‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 49 sur 259 · ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET DLMUCATION DE L ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET DLMUCATION DE L ORTHOGRAPHE

d'autres ; ils « ont de coustume de se remparer et fortitier, pr rement de lusage comme d'ung Bellouard imprenable, et hoi^ toutes batteries. Secondemèt ils ont pour renfort, que pour marquer la differèce des vocables, il n'v a point de danger d'abuser d'aucunes letres. Tiercement ilz s'efforcent de défendre la superfluité des letres pour monstrer la derivaison, et source d'ung vocable tyré d'une autre langue : craignans à mon ad vis d'estre blasmez d'ingratitude, si autrement ils le faisoient ».

En vérité, aucune de ces raisons n'a de poids. On invoque l'usage, mais l'usage qui a puissance « qazi tçlle q'une loç » c'est celui qui est « joint a la rçzon » {Ment., p. 6). Celui qui est « sans ordre et sans r^zon » n'est pas l'usage, c'est l'abus. Or, cet abus ne peut être mis en balance avec la raison, souveraine maîtresse en toutes choses ; quand nous lui obéissons, nous ne devons avoir « égard, ny a nous vsages, ny à ceux que nous tenons de tout temps, et qui semblent auoir esté de tout iamais : car la vertu et la rayson doyuent tout dompter' ».

On invoque d'une manière aussi vaine le besoin de marquer les « dérivaisons ». On dit que « nous sommes tenuz d'escrire quelque marque de deriuaisons quant nous tyrons quelque vocable d'une autre langue, comme par vne manière de reuerence et recognoissance du bien que nous auons receu en faisant tel emprunt [Trait.j 15-16) ». Mais il n'y a aucun crime à ces emprunts, qui ressemblent à celui « qu'vng peuple fait des bonnes loix, et coustumes d'une autre nation. Parquoy il n'y a point de dommages : mais au contraire vng merueilleux gain de gloire, et honneur pour la langue de qui on fait l'emprunt (16) ». Aucun peuple ne s'en est privé et n'a songé pour cela à déformer son écriture. Il est juste de reconnaître ce qu'on doit au latin, quand l'occasion s'en présente, comme quand on fait une grammaire, mais non quand on écrit ^. Au surplus, quand même nous nous y serions obligés, la convention « se pourroit maintenir nulle, comme qui est faicte contre les loix et ordonnances de bien escrire ». Or « il n'est point de bienfaict si grand qui puisse obliger à mal faire, ny faire chose sotte (17) ». Enfin si tant est que des lettres superflues doivent rester dans les mots français, pour témoigner de leur origine ancienne, il semble qu'alors <( la loy deut estre generalle. Comment doncques nous

1. Trait., p. 9. — Dauron, dans les Dial. de Peletier du Mans, attaque de même Tusage comme contraire à la raison, inconstant, et formé par des jrens sans autorité (p. R2 et suiv.).

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