de France, duchesse de Fërrare, prétexta qu'il voulait éviter un retard peutêtre dommageable à « une infinité de femmes grosses réduites ti ce dernier refuge » et ne put se tenir de livrer sa découverte en français au public sous le nom à'hystérolomotokicK — Guillemeau passait, hii, pour avoir fait ses preuves de latiniste, en mettant. Paré en latin. Soit qu'il ne fût pas vraiment le traducteur, comme la Faculté le soupçonnait, soit qu'il tînt à suivre la pratique de son maître, il écrivit en français son Traité des maladies de Vœil (1585) et sa Chirurgie (1594); il en donna toutes les raisons de Paré, que son « épître au lecteur bénévole » reproduit presque mot pour mot. Elles n'étaient pas, bien entendu, acceptées de tous, mais elles étaient désormais devenues banales. On avait même déjà presque usé la comparaison de ceux qui écrivaient en langue étrangère avec « les mauvais mesnagers qui aiment mieux labourer le champ d'autruy que cultiver leur propre terre » 2.
La pharmacie. — Ce n'est pas ici le lieu de rappeler l'histoire de la pharmacie. Tout le monde sait qu'apothicaires et épiciers avaient longtemps fait partie d'une corporation unique ; ils venaient seulement d'être séparés ; et de leurs origines modestes les premiers retenaient encore ce caractère essentiel, de n'être latins Ji aucun degré. La chose paraît au premier abord surprenante, quand aujourd'hui les boutiques de ces mêmes apothicaires restent le dernier asile du latin vaincu. Mais, de fait, la latinité générale de la corporation ne s'est jamais beaucoup élevée au-dessus de la possibilité de lire les ordonnances, le formulaire et les étiquettes. Au XVI* siècle, c'e.st h. peine si elle en était Ih, encore que Sylvius eût voulu que tout apothicaire fût bon grammairien.
Symphorien Cliampier, ajjrès avoir essayé de redresser les erreurs ordinaires des apothicaires en les signalant en latin, met ensuite son livre en français''. D'autres, moins bienveillants, s'égaient des
1. Fr. Uouvsct, Traillé nouveau de l'Hyxlerotomolokie ou enfantement césnrien: Porin. Denys du Val. 15K1.
2. N'uir lyi rhiriirffie fruiç rite, r3'iteilli(' <le.<t nnctens inedecinx et rhinirtjiens, avec pliiKieiirs ftifitreH... \nw iaci\\.\i?% (luillomcnu d'Orléniis. l'nris. Nie. (îillcs, ir>î»l.
.1. \'<iir le Mi/rniicl des .\i>nlhiriiires et l'hiinniiroiuiles pur lequel est demoniilrc eominenl tijtpoltiuf nuire» cDininuneinjnterreitten plnsiettrx simples medicines contre tintentinn des tirer tz. I..y<>n, Pirm» Marcschal, 1532, réimprimé par M. Dorvcaux. ParJH, Wcitcr, iHltj. P. 23 de lu rciinproHHion, on lil :
« A cchIc cause, en mon livre de» Q)rrcelion?« des uppi>llii(|Uiiii'es et medicins Arabe», l'craieuM, Aplirican» cl Inraélilei*, ay voulu en lalin eM-riprc le» erreur» qui
méprises qui se commettent dans les officines. Sébastien Colin, dans son célèbre pamphlet <( sur les abus et tromperies des apothicaires », rapporte sur leur ig-norance de cruelles anecdotes, affirmant qu'ils ne tiennent pas à recevoir des hommes bons latins, connussent-ils bien les simples, eussent-ils étudié trois ans sous Monsieur Sylvius, et qu'ils leur préfèrent ceux, fussent-ils « pastissiers, qui sauent bien batre les espices et faire des cornetz de papier », entendez des cornets médiocrement creux, et qui tiennent peu de marchandises •.
Dans sa réplique à Lisset Benancio, Braillier n'entreprit pas de défendre les capacités crpammaticales de ses confrères ; il répondit qu'on pouvait parler de tout, même de médecine et d'apothicairerie en français, et posa la règle qu'il valait mieux « estudier chacun ea sa langue, que d'emprunter le langage des estrangers ». Dans sa riposte hardie, il alla même jusqu'à dire qu'il était fort dangereux de borner la médecine à l'étude des traités anciens, et de médeciner avec les drogues des Grecs et des Arabes, des hommes qui avaient une tout autre complexion, et qui n'étaient ni nés ni élevés dans le même climat-.
communément se font en médecine par ignorance des appothiquaires à cause de la secte Arabique et Mahométiste, laquelle a rempli les Latins et Chrestiens de leurs erreurs Arabiques, et ont faict leur couuerture et platris leurs ignorances de la couverture des ditz des Grecz, comments de Hypocrates. Galien, Alexandre et Paulus Egyneta, mal entendus et très mal interprétés et commentés, pource que les barbares ne peuvent quebarbariser. et les balbuciens ne peuvent droictement parler, comment est dit au proverbe commun : Balbi non nisi balbos intelligunt. Et pource que les chyrurgiens françoys, lesquelz sont et prennent leur chirurgie de Montpellier, communément n'entendent ny scavent parler latin, mais ont leurs livres, comme Guidon, de Vigo, Gourdon. translatés en françoys, et aussi la plupart des appothiquaires sont ignorant la grammaire et n'entendent latin, si ce n'est latin de cuysine ou bien passé par le crible et non par l'estamine, j'ay bien voulu rédiger les erreurs par eulx faictz, lesquelles jay escript en latin à mon livre Castigationum, et réduire par manière de épithomé en nostre langue gallicane, afin que les appothiquaires et chyrurgiens barbiers n'ayent cause de ignorance envers Dieu et le monde. >>
Il y revient p. 52 : « Icy ay bouté seulement sommairement, à cause que ceulx qui n'entendent latin ou bien que latin de cuysine, et aussi les chyrurgiens françoys, lesquelz ne lisent leur chyrurgie que en françois. »
1. Voir \a Déclaration des abiiz et tromperies que font les apothicaires, composée par maistre Lisset Benancio i^anagr. de Sébastien Colin). Lyon, Mich. Jove, 1553 (!'• éd.. Tours, 135.3.^ E, V, 3.
Une bonne édition de ce pamphlet, précédée d'une notice sur Sébastien Colia, a été publiée par le D' Dorveaux (Paris. Welter, 1901).
2. Voyez Déclaration des abus et ignorances des médecins, composé par Pierre Hraillier. marchand apothicaire de Lyon, pour reponce contre Lisset Benancio, médecin, 1" janv. 1557 (reprod. dans les Œuvres de Palissy par Cap, 389 et sv. Paris, 1844). '• Encores que Lisset dise que les apoticaires ne sont aucunement grammairiens, et ne scauroyent estudier; parquoy la médecine est en grand danger, je trouveray Apoticaires qui parleront aussi seurement de la médecine en François, que beaucoup de médecins ne scauroyent respondre en Latin. Il est plus facile estudier chascun ea sa langue, que d'emprunter les langages des estranges pour estudier. »
On devine ce qui devait arriver en présence de résistances aussi vives ; les traités latins passèrent en français. Le vieux Jardin de Santé avait été imprimé dès le xv^ siècle. En loîîo, Barthélémy Aneau avait traduit le Trésor des remèdes secrets d'Evonime Philiastre*. Six ans après, Jean de Tournes, étendant à la pharmacie ce qu'il avait commencé pour la chirurg-ie, publiait un livre autrement important, l'édition française du Manuel de Dusseau^. C'était
" Gallien a escrit eu sa lanj^ue, et na pas emprunté le lan^jage dune autre repioh pour faire ses liures ; aussi Ilyppocrates, Avicenne, chascun a escrit et estudic en sa lauf^ue. Les Apoticaires de France peuuentestudicr en François et sans aller enipriniler les langues Latines, ny celles des Alemans : car tout ce qui concerne la Pharniatie est traduit en François; parquoy ils se peuvent faire scavans. sans eslrc Latins, ni Grammariens, contre le dire de Maislre Lisset, et mieux que les Médecins : car leure livres sont en Grec et Latin fort elegans, et la moitié des Médecins n'entendent Grec ny gueres Latin; parquoy ils ne scavent qu'ils estudient, et les pauvres malades sont en grand danger sous leurs mains : car ils nous medecinent a la mode des Grecs et des Arabes, et des drogues des Grecs des Arabes ; et nous ne sommes Grecs ny Arabes, et moins de leur complection, ny nez, ny nourris en leur climat qui est tout contraire au nostre >> (p. 427).
1. B. Aneau, Trésor des remèdes secrelz par Evonitne Phllialre. Livre Physic, Médical, Alchymic, et Dispensalif de tontes suhstantiales liqueurs, et appareils de vins de diverses saveurs, nécessaire à toutes gens, principalement a médecins, chirurgiens et apothicaires. Lyon, Baltli. Arnouilet, 1555. Av. priv.
2. Enchirid, on manipul des miropoles, sommairement traduit et commenté suivant le texte Latin, par M. Michel Dusseau, Apothicaire, jadis garde-juré de l'Apo- Ihicairerie de Paris : pour les inerudits et tyroncles dudit estât, en forme de théorique; Lion, J. de Tournes, 1561.
« Cunctis artis ApoUineac professoribus necnon pharmacopolis perilioribus Michaël à Sigillo, pharmacopœus Parisiensis, S. »
Dans cette préface, Dusseau dit qu'il n'ignore i)as que des traités excellents ont été rédigés soiten Grec, soit en Lalin. Des illettrés, ou presque illettrés lui ont demandé un manuel par écrit : « Porro nobis considcrantibus, tum per provincias, tiun pei" ui'bes urbiculasve, ac forlassis per principum curias non paucos hujusce condilionis existero pharmacopolas, qui quidem Grammaticam, Latinamve linguam ignorantes, quoscumque nostric artis commentarios (Latinos inquam, sive Griecos) negligunt, ac veluli despiciunl : quo nimirum lit, ut non nisi usu, aut assidua quadam frequenlatione absque ulla rationis ductu aliquid operentur, nec intelligant : imdc in eorum priescriptis ac dispensalionibus illos quAm sicpius hallucinari contingit. Quapropter ut deinceps modioum quid Theoricu* consequi valeant (arbilrali si<iuiilcm vestrum neque quorumlibet proborum liltcralonmi proptcr scientiarum nobilitatem non usquc adeo vanum fore studium in lingua vulgari, (juicquam describere) himc exiguum libellum vestris emendationibus ornalum, in (îallico sernione libenter sub nostri ingenii facullale traduceredecrevimus : (|ui ipsis ali({uatcnus prodesse polerit, lanquam principium sive rudimentum illos ad altiorc conducens. >•
« Nous avons cnlreprins, dit le traducteur, de traduire ce traité en vuljçaire, non pour nous exaller en aucune manière, ne nu'priser autruy. mais seulemCl pour grâce et en faveur des rudes et nouveaux de nostre art. (Considérant que tous, ne plusieurs n'ont eu, ou peu avoir l'opportunité de la langue Latine. Aucuns pour l'indigence ou parcité de leurs parens. Les autres pour leur négligence et propre foUie de jeimcsse: lesquels toutefois estant iù avancez en ladite arl, el quasi en aage parfait, n'est besoin renvoyer aux champs garder les brebis, on rappiendre autre moyen de vivre. Ain« ne reste que leur donner viandes propres A leurs mâchoires, c'est-A-dire, une certaine et familière expositicm A eux facile de comprendre. Ce que espérons faire el ponr- •uivre, par le moyen de la présente traduction. Knlendre (comme hn bien dit C^mpcgiuB en son livrcl de (Miirurgie) qu'<m peull comprendre el pratiquer loutes sciences, en chacuncs langues : laquelle chose il prouve cl dcmonslrc de fatct, alléguant plusieurs authcurs antiques cl approuvez : comme ilippocrales, Galicn,
un traité élémentaire, mais néanmoins une véritable « théorique ». Une double préface l'introduisait auprès des lecteurs. La première en latin, adressée à tous les professeurs de Fart Apollinique et aux plus habiles des pharmaciens, était assez timide, mais la seconde, où l'exemple de Canappe est cité, respire l'enthousiasme de celui-ci et peut-être aussi l'ardeur de Jean de Tournes, éditeur des deux livres. En lo72, Houel, qui fut un classique, donna, il est vrai, ses deux livres de pharmacie en latin ' ; mais, à la même époque^ André Caille publiait successivement le Guidon des apothicaires de Valerius Cordus i^Lyon, Est. Michel, 1572), et le Jardin médicinal de Mizaud (Jean Lertout, 1378) ; Dariot écrivait sur la préparation des médicaments (1582). Bref, nous savons par | Laurent Joubert que, si les formules restaient latines, si elles passèrent, sous cette forme, dans le Codex, la corporation ne s'était pas convertie, et que les écrivains qui voulaient se faire entendre de tous, devaient se résoudre « à rendre, en une lang-ue connue, toutes les parties de leur art 2 ».
La médpxine proprement dite. — Les livres français, dont je viens de parler jusqu'ici, destinés surtout aux indoctes, pharma-
Paiilus. Avicenne, Constantin, Rasis, et autres, tant Grecs que Arabes : lesquels tainsi qu on peut conjecturer, et que tesmoignent leurs escrits} nentcndoient la lanjrue Latine : et néanmoins ont esté très doctes et savants, tant en Astrologie que Médecine, et autres parties de Philosophie, un chacun en leurs propres langues, qui monstre et fait assez à concéder, que ladite Apothicairerie se pourra par niesme moyen facilement comprendre en François par un apothicaire de la nation Françoise, aussi bien que la Chirurgie : qui nest art de moindre exquisition, que ladite Apothicairie : et de laquelle (par le moyen de plusieurs bons traducteurs) et entre autres, de M. Jean Canappe résidant à Lyon : (lequel en cest endroit, on ne pourroit trop louer) se trouvent aujourd'huy de grands et excellents praticiens : combien toutefois que n'entendons, par ce, mespriser ceux qui entendent le Grec, et le Latin : car quant à iceux, nous disons que peuvent plus congnoistre et savoir, d'autant qu'un homme haut monté, peult voir de plus loing, que cestuy qui est bas assis. »
1. On a aussi de lui des traités français, en particulier Traité de la thériaque et milhridal contenant plusieurs questions générales et particulières... pour le profit et utilité de ceux qui font profession de la Pharmacie, et aussi fort propre à ceux qui sont amateurs de la Médecine. Paris, J. de Bordeaux, 1573.
2. Voir la Pharmacopée de Laur. Joubert, ensemble les Annotations de J. Paul Zangmaister. Le tout de nouveau mis en françois (Lyon, Ant. de Harsy, 1588) : « Je suis contraint de déplorer un autre mal qui n'est que trop commun, assauoir que les Apoticaires pour la pluspartse font à croire qu'ils sont dispensez de scauoir la langue Latine, et par ce moyen ne peuuent entendre les bons auteurs qui ont escrit de leur art, et qui ont en diuers lieux enseigné tout ce qui est nécessaire à un bon Apoticaire. De remédier à ce mal, en leur persuadant d'aprendre la langue Latine, il est impossible, car chacun allègue ses raisons, et la pluspart se contente de faire comme les autres. Il semble donc bien qu'il n'y a point d'autre remède, sinon de leur rendre toutes les parties de cest art en la propre langue qui leur est bien cogneue. » Cf. encore : Les (leurs du Hure des vertus des herbes par Macer Floride. Rouen, 1588. Après l'épître, très curieuse, se trouve une explication en vers des termes médicaux :
Alors que l'herbe et suc dessus le mal tu mets,
Selon les médecins un cataplasme fais :
Mais la pure onction du suc, c'est epilheme, etc.
ciens et chirurgiens, ouvraient à la langue française des parties essentielles de l'art médical : la pharmacie, l'anatomie, la physiologie. Une partie de la forteresse était emportée. Quelques-uns en sacrifiaient volontiers d'autres encore : d'abord la séméiotique, ou étude des symptômes. Nous en avons la preuve dans l'apparition du livre de J. Eusèbe : La science du poiilx. Le meilleur et plus certain moyen de iuger des maladies (Lyon, J. Saugrain, 1568). Que ce fût Fauteur lui-même, professeur à Montpellier, ou, comme il le dit, l'archevêque de Lyon, Antoine Dalbon, qui ait eu l'intelligence de s'en rendre compte, en tout cas, il est dit fort sagement dans ce livre qu'il serait utile que le public, les chirurgiens et apothicaires, pussent « auoir la connoissance des causes et signes des maladies, pour en aider le médecin, ou luv en escrire en son absence, et que nul mal ne pourroit s'ensuyure, si ces parties de médecine estoyent traictees en langue vulgaire, comme aussi la physiologie et conseruation de santé ».
A dire vrai, cette dernière science, que nous appellerions 1 hygiène, n'avait pu depuis longtemps rester en possession exclusive des médecins; les maladies contagieuses avaient rendu nécessaire un peu partout la création de bureaux spéciaux, et obligé aussi le pul)lic à faire connaissance avec quelques règles essentielles, concernant la toilette, l'habitation, le regimen '. On ne pouvait lui donner utilement ces règles qu'en français. Aussi les traductions et les ouvrages originaux sont-ils, dès 1530, assez nombreux sur la matière. Un régent de la Faculté de Paris, André Lefournier, tout en s'excusant, ouvre un des premiers la voie -. Messire Desdier de Montpellier traduit /p Aiyrc dlinheste volupté; Antoine Pierre, de Narbonne, le Regimen sanitatis (15i4); J. Goeurot, le Traicte de VEniretcnemenl de santé, par Prosper Calanius (1550); Arn. Pasquet, les Sept Dialogues de Pictorius, fraictans la manière de contregarder la santé (1557); Massé, le traité de Galien Des choses nutritiues (1552); A. Valgelas, le Commentaire de la conseruation de santé et prolongation de vie de Jérôme de Monteux (1559). Un ano-
1. On ne dit régime que dans !a deuxième moiliu du siècle : ainsi Rlancherosc écrit un : Saluitifere et utile conseil aiiec un regimen «i/r très ilangereuses maladies ayant cours..., Lyon, 1531. (îtirurd, «lans ses Trois /tremiers liures de lu santé, n'ose pas employer diète, <• que les Ctrccn nous ont elTronlcment desrobe, comme assci: d'autres (|ui nous feroienl ^rand he8oiu ».
2. La décoration d'humaine nature et aornement des Dames, ou est montrée l» manière et rere/tles pour faire sauons, pomntcs. poutlres cl canes tlelicieuses et odorantes pour lauer et nelloger tant le corps que les hahillemens : Paris, J. Snint- Dcnys et Jehan Lon|i;is, 1530 Bih. Soi-ltonne, I. s, W. t\). L'uiilettr dit dans sa dédi- (.„,■,. ■ ,. V,.,- «i-i'iiinnc mi'liiiris (|iiia (iallica liiij:iiii proinjltii' opus. n
nyme donne un Régime de viure (1561); Vallambert imprime ses Cinq remarquables Hures de la manière de nourrir et gouuerner les en/ans dez leur naissance ' (1365), Bref, il y a là toute une littérature, dans laquelle on voit même se glisser la poésie didactique, avec Gaspard du Tronchet et des Caurres,
Il ne restait plus possible de préserver que la thérapeutique ou « curatiue » ; c'est là ce qu'eussent voulu même des hommes d'esprit ouvert, comme Eusèbe ; mais c'était chose extrêmement difficile, le développement de certaines maladies au xvi*' siècle nécessitant une large diffusion des méthodes curatives. Et je ne fais point seulement allusion ici au mal de Naples, mais à la lèpre, qui durait encore, et surtout à la peste, qui avait fini par devenir à peu près endémique dans la plus grande partie de la France, et y exerçait des ravages terribles. C'est en français que Thierry de Héry donna son ouvrage capital sur le mal que Fracastor venait de nommer 2. C'est aussi en français que Bocellin écrivit sur la lèpre '^. Mais c'est à propos de la peste surtout que les traités se multiplièrent, prônant certaines précautions ou certains remèdes. Il y en a déjà plusieurs avant 1520^. A partir de lo30, on en voit éclore dans toutes les villes où on imprime''. Ce qui est ici à noter, c'est que, devant le besoin, des hommes comme Gourmelen, doyen de la Faculté de Paris, se rendent eux-mêmes à la nécessité de se faire comprendre, et détachent un livre en français du reste de leur œuvre toute latine ^.
1. Dans une préface très orgueilleuse, l'auteur déclare que cette œuvre est la première de ce ^enre en langage français, et que du reste elle tient son rang à part.
2. La méthode ciiraloire de la maladie vénérienne; Paris, 1532.
3. Praclique sur la matière de la contagieuse maladie de lèpre; Lyon, Macé Bonhomme, 15S0, in-4.
4. Par exemple celui de Bunel : Œuure excellente et a chascun désirant de peste se preseruer 1res utile, Tholose, 1313, in-4.
5. Je citerai : Sim. Nerault, Le Flaçjice de peste ; Poitiers, Jaq. Bouchet, 1530, in-8; — J. Liébaut, Le trésor et remède de la vraye guerison de la peste; Lyon, Benoist, 15i5; — Ant. d'Emery, Antidote ou remède contre la peste; Paris, Gai. du Pré, 1543 ; — Og. Ferrier, Remèdes preseruatifs et curatifs de peste; Tholose, Guyon Boudeuille, in-16, et Lyon, J. de Tournes, 1348, in-8 ; — Franc. Chappuis, Sommaire contenant certains et vrays remèdes contre la peste; Genève, 1348, in-8; — Ben. Textor, De la manière de se preseruer de la pestilence et d'en guérir; Lyon, J. de Tournes, 1531, in-8 ; — Mich. Nostradamus, Le remède très utile contre la peste; Paris, Guil. Niuerd, 1361, in-8; — Ant. Mizaud, Singuliers secrets et secours contre la peste ; Paris, Math. Breuille, 1562, in-8; — P. André, Traicte de la peste ; Poitiers Nie. rOgerois, 1563; — Franc. Valleriolle, Traicte de la peste; Lyon, Ant. Gryphius, 1566, in-16; — Amb. Paré, Traicte de la Peste, 1568; — Cl. Fabri, Paradoxes de la cure de la Peste ; Varia, Nie. Chesneau, 1568; — Nicolas de Nanccl, Discours 1res ample de la peste; Paris, ihid.. 1581, in-8; — Joubcrt, Traicte de la Peste, trad. par Guil. des Innocens; Paris, Jean Lerlour, 1581, in-8; etc.
6. Aduerlissement et conseil à MM. de Paris tant pour se preseruer de la peste comme aussi pour nettoyer la ville; Paris, Nie. Chesneau, 1581.
Histoire de la langue fruiiçaine, II. 4
Mais d'abord, ces sujets n'étaient pas délimités si strictement qu'on ne pût joindre à l'étude de la peste, par exemple, celle d'autres maladies, épidémiques ou non : c'est ce qui arriva plusieurs fois. Pierre André traita de la peste et en même temps de la disenterieK En outre tous ces livres montraient la voie. Si le français suffisait à exposer la cure de certaines maladies, pourquoi n'eùt-il pas convenu pour d'autres ? Il devait arriver qu'on rencontrât quelques audacieux, décidés à faire le dernier pas.
Aussi, aux traductions des vieux recueils de Maître Albert, de Bernard de Gordon, d'Arnaud de Villeneuve, viennent timidement et peu à peu s'ajouter quelques traités, spéciaux ou non, en français; Paradin traduit : la Met/iode ou hriefue introduction pour paruenir a la connaissance de la vraye et solide médecine de Fouchs (Lyon, 15o2); Claude Martin, les Six principaux Hures de la thérapeutique de Galien (looi); J. Lyege donne une liaison de viure pour toutes fleures (1S57); Guillaume Chrestian commence la série de ses traductions. Un anonyme (Jean Goy) met en français le Thresor de medicine tant théorique que pratique de Fouchs (Paris, Nie. Peletier, 1560). Mais, à dire vrai, même en continuant l'énumération jusqu'au seuil du xvii® siècle, la liste qu'on pourrait dresser ne serait ni bien longue, ni composée d'ouvrages bien importants. Deux surtout méritent d'être retenus, l'un de Sébastien Colin, l'autre de Laurent Joubert.
Le premier contient un véritable manifeste, tel qu'on ne devait guère l'attendre de son auteur, car Sébastien Colin n'est autre que ce Lisset Benancio qui attaquait si vivement l'ignorance granmiaticale des pharmaciens, et se plaignait de voir le Poitou rempli de médecins « indoctes et Thessaliques, qui s'estoient contentez de pratiquer sous quelques resueurs Arabistes '^ ». 11 démontre ici encore, à grand renfort de latin, voire de grec, que nul ne peut aspirer à la science, sans commencer par l'étude des langues. Mais il n'en pose pas moins comme légitime et nécessaire de donner au peuple des recettes éprouvées dont il a le plus grand be.soin. Dans toute la longue préface, par laquelle il justifie son dessein, ce qu'il faut considérer, c'est moins les arguments — presque tous empruntés à Gmappcet.'i Paré — (|uc le ton sur le([uel il les présente-'. Quehjue