‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 79 sur 259 · NÉCESSITÉ D*LN DÉVELOPPE3IENT NOUVEAU DU VOCABULAIRE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ D*LN DÉVELOPPE3IENT NOUVEAU DU VOCABULAIRE

des mots nouueaux eg^ratignoit les oreilles rondes » ', et il conseille à son poète de la modestie et du tact. Nous trouverons chez du Bellay et chez d autres - de semblables réserves. Elles ne vont pas à ébranler le principe.

Le péril était personnel, 1 intérêt paraissait g^énéral. On se consolait de l'échec possible avec le xieû axiome : in magnis voluisse sat est.

11 importe d ajouter que parmi les écrivains qui se trouvèrent à la tète du mouvement littéraire, plusieurs, et des plus grrands, loin de réagir contre les tendances communes, contribuèrent à les affermir. Dans le genre de prose le plus libre, semblait-il, de toute préoccupation technique, Rabelais entassa la plus extraordinaire collection de mots nouveaux qu homme ait jamais jetée dans un livre. Latin, grec, hébreu même, lang^ues étrangères, ai^ot, patois, il emprunte partout, à toutes mains; et en même temps il forge noms et mots, dérive, compose, pour plaisanter ou sérieusement ; tous les procédés, populaires ou savants, lui sont bons. On se figure quelle influence a pu avoir pareil exemple, effrayant par certains côtés, séduisant par d autres, sur tous ceux qui écrivaient.

En poésie les écoles se succédaient, bien dissendïlables, mais sans qu'aucune renonçât au grand œuvre de l'élaboration du vocabulaire. C est à peine si entre le pédantisme des grands rhétoriqueurs et la métaphysique de Scève, Marot avait marqué un arrêt. Comme on sait, Ronsard proclama hautement qu'il u prendra stile a part, sens a part, euure a part '^ ». On trouvera exposé ailleurs le sens de ces paroles hautaines. Elles avaient, en ce qui concerne le langage, leur portée directe. Il n était pas possible, en effet, que dans ce style à part on ne comprît pas : langage à part. Dans le choix des paroles aussi, et avant tout même, il fallait fuir « la prochaineté du vulgaire ».

Une seule objection eût pu arrêter Ronsard, c'est qu'il risquait, par tant de nouveautés, de rebuter le lecteur. Mais loin de s'elTrayer des résistances, dans la première témérité, on affecta de les braver, et de déclarer qu'on n'écrivait que pour les doctes, non pour les

idiots », « à l'exemple de celuy qui pour tous auditeurs ne demandoit que Platon ^ ».

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