II, 13-17, BI
2. rt Quant à l'Orthographe, i'ay plus su^-uy le commun et anliq"vsai§re, que la Raison, d'autant que cete nouuelle imais légitime à mon iugement) façon d'écrire est si mal receue en beaucoup de lieux que la nouueautc d'icclle eust peu rendre rCEuure, non gueres de soy recommendable, mal plaisant, voyre contemptible aux Lecteurs » (Deffence, Au lecteur, 164. P.).
n Jay peu curieusement regardé à l'orthographe, la voyant aujourdhuy aussi diverse qu'il y a de sortes descrivains. Japprouue et loue grandement les raisons de ceux qui l'ont voulu reformer; mais voyant que telle nouveauté desplaist autant aux doctes comme aux indoctes, j'aynie beaucoup mieux louer leur intention que la suyvre, pource que je ne fay pas imprimer mes œuvres en intention qu'ils servent de cornets aux apothicaires, ou qu'on les employé é quelque autre plus vil mestier » (Du B.. Olive, 2* édit. Préf.).
Hitloire de la langue française. II. a
114 HISTOIHK DE LA LANGl E FRANÇAISE
un trésor d'écrits qui composent encore la lecture non seulement des érudits, mais des hommes cultivés. Après la défection de Ronsard, Meigret était vaincu, et ses successeurs avec lui 11 abandonna lui-même sinon ses convictions, du moins son écriture ^
Les SUCCESSEURS de Meic.ret. — Il ne faudrait pas croire qu'une fois Meigret rangé à la commune opinion, la querelle orthographique se soit trouvée apaisée. La discussion une fois ouverte se continue après lui, ou sans lui, quand, découragé il a renoncé ù la lutte. Sans doute, en 1555, la cacographie usuelle avait la victoire, mais cette victoire ne cessa plus jamais d'être disputée.
Je n'ai pas l'intention de suivre en détail l'histoire de ces discussions. Nous y reviendrons à d'autres moments décisifs. J'indiquerai seulement brièvement que, malgré la confusion apparente, il y a dans la suite du xvi*' siècle, trois grands partis en matière d'orthographe, entre lesquels des indécis ou des conciliants établissent des rapports, mais qui n'en sont pas moins nettement divisés. Ce sont, si l'on veut me permettre — ce qui a déjà été fait — d'emprunter les noms à la politique : les révolutionnaires, les progressistes et les conservateurs.
Si on consulte les livres imprimés, ce dernier groupe est évidemment le plus nombreux; il a pour lui, comme en toute chose, non seulement les indifférents, les timides, tous ceux qui ont la superstition ou le respect du passé ou du présent, mais tous les auteurs qui ont peur de ne pas être lus, et — puissance bien plus considérable encore — tous les imprimeurs qui placent au-dessus de tout le souci de ne pas rebuter le lecteur et de conserver quelque valeur à leur stock. Ces derniers vont jusqu'à résister à la volonté formelle des écrivains, et on voit des hommes de l'autorité de Laurent Joubert, quasi obligés de contraindre les libraires à s'écarter -des coutumes reçues 2.
Toutefois, je ne voudrais pas présenter l'armée des fidèles de la vieille orthographe comme plus mal composée qu'elle ne l'éUùt, ni comme inspirée seulement par des idées mesquines ou étroites. Il
1. Dans son Discours Iniichanl la création du monde, Paris. André \\'ocliel, 1554, il dit : « Si le baslimciildc l'escripturc vous semble autre et dilTercnl de la doctrine qu'autrcfnifl ic mis en atinnt, hlamc/. en l'iniprinieur qui a préféré son t^ain a la raison, «sperant le faire beaucoup plus granl et iiuoir plus prompte depesclie de sa cacographie que de mon orthographie. ■> Dans sa traduction du traité de 1557 des /'roporlions du corps humnin d'Albert Diirer, il n'y revient pas.
2. i'clelicr du Mans raconte des choses analogues à propos de l'impression de ses Poésies, dans son premier livre de l'orthographe (Dial., p. 36-37). l)es Autels luifnèmc déclare ne recevoir certaines superlluités cpic par force, en laissant faire aux imprimeurs i leur plaisir (/?ep. h Meigret, 55).