‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 57 sur 259 · ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET D UNIFICATION DE L ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET D UNIFICATION DE L ORTHOGRAPHE

€st certain que, tout à l'aile droite se trouvaient quelques sots, de ceux qui eussent volontiers écrit du français en grec ou en latin. De ce nombre était Périon'. Hanté d'hellénisme, le pauvre moine, comme l'appelle H. Estienne, eût volontiers obligé ses contemporains à écrire tuer, oignon, jambe sous la forme thuer, onnyon^ gambe qu'il adoptait lui-même, parce qu'il croyait ces mots venus de 6j£'.v, •/.;c;j.;j.j{Ôv, /.x-x-t,. Mais au centre, à côté de ces exaltés qui demandent une révolution en arrière, se trouvaient des hommes dont la science et le jugement sont hors de conteste, comme Robert et Henri Estienne adversaires de la « maigre orthographe- ». Parmi les théoriciens qui ont soutenu la nécessité de maintenir la tradition, il faut citer d'abord A. Mathieu : toutefois sa pensée, souvent entortillée et obscure, est en outre très changeante '^, et il ne mérite guère qu'on s'arrête à lui. Au contraire, il est impossible de ne pas signaler là la présence de Théodore de Bèze, opposé presque à tout progrès, si du moins Peletier du Mans ne Ta pas trop calomnié, en le chargeant dans son dialogue de défendre la cause des étymologistes, et en lui faisant dire plutôt « plus que moins ^ ». A citer encore dans les mêmes rangs Estienne Pasquier ^, et le jurisconsulte Papou.

1. Joachimi Perioniibenedictinicormœriaceni Dialogornm de linguœ gallicx ori- (fine. ejuxqaecum grseca cognatione, libri IV. Parisiis, apud Sebastianum Niuellium,

2. Dans la préface de sa Grammaire, Robert Estienne se prononce contre les novateurs en fait dorlhographe.

« Nous n'en voulons debatre avec eulx, ains les prions qu'en paix ils mettent peine de mieulx faire sans changer la plus comune et receue escripture, prononliation et manière de parler conforme au langage de nos plus anciens bien exercez en nostre dicte langue » p. 4).

Voir pour H. Estienne, Hypomneses de l. gall., 79 et suiv.

3. " Mais pour telle conséquence de letres. je ne veulx pas reprandre l'usage •descripture en francoys de superfluité ou redondance et la changer au plaisir d'aucuns nouveaux, qui en cela n'escripvent à d'autres qu'a eulx mesmes, et tant s'en faut qu'ils soyent receuz et ensuyviz qui ne sont leuz ny entendus du commun » (Mathieu. Sec. Dev. 1560, 11 v). Les raisons de Mathieu ne sont pas toutes théoriques, il craint surtout l'insuccès : « Les gens qui proposent une nouvelle manière d'écrire, ne jugent pas qu'ils entreprennent combat alencontre de la nécessité. Telle nécessité, c'est la Chancellerie de France; sont les cours du Parlement; sont les justices souveraines et ordinaires. Eu ces lieux lescripture telle qu'elle est tient la force, tient le hault et la majesté. Parquoy c'est mocquerie à un petit compaignon, quelque ■suport qu'il ait. et quelques allez qui le suyvent, de soy préparer à l'encontre de telles forces >> {Devis.. 2 v, cf. 3 r»).

4. De Bèze, dans son Traité de la prononciation, admet quelques réformes. Il blâme des lettres étymologiques : le g de cognoistre. le c de auecqnes-, il est pour la distinction de l'n et du r, pour celle des dilTérents e, etc. Toutefois dans la préface ^'Abraham sacrifiant, paru en 1550. il avait attaqué violemment Meigret.

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