CHAPITRE I ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET D UNIFICATION DE LORTHOGRAPHE
Premiers essais de réforme ^ — Geoffroy Tory, avait, dans son Champfîeury, réclamé l'emploi des accents^, de la cédille 3, de l'apostrophe ^.
Il mit ces réformes en pratique dans Y Adolescence Clémentine, imprimée par lui le 7 juin 1533. Il y annonce <( certains accens notez, cest assavoir sur les e masculin différent de féminin, sur les dictions joinctes ensemble par sinalephes, et soubz le ç quand il tient de la prononciation de le s, ce qui par cy devant par faulte d'avis n'a este faict au langaig-e francoys, combien quily fust et soyt très nécessaire ». C'est la première tentative faite pour améliorer l'impression.
Dans le cours de cette même année 1533, ces signes nouveaux furent admis dans la Briefue doctrine pour deuement escripre selon la propriété du langaige francoys'^.
1. Dans ce chapitre, en raison de la nature du sujet, je ne me suis pas permis de changer quoi que ce soit à l'orthographe des textes.
2. X En nostre langage francois, n'avons point d'accent figuré en escripture, et ce pour le default que nostre langue n'est encore mise ne ordonnée a certaines règles comme les hebraique, grecque et latine (52 r"). »
3. « C devant O, en pronunciation et langage francois, aucunesfois est solide comme en disant coquin, coq, coquillard. Aucunesfois est exile, comme en disant garçon, maçon, francois et aultres semblables (37 v»). ••
i. « Je dis et allègue ces choses icy afin que sil avenoit quon deust escrire eu lettre altique telz mètres ou le S doibvroitevanoyr, on les porroit escripre honneste-
mcnt et scientement sans y mettre la dicte lettre et escripre un point crochu au
dessus du lieu ou elle debvroit estre(56 V). >>
5. Voyez Bernard, Geoffroy Tory, 2* éd., p. 176. La priorité de Champfleury, dont le privilège est du 5 sept. 1526, et qui a été commencé en 1523. est incontestable. Toi y n'a pas eu le mérite d'inventer ces signes, mais l'idée de les introduire dans les imprimés. Il est peu vraisemblable que Jean Salomon, dont parle M. Bernard d'après
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Dubois, après Tory, demanda quelques simjjlifications '. Il était en particulier l'adversaiie de cette multiplication des y ^recs, que la calligraphie, peut-être aussi, dit-on, l'intérêt qu'avaient les scribes à gâter beaucoup de papier, avait développée. Le g après les nasales, particulièrement dans ung^ lui paraissait déplacé, malgré la prétendue nécessité d'éviter la confusion entre vn et vii (sept). On sait qu'il est allé beaucoup plus loin, et qu'il a proposé un véritable système de graphie. Certaines inventions en sont visiblement inspirées du désir de distinguer dans l'écriture des sons distincts dans la prononciation. Mais d'autres proviennent d'une superstition étymologique excessive. Ecrire poisser par un c pour rappeler picare, lisons par g, à cause de legimus, c'eût été, pour peu que le système s'étendît un peu, créer au français une écriture à deux lignes, française en bas, latine en haut.
Dolet n'est pas un révolutionnaire comme Sylvius. Néanmoins, il était, lui aussi, comme il le dit dans son Traicté de Vaccenluation française, désireux de « reformer la maulvaise coustume d'escrire peu a peu » (p. 29). La mort ne lui laissa pas le temps de nous donner dans son Orateur sa pensée définitive. Du moins nous avons gardé les indications les plus importantes '-'. Nous n'usons pas tout à fait comme Dolet de tous les signes qu'il a proposés, nous les avons en partie conservés. Il faut ajouter qu'il a contribué à régulariser l'emploi de l'apostrophe, qu'il connaît et approuve, et que, d autre part il s'est opposé à l'introduction d'un accent enclitique, que nous marquons, nous, par un trait d'union, qu'au xv!*" siècle on voulait figurer par ' : fairas'tu cela^ ?
le ms. de Bourges, soit autre chose que le rédacteur de la Briefve doctrine. M. Katlein, dans une thèse présentée oralement à la P'aculté de Paris (1902), a attribué l'opuscule à Honav. Des Périers. La diCficiillé i,'it en ce que le petit livret renferme sûrement des pièces de plusieurs mains. Il émane en tous cas de l'entourage de la reine de Navarre.
1. 11 existe un petit livre intitulé : « Treaulile et côpendieulx (raicle de l'art et
gcience dorthographie (ùillicane > (A la fin Imprime a Paris pour Jelian SaTt
Denis, libraire En tête une épître à Jacques d'.\oust, builly d'Abheville, 22 sept.
1529). M. Didol n'avait pu scie procurer. L'unicpie exemplaire «lu'on connaisse appartenait à la collection Veinant ; il était passé de là dans celle du comte de Lignerolles, et a été vendu récemment, sans que j'aie pu en prendre connaissance.
2. La manière de bien traduire d'une langue en aullre D'advantage De la punctuation de la langue française plus Des accents d'ycelle. Le tout faict par Ksticnne Dolet natif d'Orléans. A Lyon, chés Dolet mcsnie. mkxi.. Avec privileige pour di.\ ans. Kntre autres choses il propose de « signer A pour l'opposer A a {hahet}; de martpier e masculin d'un accent aigu : volupté, et au pluriel voluptés au lieu de voluplez. Il demande un signe de conjonction * et un signe de séparation " (/>aïr«, poète).
3. Cf, Gauchie, Grani. Uallica, 1570, p. 57. « Adhibent oblongam lineam ad compo- «itionis partes uniendas, et maxime cùm verbo tertiie persunie singulari nomcn adjicilur, ut : un mouche nez... un houle-feu, le porlepanivr... Nec us(|uiim aptius usurpatur, quàm iil)i dim iininitiM pi-D xiini)!!»'! Icrinitu» et rc imii ncccplii ropiiliit.
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De bonne heure la question orthographique avait donc été posée, et elle préoccupait déjà plus ou moins, en dehors même des imprimeurs et des grammairiens, tous ceux qui avaient souci de faire du français une langue cultivée. On le voit bien aux hésitations d'Olivetan, qui cherche en vain une règle, balancé entre la prononciation, l'usage et l'étymologie ', et qui suit les tentatives de J. Svlvius, espérant qu'on « prononcera en ceste matière quelque arrest qui soit de tenue » (1335). J, de Beaune (V. Bévue d'hist. litfér., la avril 189o, p. 242) fait aussi allusion à l'infériorité qui résulte pour notre langue des contradictions de l'orthographe, (( certains mots s'escrivant d'une sorte et se prononçant d'une autre, comme cscolle, escripre ». Ailleurs il s'étonne que « nous usons en l'orthographe de lettres grecques ».
Meigret. — C'est Louis Meigret qui a eu le mérite de voir l'importance du problème et de le poser dans son ensemble. Les livres ou opuscules qu il a consacrés soit à la critique du système usuel et à l'exposition du sien propre, soit à la défense de ses idées, quand elles furent attaquées, sont nombreux -.
Si on en croit une phrase de sa réponse à la réplique de des Autels (p. 48), il avait songé à constituer la nouvelle écriture dès 1530
veluti. Gentil-homme, pro eo quem nobilem nominamus. Verùm haec et similia satius esset compositorum aliorum more scribi. quandoquidem pluralis formatio sit in poslerioris partis terminatione, ut an boiilefen, deux boalefeiix.
1. Il s'est « accomode au vulgaire le plus qu'il a peu : toutesfoj-s que icelle soit bien mal reiglee. désordonnée et sans arrest... Aucuns es motz qu'ilz voyent naistre du Latin, ou auoir aucune conuenauce. y tiennent le plus de lettre de lorthographe Latine quils peuuent pour monstrer la noblesse et ancestre de la diction. Toutesfoys que a la prolatiou plusieurs de telles lettres ne se profèrent point. Dautres ont escoute la prolation vuljraire et ont la reigle leur orthogi'aphe, non ayant esgard a la source Latine. le me suis attempere au.\ ungs et aux autres le plus que je l'ay peu, en ostant souventesfoys d'aucunes lettres que je veoye estre trop en la diction, et laomant d'aucunes que ie coçnoissoye faire besoinp : affin de monstrer parce l'origine de telle diction, laquelle autrement sembloit estre incogneue. »
2. Traité touchant le commvn vsage de l'escriture Françoise, faict par Loys Meigret Lyonnois : auquel est débattu des faultes et abus en la vraye et ancienne puissance des letres. Paris. lDi2. in-4 (Sainte-Geneviève, Rés. X, 325 ; Bib. nat. Res. X. 918 . .\bréviation. Trait. Le même, 1545.
Le menteur, ou l'incredvle de Lucian traduit de Grqc en Fràçoçs par Louis .Meigret Lionoqs. auqq vne ecrilture q'adrant à la prolaçion Franço^ze : ç /çs rçso/is. A Paris chés Chrestian Wechel ; à la rue sainct Jaques, à lescu de Basle. MDXLVIII. Abréviation : Ment.
Defqnses de Louis .Veigrqt tovshant son Orthographie Françoçze, contre l^s censures ç calùnies de Glaumalis du Vezelet, ç de s^s adherans. A Paris, chés Chrestien Wechel, à la rue sainct Jean de licauuais. à l'enseigme du Chcual voilant. M D L. Abréviation : Def.
La réponse de Louis Meigrqt a l'Apolojie de Jàqes Pelletier. Ib.. M D L. Abréviation : Rep. Ap.
Réponse de Louis Meigret a la dezesperée repliqe de Glaomalis de Vezelet, transformé çn Gyllaome dt^s Aotels. A Paris chés Oirestien Wechel, à la rue Sainct Jean de Beauuais, à l'enseigne du Cheual volant. M D LI. Abrévation : Rep.
environ, c'est-h- dire en même temps que Svlvius, dont on s'étonne moins dès lors qu'il n'ait pas cité le nom •. Préoccupé du dommage que le désordre causait à la langue française aux yeux des étrangers [Ment., p. 3), désireux aussi d'augmenter la facilité de la lecture, de procurer au "c écrivains épargne de papier, de plume et de temps, il ne s'arrête point à des demi-mesures, que son tempérament semble du reste avoir peu comportées. A son gré, « nous escriuons ung langage qui n'est point en usage, et usons d'une langue qui n'a point d'usage d'escriture en France » [Trait., o2)'-. Au contraire l'écriture n'a qu'un rôle dans une langue bien faite : celui de traduire le langage parlé.
Dès le début de son traité (3), il pose avec une extrême netteté ce principe qui renferme toute la suite : « La letre est la note de l'élément, et comme quasi une façon d'image d'une voix formée... Et que tout ainsi que tous corps composez des elemens sont résolubles en eux, et non en plus ny moins : Qu'aussi tous vocables sont résolubles es voix dont ilz sont composez. Parquoy il fault confesser que puis que les letres ne sont qu'images de voix, que l'escriture deura estre d'autant de letres que la prononciation requiert de voix : Et que si elle se treuue autre, elle est faulse, abusiue, et damnable. » Quintilien l'a dit déjà et c'est la raison même, « l'uzaje de l'ecritture branle soubs çeluy de la prononçiaçîon ; les lettres ont çté inuçntees pour rapporter Içs voçs -^ » . Il ne s'agit d'être ni hébreu ni grec, ni latin, « il ne vous fault que la prononciation françoise, et sauoir la puissance des letres, sans vous amuser à l'orthographie des autres langues » [Trait., 26).
On comprend que, partant de cette doctrine toute rationnelle, Meigret découvre du coup tous les vices de l'orthographe de son temps, qui ont du reste subsisté, au moins en partie, dans la nôtre. Ces vices sont au nombre de trois : u diminution, superlluité,usurj)ation d'une letre pour autre ».
Diminution. C'est quand l'écriture « default d'une, ou de plusieurs letres, ex : chef, cher, esquelz indubitablement nous prononçons
1. « Il n'y a qu'environ vint, ou vint q un an, qc prcmicremt;nl jo fis le trçtlc de l'ccrilturc Kranvo<;ze : corne pourroi;! bien lemofter qchjes imprinuMirs, qin'<,Mi oierct «.•ntreprçdre l'impression : parce qui! louvl><,'t t"" k ^^^^ <'*^' '" pl*""«'. <,' q«' 1« "ou veaolé de l'ecritture I«;h etonoijl. Puis dis ans a, ou envirô, <|e ,Jau()t l'imprima selO l'anviennc coutume d'écrire, crcftant (l'aolrement il ne fût trouvé trop etrfljc. »
2. Je compte les pajces qui ne sont pas numiVotées, A partir du prt>ème, où je marque 1, cl je suis «triclement l'ortlioffraphe <les dilTérents textes.
.'». Ment., p. 6. Cf. : « Quant a mo*; je suis d'auis. qe tout deura çlr' écrit, selon qo par la continue il sone, car l'uzaje dçs lettres ql de fcni^^"'' 1» voçs, q qe com' un dcpÔR ^llcs la r(,>ndet aus lecteurs. » Ibid., p. b.