‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 38 sur 259 · CHAPITRE VIII LE FRANÇAIS DANS LES SCIENCES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII LE FRANÇAIS DANS LES SCIENCES HISTORIQUES

J'ai déjà eu l'occasion de dire que le premier apologiste de notre lang-ue au xvi" siècle était un historien. A parler vrai, cela est peu surprenant. L'histoire à cette époque était surtout considérée comme une leçon de morale et de politique. Pour aller à ceux qui pouvaient en profiter, cette leçon devait se faire française, car, on le sait, le grand nombre de ceux qui étaient mêlés aux affaires étaient incapables de l'entendre dans une autre langue. « Es cours^ des princes et seigneurs », comme dit N. Savetier, étaient » plus volontiers receuz et leuz livres en françoys que en latin en tant que communément plus y conversoient de gens laiz que de clercs ^ ». Dès lors, qu'ils y fussent poussés par les princes et les grands seigneurs, ou qu'ils s'y portassent d'eux-mêmes, les écrivains d'annales, de mémoires, d'histoires proprement dites, devaient être enclins à délaisser la langue latine. Ajoutons tout de suite que l'exemple n'était plus à donner, grâce à toute une longue suite de chroniqueurs, dont le dernier, Commines, était bien connu, même avant d'être imprimé.

Ces raisons expliquent h la fois comment, depuis le temps de Seyssel et de Lemaire de Belges, les livres d'histoire, originaux ou traduits, se multiplièrent, et pourquoi on trouve si rarement un auteur qui prenne la peine de justifier son dessein -. II paraissait visiblement tout naturel « de françoisement escrire ce que par los

1. Lp premier volume des Granls décades de Tylus Livius, translatées.... [par N. Savetier]. Paris, Jehan Petit, 1530.

2. L'abbé Hamon, dans sa thèse sur Jean Bouchet. Paris. 1901-1902. note cependant une élo((uente apostropiic placée par Quentin, ami de Jean Houchct, en tète des- Annales d' Aquitaine {\b:il) : « Ils ont écrit en latin, ceux qui écrivaient pour des Latins; un Français ne peut-il donc parlera des Français leur propre lan^ne ? Il le peut, à mon avis... La nature n'a pas créé la France si débile, si dépourvue de bons esprits, qu'elle ne puisse trouver des punéf^yristes de su propre excellence. »

Il appuie sur cette dernière idée, que la Pléiade laissera si complètement «le cAté : il s'emporte avec éloquence contre un défaut de notre race, — folie ou ingratitude — . qui nous fait estimer jusqu'à l'ébahissement les jfloires des autres peuples et railler nos propres (gloires : >< Dans notre sotte admiration, nous préférons un moucheron ridicule sorti de n'importe où, pourvu que ce ne soit pas de France, à l'éléphant né du sol de la patrie » (sic).

Par une inconséquence fréquente et qui fait mieux comprendre cette curieuse époque, ce panégyrique enthousiaste de la langue et des gloires françaises est écrit en latin.

ancestres auoit esté françoisement, c'est-à-dire courageusement entrepris, vertueusement géré, et heureusement accomplv ». Et Du Haillan s'étonne d'être le premier qui ait osé ou voulu écrire en sa langue une histoire véritable de ses rois et de sa nation, tant ce dessein lui semblait devoir venir natiu-ellement à tant « d'excellents esprits » qui savaient bien écrire et possédaient tout un trésor de documents •.

Ce n'est pas à dire que les historiens s'abstiennent absolument de ces déclamations ou de ces plaidoyers, comme nous en avons relevé ailleurs. Amyot, en présentant au roi son Plutarque (1559), n'a-t-il pas dit son mot sur l'utilité qu'apporteraient tant de « bons et beaux livres », et félicité le roi que ses sujets reçussent en si grand nombre ces « outils de sapience », sans être obligés de se travailler pour apprendre « les nobles anciennes langues », qui coûtent beaucoup de temps et de peine - ? — Deux de ses successeurs ont mis en tête de leurs œuvres de véritables discours, diversement remarquables. Le premier est Antoine Fumée, qui, après avoir donné les raisons qui lui ont fait choisir son sujet, termine sa préface en essayant de contenter « ceux qui estiment le papier perdu escrit en nostre vulgaire, et qui croient dangereux de se restreindre a un païs, ou on court danger de pas trouuer de lecteurs^ ». Il estime

1. Voir Y Histoire de France, par Bernard de Girard, seigneur du Haillan ; Paris, 1576, in-f», Préface.

3. Amyot, Les vies des hommes illustres Grecs et Romains Au trespuissant et

treschretien Roy de F'rance. Henrj- deuxième.

3. « Reste a contenter ceux qui estiment le papier perdu escrit en nostre vulgaire, ne reputans nostre langrage capable de receuoir quelque bonne discipline^ mesmes que peu de gens s'amusent à lire si peu de liures que nous auons, et qu'il est plus honorable, quand on le sçait faire, descrire en Grec et en Latin, pour mettre son labeur aux yeux de toutes les nations entre lesquelles n'y a faute d'hommes qui entendent ces langues, que se restraindre à un seul paîs, et en danger de ne trouuer personne qui en face compte. Si ces inconueniens estoient fort à craindre, i'appelleroy au secours plusieurs gens doctes et de grande réputation, lesquels ont mieux aymé faire parler les Grecs et Latins en François, qu'eux estans François, encores qu'ils eussent toutes les parties requises pour imiter les anciens, se mettre au rang des Grecs et Latins. le priroy de mon costé ceux qui auec un heureux succez ont deriué en leurs vers toutes les fontaines des délices de Pindare, Anacreon, Tibulle, Catulle, Ouide : ie reprendroy ce que Ciceron disoit en mesme cause contre ceux qui ne faisoinl cas que des lettres grecques. l'allegueroy Sceuola se mocquant d'Albutie. qui aymoit mieux estre appelle Grec, que Romain ou Sabin. Si ce Sceuola eust esté François, il eust trouué noz prédécesseurs fort ridicules, lesquels ont faict sentir leurs armes en tant de paîs, et combatu tant de nations, mais tousiours se sont reduicts à la façon, à la coustume, à la langue de ceux qu'ils auoient vaincus. Aucuns fondent vn prétexte pour le mespris de nostre vulgaire, disans que ceux qui ont peu de terre soubs leur gouuernement, ne peuvent faire que leur langage soit estimé, comme si les Hébrieux et .\rabes auoint tenu grand terre, comme s'il estoit asseuré que les Chaldeans eussent subiugué beaucoup de païs et toutesfois l'Empire a esté en France, les François ont tenu la terre saincte, l'Angleterre, et eu grand pied en Italie, et neantmoins n'est demeuré aucun vestige de cette langue entre ces nations, si ce n'est possible parmy les vieilles loi.x d'Angleterre,

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tout au contraire, que les lettres françaises ont repris tout leur honneur et ([u'on ne risque plus d'être mal accompaji^né k une si belle poursuite. Il y a de l'esprit et de la malice dans plusieurs des arguments qu'il donne, mais ce qui met ce plaidoyer d'historien à part, c'est qu'il est historique, qu'il esquisse même, en quelques mots, le passé de notre langue.

Celui de N. Vignier est plus banal. Il est visible que c'est l'exemple d'Amyot qui Ta déterminé h mettre en français ses Fastes des anciens Hébreux, Grecs et Romains, et dans toute sa longue préface il n'y a rien de bien original'. Mais je voulais signaler tout au moins cet exemple d'un homme convaincu que non seulement l'histoire ancienne, mais l'érudition relative aux anciens se

que les Normands y establirent. Et entre nous il n'y a aucun Hure en nostre lanj^ue que du tems de Philippe Au^'uste, et depuis, et ceux que nous auons ne contiennent que les histoires de leur siècle, dont encore le lanj^aj^e a eslé corrigé par ceux qui, pensans bien faire, nous ont osté tout ce que nous auions d'ancien. Depuis la {juerre des Anjiflois, nostre langue deuint plus polie, et prinl grand accroissement : linablement Charles cinquiesme surnommé le Sage, feit traduire, à ce que l'on dit, la plus grande partie des bons aulheurs Latins, et par mc^me moyen les vieux Romans furent mis en prose, que ic voudroy que l'on eust laissez en leur vieille rime, pource que les fables et mensonges seroint plus tolcrables enceste forme de Pot'sic, et si pourrions recognoislre quelques vieux mots, que la fréquentai ion du I.atin et vulgaire Italien nous a faict quitter. le croy que si les hommes lors eussent eu le sçauoir et intelligence des langues, qu'ils eussent rendu la nostre si florissante, que Ion n'y eust peu rien adiouster. Mais cpiasi par tout le monde les ténèbres d'ignorance estoient si espesses, qu'ils méritent pardon, s'ils n'ont entièrement satisfaict à leur entreprise, qui a esté quasi acheuee au tems heureux de noz pères, où les lettres ont par tout repris leur honneur, et y a eu tant d'escriuains en nostre langue, qu'il ne faut craindre dcstre mal accompagné à une si belle poursuilte. S'il y en a quelques vus qui trouvent la France trop petite pour leur labeur, il leur est loisible de sestendre ailleurs où ils voudront, i>our le moins qu'ils ne soint si soigneux des autres, lesquels tant s'en faut (ju'ils soiihaitlent vn plus grand theati'c, qu'ils se contenleroint, comme disoit Lucile, il'estre reiHMiz. et leu/ par ceux de leur pais, fussent Consentins, ou Tarcntins. Kl neantmoins ie les prirny d'eux souuenir, que les choses bien dites ont esté recherchées tle toutes langues, et a l'on faict parler les aulheurs les langages de ceux ((ui les ont euz en estimation, (^omme il est aduenu à Mago de (^arlhage. les livres du(|uel furent traduicl* en Latin par aulhorité du Sénat de Rome, an Roy luba, A Fro ssard, et Philippes de Commines. »

1. J'y relève cependant cette phrase remar(|uablc par l'itlée inattendue ((u'cllc contient: ■< Au reste, c'est chose très excellente cpiand on entend un Ciceron, Pline, Tit« Livc, et autres tels Autheurs parler nostre langue : l'"t par cela les François sans em|)runter l'eslrangere, ne laissent pas d'avoir congnoissance des sciences traic- Uies par tels bons .\uthotu's : si que nostre aagc se peut dire plus heureux que tous autres passez, de ce que le Roy en son siège, le gendarme en la guerre, le marchant en sa boutique, et l'artizin en son ouvroir philosophent avec Aristote. Platon, Ciceron, traictcnl les chtxes naturelles avec Pline, et discourent de toutes atitres sciences avec les autres bons Autheurs. au lieu qu'auparavant il n'y avoil que cehiy qui avoit cognoissnnce des langues q'ii penst avoir intelligence de telles c!i<»ses. et se peut dire avec raison que ces' un r.^m vie fort i)ropre (|ue Dieu a donné A nostre nage, lecpiel s'acourcissaut «h- iour en iour. ne doime pas loisir aux homuK's d'en occuper une partit* i\ \n cogn «issaïu'e <L?s langues. Viùr le* h';i.tles des anciens Hébreux, (irern et Hnmninn, iii'er un Irùcté tie l'an et des mois, on est amplement disronrii sur Li sirfnifir illun el dit^ersilé d'iceus entre les anciens et modernes, par N. Vignii'i-, liiMloriogi-iiplic du Roy. Paris, Ab. l'Anuelier, L^Ks.)

pouvait exprimer en lan«-ue vulgaire. — Après Vignier, c'est Lancelot de la Popelinière, qui fait précéder son Amiral, dun long, mais curieux avant-discours pour montrer que le devoir du « bon patriot » est d'enrichir et faire connaître à toutes les nations, si possible, le langage de son pays naturel. Malheureusement, l'auteur n'apporte à la défense de sa proposition que des phrases verbeuses et par endroits prétentieuses, sans ajouter ni une idée ni une image — ce qui est plus commun — à celles du maître dont il s'est inspiré K

Et c'était le temps cependant où tout le terrain conquis allait être reperdu, on sait comment. De Thou ne crut pas le français digne de supporter ni capable de faire connaître l'histoire monumentale dont il avait conçu le plan, et ce fut le latin qu'il adopta, ravissant ainsi à sa langue un des chefs-d'œuvre sur lesquels elle eût pu s'appuyer, et risquant de lui arracher un genre où, sans prétendre régner encore, elle avait du moins fait ses preuves-.

Les érudits. — Evidemment ce n'est point parmi les érudits qu'il faut chercher les partisans du français. L'humanisme du xvi" siècle est tout naturellement exclusif, en France comme ailleurs. Il est inutile ici d'entasser des noms : il suffît de rappeler les opinions de ceux qui donnaient le branle, par exemple du grand Budé, la lumière du siècle, un de ceux dont les docteurs ne prononçaient le nom qu'en portant par révérence la main à leur bonnet. Il avait l'esprit trop ouvert pour se refuser à reconnaître quelques avantages que le français avait sur le latin 3, mais dans l'ensemble, il n'esti-

1. Voir l'Amiral de France, et par occasion, de celuy des antres nations, tant vieilles que nouuelles, parle Sr de la Popellinière. Paris, Thomas Perier, 158».

2. Sainte-Marthe, qui partageait les idées de De Thou, ne s'e.vplique pas que Vipnier ait sacriliê au désir de servir une noblesse ignorante de son propre intérêt, et se soit résigné à n'être lu que dans s(jn jJays. \'<)ir dans Ilist. de la maison de Luxembourg. Paris, Thiboust. ItilT. 1 extrait des Elocfes cité dans l'Eloge de Vignier. « Hic vir natione Barensis. professionc Medicus, omnes omnium ;utatum et gentium res pace belloc|ue gestas ingenti et operoso Volumine complexus, rem herclè lecit Gallicce Nobilitati Graecorum et Lalinorum ferè ignarai utilem simul et iucundam, sibi verô ipsi nequaquam satis pro laiili laboris merito frucluosam : quando vix uUam indè mercedem retulerit, ppieler nominis famam totà latè Gallià celebratam : sed plus adluic celebritatis habituram, si Latino sermone, qui nullis nationum linibus circumscribitur, tam nobile et egregium opus moliri in animum induxisset. Hoc enim facile poterat homo Romana facundia pr;cstantissimus. Atenim suis popularibus consulere, doctiqiie viri laudem boni civis opinione cumulare non inani pietatis argumente maluii. ->

3. Voir Budeus. De philolngia. lil). poster., p. 72 c. in Lucuhr. var. ; Basil., apud Nie. Episcopium .Innior. MDLVIl. IM lia ut dicis. Hère, inquam, sed non si in uniuersum lingua Romana elegantior i^^c cl uberior nostra à me dicta est, ideo non in quibusdam nostra felicior est et' Latina et Gncca : ut in hac ipsa arte (venatoria) describcnda et explananda, in qu;» certe tam beata et dives est prope nostra, quàm gneca in tractanda pliilosophia. •>

mait pas qu'on pût le comparer aux langues antiques, ni l'appliquer h aucune œuvre sérieuse. A la vérité, il semble avoir fait sur ses vieux jours une grande concession aux adversaires, en se servant dans le livre qu'il avait préparé sur Y Institution du prince, et qui parut après sa mort * . Mais il faudrait savoir si une nécessité plus puissante que ses partis pris ne l'a pas contraint en cette circonstance. 11 travaillait pour François I'^', et la gêne où il se plaint d'être par suite de son ignorance de la diction française, fait soupçonner qu'il s'était déterminé à se mettre dans cet embarras moins par goût que sous des inspirations toutes puissantes -. Au reste dans le livre même, il a pris sa revanche; à vingt endroits, il revient à l'éloge des langues anciennes, seules dignes de la politique et de l'histoire "^^ seules capables de développer les dons de nature et faire l'homme éloquent *.

1. \J' Institution du Prince a été publiée par M" Jean de Luxembourjî, abbé d'Ivry, imprimée à l'Arriuour, alîbaye dudict seij,''neur, par M" Nicole; Paris, 1517.

2. Au reste, le manuscrit primitif qui est à l'Arsenal, ne peut être postérieur à 1520, et, comme me l'apprend M. Delaruelledans une note qu'il me communique, c'est bien parce que le roi n'entendait pas le latin que Budé s'est décidé à se servir de la langue vulgaire. Toutefois les phrases d'excuses qu'on trouve dans l'édition ne sont pas de lui, mais de son remanieur.

Epistre lim., p 3. « Et ne suis si presumptueu.\, que je veuille estimer cestuy mien œuvre pour l'industrie que j'ay emploiée... ny aussy pour avoir gardé une grande propriété et élégance de la langue Françoise, de laquelle je me suis aydé en ce présent traicté le mieul.x que j'ay peu : car certes ie ne me pourroye, ni ne me vouldroye bonnement louer de toutes ces choses, et principalement de scavoir la purité

de la diction françoise Et davantaige, vous supporterés (avec vostre accoustumée

doulceur et bonté) les faultes qu'auroy commises, par ignorance tolérable : entendu mesmement que l'œuvre est faict en ce stile françois, auquel je suis bien peu cxevcité » (cf. 20 i). « En laquelle ie suis bien peu e.xercité, pour auoir plus donné de diligence, a apprendre les bonnes lettres, que a sçauoir curieusement parler celle, qui m'est naturelle et maternelle •> (p. 20 i).

3. « Les faictz, et dictz notables ont trop plus d'elegance, d'auctorilé, de venusteté, et de maiesté, et de grâce persuasiue proférés en langue Grecque, ou Latine, et se disent par plus grande signiliancc et ellicace, et reuerence des grandes sentences, ou notables, qu'ils ne font a nostre langue francoyse, ainsi qu'il est tout notoire entre ceulx qui ont cognoissancc suffisante desditos langues. »

4. Voir p. 89 : « I^u((uelle faculté de bien dire, avec la libéralité de Nature (qui est aysée à estre rendue docile) procède (sans nul doubte^ de multitude de science : Scauoir est, des Langues lettrées, ou excellence d'entendement instruict par Nature ingénieuse et par grande expérience.' Laquelle (en langue maternelle) ne pourroit en partie supplier la faculté de doctrine desdictes Lettres. » Cf. p. 91.

Le latin même ne sullit pas. Cf. encore au chap. i, p. 25. « Or il est ainsy, que entre tant de diverses sortes de Langues, ou manières dont les peuples usent separécment : Il n'est aulcunc mention depuis deux mil ans en <;a, que de deux <{ui sont excellentes, et en réputation entre les personnes de grande érudition, l^csquelles l'une est la Langue Grecque, par laquelle ont esté traictées et inslruictes de bons termes, pro|>os, divisions ou partitions (et le tout en merveilleux ordre et grande abondance) les libérales sciences de Philosophie tant naturelle que morale, et celle

qui apprend à disputer et A user de concions, sermons, cl rcmonstrances au peuple

elle est la plus ani|>le, et qui s'cstend le plus, la plus copieuse, et aflluente en termes, vocables et inllexiuns de noms, de verbes, et uultres parties d'oraison, qui concernent

Toutefois il y eut des défections dans le camp des hellénistes et des latinistes. Dolet, après avoir travaillé, comme il le dit au commencement de ses Epistres familières, pour acquérir « los et bruict dans la langue latine, ne se voulut efforcer moins a se faire renommer en la sienne maternelle francoyse ». Et pour cela il projetait, outre les travaux originaux, de traduire et imprimer « tous aultres bons liures, qu'il cognoistroit sortir de bonne forge, latine ou italienne, soit autheurs antiques ou modernes ' ». Fortifié par l'exemple des Italiens et des anciens eux-mêmes, il s'était appliqué à cultiver sa langue, et à composer des traités techniques : dictionnaire, grammaire, orthographe 2, malheureusement perdus aujourd'hui. En envoyant, en loi2, Fun d'entre eux à Mgr de Langei, il s'ouvre à lui de ses projets, et, soutenu plus qu'effrayé par la grandenr de la tâche, il en parle avec l'enthousiasme d'un Du Bellay, au point qu'on ne reconnaîtrait plus dans ce transfuge le dévot des anciens, qui devait mourir pour un passage, du reste apocryphe, de Platon 3.

Muret était beaucoup moins hardi, et, dans la Préface de son édition de Térence, il s'est plaint de ceux qui préféraient les langues modernes au latin '*. Mais néanmoins il en était venu à confesser que la nécessité d'apprendre les langues mortes était pour les modernes une cause d'infériorité \ 11 y a plus. Lui-même avait sacrifié aux Muses françaises, et fait des vers pieux, que Goudimel mettait en musique. Enfin, il avait associé son effort à celui des novateurs, et fait aux œuvres de Ronsard l'honneur de les accompagner d'un docte commentaire ^.

artifice, et invention de sçavoir en ce, qu'il convient fournir et remplira [sic) en tel ouvraige de toutes les sortes de Langues, et formes de parler dont nous avons congnoissance, ou dont il soit faicte mention, » etc.

1. Cité par Christie, Est. Dolet, p. 346 de la trad. française.

2. Dans la Préface de la. Man. de bien traduire, Dolet dit : « Depuis six ans. i ay composé en nostre langage ung CEuure intitulé l'Orateur Francoys, duquel a.uuie les traictcs sont telz : La grammaire. L'orthographe, Les accents, La punctuafion, La prononciation, L'origine d'aulcunes dictions, La manière de bien traduire d'une langue en aullre, L'Art oratoire, L'art poétique. Mais pour ce.,, que ledict Œuure est de grande importance, et qu'il y eschet ung grand labeur, scauoir et extrême iugement, ien differerayla publication (pour ne le précipiter) iusques à deux, ou troys ans. »

3. Voir Est. Dolet (Lyon, chez Dolet, 1542) : La manière de bien traduire d'une langue en aultre... A Mgr de Langei. Cf. ÏÉpistre au roy en tcte du Second Enfer

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