‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 121 sur 189 · PÉRIPHRASES · texte numérisé non relu

PÉRIPHRASES

on cherchait dans tous les Etats, afin de distraire le roi, de belles filles vierges, qu'on mettait dans le harem, à la garde des eunuques. La vulg-ate disait rudement : Dixeruntque pueri régis ac ministri ejus : Querantur régi piiellse virgines ac speciosœ, et mittantur qui considèrent per universas provincias puellas speciosas et virgines, et adducant eas ad ciuitatem Susan, et tradant eas in domum feniinarum [Esther, II, 2-4). Racine traduit : Dans ses nombreux Etats il fallut donc chercher Quelque nouvel objet qui l'en pût détacher. . . Les filles de V Egypte à Suse comparurent (III, 467, Est h., V. 37-40).

Toutes ces femmes se préparent en femmes d'Orient, passent un an dans les parfums, se fardent en vue de la nuit qui décidera de leur sort, puisque le maître, après une première rencontre, choisira une reine, ou renverra sa compagne éphémère dans le harem. Il n'est point question du mot harem qui n'existait pas, mais Racine s'était servi ailleurs de sérail; ici il n'a garde, il préfère abandonner le texte et se souvenir d'un passage de Tacite :

Qui pourroit cependant t'exprimer les cabales Que formoit en ces lieux ce peuple de rivales, Qui toutes disputant un si grand intérêt, Des yeux d'Assuérus attendoient leur arrêt ? Chacun avoit sa brigue et de puissants sulfrages : L'une d'un sang fameux vantoit les avantages ; L'autre, pour se parer de superbes atours. Des plus adroites mains empruntoit le secours. Et moi, pour toute brigue et pour tout artifice, De mes larmes au ciel j'offrois le sacrifice. Enfin on m'annonça l'ordre d'Assuérus.

Devant ce fier monarque, Élise, je parus

De mes foibles attraits le Roi parut frappé.

Enfin avec des yeux où régnoit la douceur : « Soyez reine », dit-il ; et dès ce moment même De sa main sur mon front posa son diadème.

(111,469-70, Esther, v. 50-76.)

Boileau a encore quelques mots réalistes dans ses Satires ^, genre qu'il élève cependant au-dessus de sa condition antérieure. Dans

1. « Redouter ses baisers pleins d'ail et de tabac » {Sat. X, v. 672, éd. B. S. P., 1, 263) ; « Aux chiens, aux chats, aux hoiics ofTrir des sacrifices » {Sat. XII, v. 97, Ib., I, 295). Trois éditions, entre 1711 et 1713 portent : aux rats, au lieu de boucs. On lit au vers 97 et suivants : ail, oiçfnon, fumier. Crasse, couple, pièces, haillons, sales guenillons, chiffons, ordure, bas (un), soulier, grimaçanx, rapetassés, bout de ficelle, vieux masque pelé, jupon, jupe, etc. se trouvent dans la Satire X, du v. 309 auv. 327. Histoire de la Langue française. IV 20

les « grands genres ^ », il s'exerce à représenter par de nobles imag-es les phénomènes de la nature, ou bien la fusillade et les coups de mine :

Dix mille vaillans Alcides, Les bordant de toutes parts.

D'éclairs au loin homicides Font pétiller leurs remparls ; Et, dans son sein infidèle, Partout la terre y recèle Un feu prêt à s'élancer, Qui, soudain perçant soti gouffre.

Ouvre un sépulcre de souffre A quiconque ose avancer.

(Prise de Naniur, v. 31 et suiv.)

Bossuet, après avoir rapporté des paroles d'Anne de Gonzague, où il est question de « bonnes vieilles », de « l'étable » où elles vivent, de leurs « ustensiles », craint d'avoir choqué les oreilles délicates, et il s'excuse [Or. fiin., éd. Réb., 359). Dans le récit du songe qu'elle eut, la princesse disait simplement : « Je courus... à lui pour lui ôter le petit poulet, et comme je voulais lui ouvrir la gueule, j'entendis quelqu'un qui disait : C'en est fait, il la avalé ». Dans l'oraison funèbre la transposition est complète, la princesse voit « une poule devenue mère, empressée autour des petits qu'elle conduisait... Elle accourt, elle lui arrache cet innocent animal... On lui crie d'un autre côté qu'il le fallait rendre au ravisseur, dont on éteindrait l'ardeur en lui enlevant sa proie » (//>., 3S3).

Dans les genres dits inférieurs, les scrupules ont été moindres. Sans doute Molière gaze souvent, et pour dire les choses, applique les divers procédés qui sont si fort en honneur. [Ou bien il ne nomme pas : Sans préjudice encord'un accident bien pire, Qui m'afflige un endroit que je ne veux pas dire (11, 180, Scjan., v. 221-2j. Ou il voile : il n'est rien tel, Madame, croyez-moi. Que d'avoir un mari la nuit auprès de soi ; Ne fût-ce que pour Vheur d'avoir qui vous salue D'un Dieu vous soit en aide ! alors qu'on éternue (11, 1()0, Sa an., v. 87-90) -.

\Mais en général il n'y regarde pas de très près, qu'il s'agisse du mariage, de l'amour, des relations des sexes 3, ou des choses do la

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