‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 37 sur 259 · Paris, Jacq. Bezé, 1600. in · texte numérisé non relu

Paris, Jacq. Bezé, 1600. in

i. Plutarque, De l'industrie des animaux, Irad. par Arnault Pasquetde La Rochefoucaud, 1357.

5. Les Six livres de Pedacion Dioscoride... de la matière médicinale, par Martin ^Ialhée. Lyon, Macc Bonhomme, 1559.

Uutoire de 2a laitgue française. II. 5

la consti|,ution des différents sols ou de lu nature des pierres. Mais il resta long'temps à peu près seul à cultiver ce champ.

Au contraire, en botanique et en zoologie, plusieurs hommes considérables se firent un nom aujourd'hui encore illustre. Quelquesuns sont étrangers : Fouchs, (jessner, Du Jardin ; mais la France compte Ruel, Rondelet, et surtout le créateur de la zoologie, Pierre Belon. Il serait faux de prétendre qu'aucun de ceux-là ait témoigné nettement de son désir de voir la science parler exclusivement français; tout au contraire, Belon a exposé l'utilité d'une langue internationale '. Et tous trois ont fait paraître tout ou partie de leur œuvre en latin. Toutefois, ils ne se sont montrés nullement dédaigneux de la langue vulgaire, et lui ont même fait une place plus ou moins grande.

D'abord ils se rendaient compte que toute étude botanique ou zoologique devait être précédée dune identification des plantes et des animaux, et des noms différents qu'ils portaient dans les difTérentes langues. Aussi Ruel, dans son importante compilation sur les plantes, faisait-il, dès 1539, une place aux noms français '-. Concession peu importante, je le reconnais, puisque des étrangers, comme Gessner, la feront aussi •^, et qu'elle était inspirée par les intérêts de la science, nullement par le souci de la langue même. Mais il y a d'autres faits à citer. Rondelet avait publié en latin son Histoire des poissons : ce fut lui-même qui poussa Laurent Joubert à la mettre en français'*. Enfin Belon ne resta pas toujours fidèle au latin : plusieurs de ses livres parurent, presque simultanément,

1. Voir les Porlrails d'oyseaux, animaux... Paris, Guil. Caveliat, 1557. « Une compajftiic d'Iiomnics villapeois,... un Hrcton, Basque Escossois... ne s'entrentcndroient l'im laulrc d'autant que la lan^çue de cliacun est cslrangcre i\ l'autre. Mais s'ils esloient hommes icltrez et qu'ilz parlassent le lanyuage lettre dont ion use en leur religion, alors chacun s'entrentendra parler. Combien donc est advantagé l'homme lettre sur le mechani({ue.

2. Voir In Hiielliuin de Slirpihns epilonie, rt/< ncres.ierunt volnliliiim, ffres.sibilium, pi.iciitin, et placentarum, inayis frequenliiim apud Gallius iwinina, pcr Leodegarium a Quercu. Farisiis, ap. Joli. Lodoicum Tiletanum, 153!). il traduit un nombre appréciable de mots : hioscyamos =^ jii.Hquiame ; lialiinttm = bUtnchepulain : hesperis = i/iniflee: hpplaphifllon = lt»rinenliUe, etc.

3. Calaloifits planlarum latine, griecc, rjermanicè et gallicè, Zurich. Le titre n^<^me est en quatre langues. Il y a des lacunes un peu déconcertantes. Ainsi ornus na pas de correspondant finançais. Le nom français est parfois lalinisé. (îe-ssuer renvoie souvent é Huel. Cf. (Uinimenlaires 1res excellons de l'hi/stoire des plantes, composez premièrement en latin par Leonarlh Kousch. médecin... Paris, Jac(pies (iaxeau, 1549 (privilège du 7 juillet 15 i7). Chacpie chapitre cnmmcnce par une élude du nom, souvent accompagnée de considérations étymologicpies.

4. I^yon, .\Iacé Monhomme, 155K. Tous les noms sont en français dans la traduction : harhote, cancre, esperltn, lauaret, loup ileitanij, ntoiile, perche, plie, raine, snnmnn, scolttpendrc, silure. Iriiilc, iimlilr rhi-nnlicr. vcron.

en latin et en français • quelquefois en français d'abord ou en français seulement; ainsi V Histoire naturelle des estranges poissons marins (Paris, looi, in-l) : les Obseruations de plusieurs singularitez... trouuées en Grèce, Asie, Egypte (Paris. Cavellat, 1555), traduites plus tard par l'Ecluse ; Y Histoire de la nature des oyseaujc, îo55, in-f", par Ben. Prévost : les Bemonstrances sur le default du labour et culture des plantes. Paris, Cavellat, 1558 (traduites aussi en latin par l'Ecluse).

On chercherait vainement dans ces divers ouvrages ime préface retentissante. L'auteur n'a visiblement aucune tendresse pour la science de ceux qui décrivent sans connaître, « sendîlables aux chantres de vieilles chansons, qui ne chantent que par usage, sans auoir la science de musique ». Il parle sévèrement de l'opinion vulgaire, qui tient lui homme pour savant à condition « qu'il sçache un peu de Grec, de Latin ou d'Hebrieu » : mais c'est très brièvement, et nulle part, que je sache, il ne se prononce sur la question de savoir si l'on devrait employer la langue vulgaire. L"ne seule fois il fait allusion à son désir de rendre service à la nation en lui donnant des li\Tes français; c'est dans la préface du récit de son voyage en Orient. Mais ces quelques lignes, très réservées, le paraissent encore plus quand on les rapproche du début de cette mènie préface, employé à féliciter le cardinal de Toumon de sa connaissance des langues -.

Toutefois, ce qui valait mieux que des épîtres, c'étaient ici les livres mêmes. Encore que V Histoire de la nature des oyseaux n'eût été mise en français qu'en attendant l'édition latine, elle n'en existait pas moins, et l'apparition d'un traité français d'ornithologie, qui, deux siècles après, devait encore être consulté par Buffon, était un progrès réel pour la langue.

1. Le De Aqaalilibas avait paru en 1553; il fut traduil eu 1555 sous le titre d'Histoire des poissons et sous deux autres encoie.

'2. Voir les Observations de plusieurs singularités. Paris, Corrozet, 1553. « A Mgr le C.vRr»i>AL de Toi-rxox,

» Ne voulant perdre ce repos et loisir duquel je suis a présent par voslre bénignité jouissant, j'ay cy réduit par escript en nostre langue les choses mémorables et singularitez, selon que les y ay obser^'ées et choisies ça et la, ainsi qu'elles m'ont semblé dignes de récit : afin de vous faire apparoistre que je n'ai du tout frustré votre intention. D'autre part, afin que nostre nation qui scait quelle affection vous portes à l'utilité publique, se sente aucunement du fruict de cette mienne pérégrination, dont vous estes authcur : et qu'un bien est d'autant plus louable qu'il est plus commun : j'ai traicté ceste mienne observation en nostre uulgaire François, et rédigé en trois livres, le plus fidèlement qu'il m'ha esté possible ; n'usant d'autre artifice ou élégance d'oraison, sinon d'une forme simple narrant les choses an vray ainsi que les ay trouvées es pays estranges : rendant à chascune son appellation Françoise ou il m'ha esté possible de luy trouver un nom «-ulgaire. •

La philosophie morale et métaphysique. — Le Roy, le grand traducteur dont j'ai déjà eu a parler, qui a le premier osé traiter de politique en français dans une chaire royale, a revendiqué aussi l'honneur d'avoir le premier écrit dans cette même langue un ouvrage de métaphysique '. C'était une illusion. Depuis trente ans, un certain nombre de versions avaient commencé à faire connaître la morale, et aussi la philosophie de Lucien, Plutarque et même Platon '. Si, en effet, YHipparchus de ce dernier roulait sur la « conuoitise de l'homme, touchant le gain et augmentation des biens mondains », VAxiochus, qu'on lui attribuait, s'élevait jusqu'à la discussion de l'immortalité de l'âme, et Dolet avait traduit en même temps les deux dialogues, à la suite de son Second Enfer. Simon Silvius, dit de la Haye, avait traduit à son tour le commentaire du Banquet, donné par Ficin (1316); Philibert du Val, le Criton (1547); François Hotmain^ï Apologie de Socrate (1348). Pontus de Tyard se trompait donc aussi, quand, dans son Second Curieux (1537), il estimait à son tour être le premier « n'y ayant personne qui l'eust précédé en philosophie, et de ceste façon ». La longue apologie qu'il a mise en tête de son ouvrage et qui n'est qu'un résumé agréable des espérances et des propositions avancées par tant d'autres, arrivait trop tard ^.

1. Phedon, à Paris, Seb. Nivelle, 1553. Il estime dans sa préface que « le labeur a esté grand a traitter premièrement en la lanj^ue Irançoise ces matières hautes, obscures et esloignees de rintelligencc commune des hommes ».

2. Tory avait traduit la Table de Cébès (152i)), la Mouche de Lucien (sans date), les Politiques de Plutarque (1530) ; Belleforest, /^ Honte tùcieuse du même (1554) ; Du Moulin, le Manuel d'Épictète (1546). Des Périers avait donné en 1541 le Lysis ! Héroct, en 15 S3, VAndrogyne ; Ciccron avait également commencé A passer en français.

Voir à ce sujet : Abel Lefranc, Le platonisme dans la littérature en France à Vépoque de la Henaissance (1500-1550); R. h. /., III, 1; et Ilenneberl, Histoire de la traduction au XVI' et au X VII' siècle.

3. Pontus de Tyard. Extrait dvi Second curieux, 1557, édit. Marty-Lavcaux, p. 234. « Sire, quand je commençay de composer ces discours, jauois de long temps preueu, quils ne pouvoyent estrc que difficilement bien escrils ou agréablement receuz en nostre langue. Car voyant les escrivains François n'auoir encores traicté en prose, que des recueils d'histoires ou Romans fabuleux, en (juoy ils aiioyent employé la façon de parler plus vulgaire et familière, comme leur sujet estoil vulgaire et familier : Je ne doutois point qu'il seroit mal-aisé de former un stilc de plus élevée et belle façon, pour dignement représenter cl exprimer les hautes et belles conceptions des Philosophes, ou que celuy qui s'y essayeroil ne renconlreroil promptement le jugement vulgaire en sa faveur. Jauois bien souucnance des difficultcz dcbalues sur semblable argument entre Varron et Ciccron, disertes lumière» de leur langue, qui, pour rapporter la philosophie (Irecquo on langage Latin, voulurent voire furent contraints, de s'eslevcr sur le stilc vulgaire, en danger toutcsfois point estrc leuz : Pour ce (disoit l'un d'eux), que les sçauans dedaignoroient les livres Latins, puisqu'ils auoicnt les Grecs : et que les ignorans, ainsi (ju'ainsi, ne les cntcndroyent pa«, traitant de choses taut difficiles, et maliéres si hautes. Je sçay que semblables parollcs se tiennent, quand on discourt de l'enrichissement du langage François, lequel ne iKsut être CHlimé de plusieurs François nicsmcs, digne

On peut admettre qu'il n'a pas connu le Cymbalam mandi^ ou que, l'ayant lu, il n'a pas découvert, comme les théologiens, le

ou capable d'estre employé plus hautement qu'au froid récit de quelques plaisans contes, ou à la plainte de quelque amoureuse langueur. Je n'ay recogneu que trop grand nombre de ceux qui. desgoutez des fruicts de leur jardin, recherchent pour appétit de plus grandes délices, les plantes estrangeres : en quoy leur gou.«t ne me semble procéder du plus sain naturel. Aussi pour la satisfaction du désir que j'ay de laisser à la postérité mémoire de la part des lettres que jauray cultiuées : je semeray en mon propre terroir, l'estimant autant capable de porter de bons fruicts, qu'autre duquel mon voisin me puisse accommoder. Et ne veux alléguer pour exemple imitable, les premiers Grecs qui ont honoré leur langage de toutes les sciences, comme Orphée. Hésiode, Homère, Hérodote, Hippocrate, Platon. Aristote, Xenophon, Demosthene. et les autres, precedens et voisins de leurs siècles, pource que l'on me respondroit qu'ils navoient peut-estre cognoissance d'autre langage que de leur maternel. Mais j'en nommeray d'autres pour le respect desquels cette exception ne sera point admise. Qui ne sçait que Plutarque. Ptolemee et Galen (non plus redevables aux lettres, possible que les lettres à euxi ordinaires au seruice des Empereurs Latins, et qui ont fait à Rome, en long séjour, monstre de leur gentil esprit et doctrine admirable, avoyent familière et bonne connaissance de la langue Latine ? Est-il à croire que Plutarque (surnommé par Eunapius, la Venus et la lyre de philosophie précepteur et familier de Trajan et Galen médecin d'Antonin, Comode, Pertinax et Seuere, fussent ignorans du langage duquel leurs Princes et ceux de leurs maisons se seruoyent en discours et entretien ordinaire ? Quand cela se tireroit en doute, plusieurs passages de leurs liures en seroyent très sufGsante preuue. Si donc ils auoyent l'usage en main de la langue Latine, pourquoy n'ont-ils en ceste feruenle deuotion de complaire à leurs Princes Romains, escrit en langage Romain ? La response est facile : qu'ils tenoient pour resolution véritable, le naturel estre touiours en l'homme, meilleur que l'artifice : et que chacun exprime en sa langue naturelle plus naïfuement les imaginations de son esprit qu'en un langage aprins. tant prompt et familier le puisse il avoir. Et de mon aduis celuy tesmoigne trop de son seruile et esclaue naturel, et combien il a la langue dure et misérablement empeschee. non sans tache de vaine ostentation, qui tasche de s'expliquer mieux en un langage estranger qu'au sien propre : mesmes entre ceux qui le sçauent entendre. Aussi ne voulurent ces doctes Grecs, faire part à leurs successeurs des belles sciences dont ils auoyent les esprits enrichis, qu'en la langue en laquelle ils se sçauoient si naturellement faire entendre, et si disertement. Chose que les Latins ne blasmerent et dont leurs concitoyens Grecs receurent honneur, leur en demeurant perpétuellement obligez. De mesme affection furent touchez les Latins de la plus belle marque : Caton f qui fort avancé d'aage apprint la langue Grecque), Varron, Ciceron. Salluste. César. Vergile. Horace, Ouide, et les autres de nature élégante, auoyent et les sciences et la langue Grecque à commandement : mais qui est celuy dentre-eux qui nayma mieux escrire en la sienne naturelle, qu'en celle qu'il avoii

acquise par laborieux et artificiel estude? Si donc en traitant diuers sujets, ils

ont hazardé l'entreprinse d'embellir de plusieurs et diuers changemens leur langage : et si après tant de crainte de n'estre leuz, et receuz, ils ont rencontré un plus heureux succès à la réception de leurs livres, proffit des studieux, honneur de leur langue et louable mémoire à la postérité : doiuent les beaux esprits François désespérer, de pouvoir à la fin trouuer la France fauorable. et penser qu'il ne se rencontrera personne gracieuse et respectueuse à leurs escrits? Suyuant les beaux exemples Grecs et Latins, il faut oser, et se bien-heurer d'un espoir que nostre langue receura de l'honneur et qu'elle en est capable. Vous serez en ceci seure guide et très belle lumière. Sire, qui tant ag^reablement et disertement y savez discourir de toutes belles et rares sciences, et qui en vers et en prose escrivez si nettement vos riches imaginations, que le doux stile duquel vous usez, emporte dignement le surnom de Royal. Et deura i l'imitation de V. M. la plus gentille et généreuse partie de la Noblesse, exercer son entendement, et se façonner l'esprit et la langue, et la plume, pour sçauoir parler et escrire ce a quoy nos devanciers n'ont possible attaini seulement du désir. Donc j'atten et Dieu ne vueille tromper ma preuoyance que ceux de nostre langue, ausquels les estraugeres ne seront point cogneués, et qui

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sens profond et caché de ces fucéties, ou enfin qu'elles lui on paru, même sérieusement interprétées, viser plutôt la religion que la philosophie. Mais, même en écartant Des Periers, Tyard avait eu un autre prédécesseur dans Ramus. C'est en 1556 que celui-ci avait fait paraître sa Dialectique, voulant, « à l'exemple et imitation des bons escholiers rendre sa leçon à la patrie, en laquelle il auoit esté engendré et esleué, et lui declairer en sa langue et intelligence vulgaire le fruict de son estude ' ». On sait la place que tint ce livre d'un révolutionnaire devenu, malgré toutes les oppositions, une sorte de classique. C'est la première manifestation d'une pensée h laquelle Ramus resta fidèle toute sa vie, celle de « faire retourner les arts libéraux de Grèce et d'Italie en Gaule ». La mort seule l'empêcha d' <( apprendre à parler françois a la Rhétorique, Dialectique, Arithmétique, Géométrie, Musique, Astrologie, Physique, Ethique, Politique ».

Sa Dialectir/up à elle seule le prouverait, puisque, dès 1556, il y avait hardiment répudié la langue comme les idées des docteurs. Mais, outre sa Dialectique, les conseils qu'il donnait à Forcadel d'enseigner en français les mathématiques, le regret qu'il exprimait ii l'Hospital et à Cujas, dans ses Scholse mathcmaticse (1567; livre 11, fin) « que les Français n'eussent que des myriades

toutesfois auront l'esprit doué de quelque studieuse curiosité, liront nos œuures, ne pouuans entendre les escrits des autres nations : et ne seront, croy-je, tant esblouïs d'entendement les doctes et exercez aux autheurs Grecs et Latins, qu'ils mesprisent dcdaif^neusement leur langafre et propre, et naturel. J'en conçoy une bonne espérance, voyant nos plus sçauans aimer desia et rcccrclier la poësie Françoise, pour ce fiucn ce genre d'escrire les François ont tant auancé au chaufrement du stile des rymi'urs qui les ont précédez de trente ans seulement, qu'ils semblent céder bien peu aux (irecs et aux Latins : et que quelques disei'tes traductions sont curieusement recueillies, et embrassées de chacun. Si donc quehju'un de nostre langue rencontre heureusement à expliquer les beaux discoiu-s de la Pliilosophie, ^plus disertemeiil, a'^^greablement et mieux que quehjue Amal'anius ou Habirius. les François seront-ils tant iniijuement enuicux, qu'ils ne prestenl aux leui*s les mesmes ou semblables heures, lesquelles ils veulent bien employer à la lecliu'e des estrangers ? Voudront-ils pas permettre, (jue la prose s'esleve sur le stile bas» cl rampant des premiers, comme ils appreuvenl, honorent, et chérissent les beaux vei-s des poètes de ce temps, tant eslevez dessus les rymes de leurs prédécesseurs Knnies et Lucilles? Cest espoir ma donné courage, et m'a l'ait oser escrire le premier, n'y ayant autre que je sçaclie, qui m'ait précédé en ce sujet de Philosophie, et de cesle façon. Que si ce n'a esté assez suf'iîsamment pour endoctriner, ny auec autant d'ornement qu'en requiert la matière, ce deura avoir esté assez pour inciter les autres A mieux faire. »

1. Kn Avignon, Harth. Bonhomme, 1556. Préf.. p. 10. Dans sa (îrammaire, A chaque instant, il est traité des qualités de la langue française. Voir p. .1t». •■ le sens mon cueur fort csiouy d'entendre (|ue nostre France soit si élégante nu pris des nations que nous estimons les ])lns facondes du monde, et au regard descjuelles no«is iugeons nostre patrie comme sauuaige et agreste. » ('f. p. 10. « Oste prolation est ung aullre argumenl de la suauit:'- de nostre langue. >• Cf. p. 51. •< langue, dyie, loiijibli- «ur toutes langues pour'^on .xiellenle bcaulc et duulceur. »

de lois rédigées dans une langue étrang-ère », prouvent bien qu il avait vu depuis longtemps, et dans toute son étendue, l'œuvre à accomplir. Et, s'il la plaçait sous le couvert de l'initiative royale, c'était surtout, j'imagine, pour rappeler aux Majestés qu'un si grand bien « n'estoit pas moins digne de leur ambition, que le bonheur d'amplifier leurs monarchies de grandes conquestes et dominations ».

On sait et on verra dans cette histoire que, peu à peu, l'exemple de cet hétérodoxe commença d'être suivi, mais avec quelles hésitions ! L'obscur traducteur de Pierre Coustau, Lanteaume de Romieu, ose à jDeine donner les narrations philosophiques, craignant les objections qu'on avait faites à Cicéron ' ! et Montaigne redoute de confier sa pensée à un langage qu'il trouve suffisamment « gracieux, délicat et abondant, mais non pas maniant et vigoreux suffisamment, qui succombe ordinairement à une puissante conception », et qu'on sent « languir et fléchir sous soi », pour peu qu'on « aille tendu - ». Il n'est pas impossible que d'autres aient eu un scrupule d'autre espèce, analogue à celui des théologiens, et n'aient craint de dévoiler au public des secrets dont il pourrait abuser. On en retrouve encore l'écho dans VOrgane de Du Fresne qui se défend d'avoir livré au vulgaire un outil dangereux.

En tout cas, le mouvement fut lent, et la philosophie française de la fin du xvi* siècle compta plus de traductions que d'oeuvres originales. La disette dont parle un contemporain "* continua, tandis que le langage latin « acheuoit de se remplir jusqu'aux bords ». Il faut arriver jusqu'au terme de la période pour y rencontrer l'œuvre magistrale de Du Vair. Le traité de la Sagesse de Charron commençait seulement à s'imprimer en 1600. En réalité, malgré des esprits hardis, on n'était point parvenu encore à s'affranchir de la pensée et de la forme scolastique.

1. Le Pe(jme. de Pierre Cnnstau, avec len narrations philosophiques, mis de Laliu en Francoys parLaiitcaunie de Homieu. ^'cntilhomme d'Arles. Lyon, Macé IJonliomnie, 1560. Au. jiriuilcfîc.

« Au Lecteur Salut. Il fut un tems, ami lecteur, que je pensois auoir assez fait, t'ayanl baillé en notre lanj^ue les vers Latins de l'auteur : laissant les Narrations Philosopliiques en un tems de plus grand loisir. Et me métois deuanl les yeux ce que plusieurs obietoient à Ciceron, quad il s'efTorçoit de traitter en sa lanj^ue, et quasi doiuier la bourf,'eoisie de Homme à la philosophie, qui de l'âge de ses pères auoit pris et sa naissance et son entretien en Grèce : luy alleguans que cens qui sauoicut en Grec ne liroient ses liures, pource quilz aymeroient trop mieux chercher les fonteines : et d'autre part qui ne seroit versé en ladite langue, ne toucheroit point à ce qu'il ne pourroit entendre sans la langue et discipline des Grecs. »

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