HONORAT RAMBAUD. — DECLARATION DES ABUS
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ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET d'lMFICATION DE l'oRTHOGR APIIE 119
a comme moutons accoustumés de porter la sonnaille », se trouvait, je l'ai dit, un tiers parti, de réformateurs progressifs, où les timorés touchent presque à Pasquier et à Bèze, dont les hardis seraient presque à mettre parmi les grands novateurs.
Garnier* se plaint amèrement à plusieurs endroits de son Institution de la langue française des lettres inutiles et se réjouit de leur suppression. Le poète Cl. de Taillemont est presque avec son compatriote Meigret, dont il admet du reste un certain nombre de propositions 2.
Laurent Joubert « ne change pas de lettres, ne les charge d'acsans, ne les marque de crocs, autremant que fait le commun ». Il retranche plus qu'il n'ajoute, et simplifie, mais sa méthode est peu rigoureuse ; ainsi il conservera Vy grec à la fin des mots ' moy), n'osant faire « des retranchements tout à un coup afin qu'ils ne soient trouvés si estranges » ^.
Dans cet entrecroisement de projets, rien de définitif ne parvint à prévaloir. Le xvi® siècle n'arrive nulle part h édifier un bâtiment durable. Il est vrai qu'aucun des siècles qui ont suivi n'a mieux réussi en cette matière. D'Aubigné avait déjà vu qu'il fallait un coup d'Etat : « Les raisons n'ont point manqué à ceux qui ont voulu et qui veulent encor establir ce changement en leur langue naturelle. Le seul default qu'il y a, c'est d'autorité : il y faloit celle
1. Institutio gàllicx linguse... Marpuf^^i Hessorum, ap. J. Grispinum, 1558, in-8. Cf. Livel, La Gram. et les grammairiens au XVI' siècle, 272.
2. La Tricarile, plus quelques chants, an faveur de pluzieurs Damnézelles, parCdc Taillemont, Lyonoes, L. J. Temporal, 1556, in-8. Avertissement. Taillemont admet des accents, j^raves pour les brèves, aij^us ou circonflexes pour les lonj^ues. Il laisse au g le son dur et le fait suivre d'une apostrophe pour lui donner la valeur de j. Il adopte l'( barré de Peletier pour les e muets ou atténués, supprime u après q, mais, ^arde le c dur au lieu de q dans cœur. Cf. Texte, Note sur la vie et les œuvres de Cl. de T. (Bulletin histor. et philol., 1894).
3. Il écrit e ouvert par (j et as : parfej, laequels; o lonj^ par ô, au lieu de os : tôt, admet la distinction du j et de Vi, de lu et du v, note le g doux par / : jans ; recommande le trait d'union ; substitue le c au t dans narracinn, rejette le ç, mais le transcrit par s, réduit eu à « (sur. emu). Les lettres étymoloffiques sont en partie supprimées (pront, colère, sutil) (Joubert, Traité du ris. Paris, Cliesneau, 1579, p. 300, Annotacions sur l'orthographie de M. Joubert, par Christoplile de Beau- Ghatel [Ce dernier est le neveu de lauleur]).
Limprimeur s'excuse de ne pas être habitué à cette orthof^raphe qu'il expose ainsi : « Il retranche tant qu'il peut les lettres suijerflues, celles qui ne sont pas prononcées dans la langue courtisane : e dans licuë, eauë l'pron. en poitevin), Vs superflu en: dix mille mots français et prononcé en Gascon, Languedojreois, Provençal.
« Là où g doit sonner comme j coiisonante devant un a ou un o, il entremet un e ou écrit le mot par un j longuel, signifiant consonne : jans fgens). Il écrit mangeoil comin;; Georges pour que manjnit ne permette pas d'équivoquer avec manioit. Il écrit
I li(juide jiar Ih ex. : filhe. galharde ; il écrit fou. cou, mou, ainsi qu'on les jjrononcc.
II retranclic les n des tierces personnes plurielles, tiennent, dirent, firent. Et il renvoie à l'apologie de son orthographe par ses enfants, et à la déclaration des abu» de maistre Honorât Rambaud » (Lyon, J. de Tournes).
d'un Roy savant, ou au moins d'un eccellent Chancelier secondé des meilleurs des Parlements, jiour faire escrire les actes publics en ceste forme, et après quelque temps, defîendre toute impression qui ne fust réglée à cela » (Let. sans date ni adresse, Œuvr., I, 436).
Resterait à examiner quels progrès l'orthographe a faits dans les impressions. C'est une étude qui devra être entreprise, mais qui ne pourra guère être complète que quand l'histoire de Timprimerie, telle qu'elle a été commencée pour le xv® siècle par la magnifique publication de M. Claudin, aura été poussée jusqu'au bout. En effet, les écrivains ont été, de bon gré ou non, mis dans l'orthographe de leur imprimeur. On sait comment les recommandations que pouvait faire un Montaigne se heurtaient au parti pris ou h la négligence des compositeurs et des protes (cf. p. 114, n. 2, et 111), n. 3). Ce sont ces derniers qui ont fait l'usage.
Or dans un même atelier, malgré la tradition, l'usage change. En 1557, l'y est beaucoup moins en honneur chez Arnoul l'Angelier qu'il ne l'était en 1549, comme on peut le voir par les deux éditions données à ces dates de la Deffence et Illustration •. Le tréma est méprisé. L'e qui se trouvait de temps en temps en 1549 est souvent abandonné, tandis qu'on fait une toute petite place à la cédille.
Et en 1561, nouveaux changements, il semble qu'on ait alors dans la maison un usage arrêté. Bref, on peut suivre là une histoire qui est à peu près celle de tous les ateliers, et y apercevoir combien l'histoire de l'usage sera longue et compliquée à faire.
Je traiterai ailleurs, en parlant des formes des diverses parties du discours de ce qu'on a appelé plus tard l'orthographe de règles. Je me bornerai ici à quelques indications sur l'orthographe dite d'usage.
La fureur étymologique continue h sévir, et de fa^on intermittente, capricieuse, comme toujours. L'«, le z, Vy, l'/i, l'r, continuent particulièrement à « rappeler nos origines ». Les Estienne en particulier sont chauds partisans de cette funeste doctrine, et leur imprimerie, si active, si importante par les lexicpies ([u'elle a donnés et qui ont été la base de la Lexicograpiiie française, contribue plus que toute autre à maintenir et à propager l'erreur -.