ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET D UMFICATIOX DE L ORTHOGRAPHE
la diphtongue ie... » Mais « ce vice n'a pas tàt ancré en notre escriture, qu'ont faict les deux ensuyuans ' ».
Superfluité. « L'escriture secondement peut estre mauvaise quant elle est composée de plus de letres que ne requiert la pronôciacion : par ce que telle escriture donne occasion de faire faulse lecture, et de prononcer voix qui uest point au vocable. C'est ung vice si grand en nostre langue françoise qu'il n'y a letre quasi en l'alphabeth dot nous n'abusions quelquefois par superfluité -. » A, b, c, d, e, f. g, i. 1, o, p, s, t, V, X, se rencontrent à chaque instant où on les pourrait supprimer. La clairvoyance du critique va ici plus loin qu'à la constatation même des faits ; il entrevoit que ces lettres superflues finiront par s'imposer à la prononciation et la dénaturer"*.
Usurpation dune lettre pour une autre. « C'est, quant vne letre ou plusieurs vsurpent la puissance d'une autre, veu que c'est occasion de faire lecture d une voix pour autre, et par conséquence mauuaise et faulse prononciation... » Nous corrompons ainsi « celle du c, qui ne deut estre employé qu'en semblable puissance que le A% duquel toutesfois nous vsons en son d'«, comme en/açon, français » [Trait., p. 7).
Il suffirait déjà des observations que je viens de résumer, pour montrer quelle est la sagacité de Meigret ; elle ressort bien plus vivement encore, si on en rapproche les théories contraires, telles par exemple qu'on les trouve résumées par la bouche de Th. de Bèze, dans le Dialogue de Peletier du Mans. Aux yeux de celui-ci, toute réforme, bonne tout au plus à ébahir et dérouter les Français par le changement d'usage^, sera gênante pour les étrangers, à qui elle ôtera le moyen de saisir le rapport des simples et des dérivés^.
1. Trait., p. 5. Un des exemples le plus souvent allégués est celui de aymeil pour ayme-t-il. De Bèze, dans son Traité de Li prononciation, trouve encore qu'il serait ridicule décrire le t. Peletier du Mans n'ose pas faire soutenir à Dauron que cela serait nécessaire \^Dial. de L'orlh., p. 126. Cf. plus loin Morphologie, Flexion du verbe).
2. « Il y a superfluité de l'a, en aorné. du h. en debaoir, du c en inûniz vocables, comme faict, parfaicl. dict. Du d. comme aduis, aduerse, de l'e en battera. mettera. de Vf en hriefuemèt, du g comme vng. besoing, de Vi comme à meilleur, de II comme defaull, et autres iniinis... de Vo comme en œuure. du p comme escripre, ^script, et autres infmis. de l's comme en estre. hnnnesle, et autres presque innombrables, du ( comme en et copulaliue. en faicts. dicls. vent.<i. et en tous les pluriers du participe présent, du i; comme en la diphtongue ou qui n'est point françoise. Au refrard d'x final, comme en cheuaulx, loyaulx, il n'est point françois. »