‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 123 sur 189 · LE RÉALISME DANS QUELQUES GENRES · texte numérisé non relu

LE RÉALISME DANS QUELQUES GENRES

vie corporelle ^ Il y a encore chez lui des mots crus 2. Pour n'en citer qu'un ici, on peut dire que, jusqu'au bout, il a usé et abusé du mot lavements La seringue est un des accessoires essentiels de son théâtre, un des éléments de son comique.

Boursault n'est pas plus réservé. Quand, dans le Mort vivant, il met Guzman en présence de Stéphanie, il fait parler au pseudoambassadeur le langage des Halles : L'Ambassade est à c... quand on parle de vous (I, 27, act. 11, se. 3) ^. Regnard fait un emploi discret des expressions un peu hardies relatives à l'amour ^ . Mais les plaisanteries scatologiques sont fréquentes chez lui : remède, lavement, clystère, jouent un rôle considérable. C'est la tradition de Molière : Un dévoiement... causé à ma bourse... m'a obligé d'avoir recours au remède astringent d'un petit billet [Divorce, II, 4) ; De

de... yeux... nez... lèvres... oreilles. . . menton... de vos peliis tétons rondelets, de voire... Enfin, toute votre personne sera à ma discrétion (Id., IV, 27, Mar. forcé, se. 2). Cf. Regnard :je verrai ses appas Cap à cap, sans réserve, et du haut jusqu'en bas. Je verrai son nez... son... Mais j'aperçois Lisette {Le Bal, se. 7) ; Je ne veux poijil porter de cornes, si je puis (Mol., II, 367, Éc. des maris, v. 126) ; Je vais dire partout qu'il couche avec ma femme (Id., II, 201, Sgan., v. 474); Ah! truande, as-tu bien le courage De m'avoir fait cocu dans la fleur de mon âge? (Id., II, 184, Sgan., v. 2ti5-6, etc.); cette infâme, Dont le coupable feu, trop bien vérifié. Sans respect ni demi nous a cocufié ! (Id., II, 193, Sgan., v. 350 et suiv.) ; .Mon remède guérit, par sa rare excellence,.. La gale, La rogne, La ligne, La fièvre, La peste. La goutte, V..., Descente, Rougeole (Id., V, 334, Am. médecin, II, 7); (elle) me vint demander,. .. Si les enfants qu'on fait se faisoient par l'oreille (Id., III, 170, Éc. des Fem., v. 162-164) ; Ma foi, sans aller chez le notaire, voilà le certificat de mon cocuage (Id., I, 28, Jal. du Barbouillé, se. 4) ; L'un amasse du bien, dont sa femme fait part A ceux qui prennent soin de le faire cornard (Id., III, 162, Éc. des Fem., v. 25-26).

1. Le Docteur troussant sa robe derrière son c... (jeu de scène) (Mol., I. 25, Jal. du Barbouillé, se. 2) ; qu'on la fasse encore p. . . — J'ai bien eu de la peine à la faire p. . . — Faites-là p. . . copieusement. Si tous les malades p . . . de la sorte, je veux être médecin toute ma vie (Id., I, 60-61, Médecin volant, se. 4) ; tâche à faire un effort généreux, En le tuant tandis qu'il tourne le derrière (Id., II, 207, Sgan.,v. 532-533).

2. Quand j'aurai fait le brave, et qu'un fer, pour ma peine. M'aura d'unviUiin coup transpercé la bedaine (II, i9S,Sgan., v. 429-430) ; Si tu la faisois mettre en prison.. . La carogne en sortiroit avec son passe-partout (1,21, Jal. du Barbouillé, sel ; Carogne est fréquent dans Molière) ; Je crèverois plutôt que d'avouer ce que tu dis (IV, 33, Mar. forcé, se. 4) ; Souvenez-vous de l'homme que vous files crever ces jours passés (V, 326, Am. méd., se 4); tue-toi, crève, va-t'en au diable, je ne m'en soucie pas (I, 40, Jal. du Barbouillé,sc.l1); Et s'il vient à roter, il lui dit : « Dieu vous aide .'»(IV, 409, Tart., v. 194; il est vrai que Molière ajoute en note : c'est une servante qui parle); jepuis voir à l'aise la trogne Du malheureux pendard qui cause ma vergogne (II, 183, Sgan., v. 253-4) ; on m'a dit que vous aviez des remèdes admirables pour faire aller à la selle (V, 343, Am. méd.. se. 5).

3. Cf. Paumez lui moi la gueule, et lui cassez le nez (Menteurs qui ne mentent point, II, 9); A p... comme il faut ma Maîtresse s'applique {Méd. volant, scAO, voir loule la scène); Un p... nuit quand il est trop gardé {ibid., se. 5).

4. Cf. Ne prends point de femme, car. Au lieu de .sonner l'heure entière. Tu ne sonnerais que le quart {Foire de S'--G., III, 5); que je serais heureux si j'étais le jardinier d'une aussi jolie plante que ta maîtresse! Je la cultiverais, je la labourerais ; et devant qu'il fut un an, j'en aurais de la graine {Naissance d'Amadis, se. 4).

ses bouillons de bouche^ et des postérieurs, Tu prends soin ? [Légat., I, l) '. Au théâtre italien on s'en donne à cœur joie ~.

Cette liberté, on le sait, déplaisait fort k La Bruyère : « Le paysan ou l'ivrogne fournit quelques scènes à un farceur, dit-il ; il n'entre qu'à peine dans le Vrai comique : comment pourroit-il faire le fond ou l'action principale de la comédie? » « Ces caractères, dit-on, sont naturels. Ainsi, par cette règle, on occupera bientôt tout l'amphithéâtre d'un laquais qui siflle,d'un malade dans sa garde-robe, d'un homme ivre qui dort ou qui vomit : y a-t-il rien de plus naturel ? » (I, 138-139).

I^Malgré tout, l'influence de la mode agissait sur les genres les plus libres. Chez La Fontaine, dans les trois premières parties des Contes, j'ai relevé quelques mots c deshonnêtes » ou réalistes '^, mais en fort petit nombre. Le plus souvent le poète se dérobe ^, cherche un biais, a recours à un mot vague, à un euphémisme spirituel : Puis un baiser, puis autre chose encor (IV, 81 , v. 212); ce que vous savez bien (IV, 109, v. 12) ; Avoit le doigt où vous savez (IV, 383, V. 48) ; le galant montre ce qu'il sait faire (IV, 159, v. 42) ; quelque chose, Qu'honnêtement exprimer Je ne puis (IV, 209, v. 86-87) ;J[Z fit répoux (IV, 211, V. 112) ; Le reste du mystère Au fond de Vantre est demeuré (IV, 413, v. 263-264); Tant lui donna du retour de matines (IV, 447, v. 166) ; Et puis. . . Et puis, comme personne sage. Elle remit sa coiffure en état (V, 80, v. 160-161) ; Cette dernière eut ce qu'il lui fallut (V, 84, v. 199) ; ce jeu Qu'il

1. Cf. Tiens, voilà le pot de chambre ; puisses-tn p... la parole ! {Divorce, II, 1) ; Un médecin ? je m'en doulaix bien, car fai eu envie de faire une selle en le voyant- [Homme à bonne fortune, III, 8; cf. Ih., I, A, Div., I, - et 5, III, 2, Alt. m. sous forme, se. 1).

2. Cf. Le (frand Kam des Tarlares ayant eu une grande querelle avec sa femme... La cause de cette querelle, éloit qu'étant extrêmement pressée d'un cours de ventre, elle sétoit par mégarde servi de son Turban au lieu de pot de chambre [Th. liai., I, 5, Mercure galant); Je ne pense pas qu'en trois ans... je l'ayevuallerh la Garde-liobbe... — Ta te moques... — Il n'est rien de si vrai. Madame. Elle faisoit dans sa chambre {Ib., I, 117, Arleq. Empereur). Cf. Ib., I, 7,8, Merc. gai.

3. Coeua},-e (IV, 37, 103, 321, 370,378, V, 30, 43, 52,83.92,93,95,98, 101, 103, tli, 134); cocu (IV, 83, 361, V, 79, 85, 92, 97, 132, 133); pueelle (IV, 48, 58, 265, 387, 398, 462, 466, V, 217, 225); pucelage (IV, 50, 52, V, 225); c... (IV, 115, i26); cochons (IV, 201); déduit (IV, 233); enceinte (IV, 156); tétons (IV, 214, 284); postes (IV, 215); patiner (V, 74).

4. Les contemporains l'ont fort bien remarqué. Perrault écrit : « Il y a peu de lectures plus dangereuses pour la jeunesse, quoique personne n'ait jamais parlé plus honnêtement des choses déshonnêtes » (Ch. Perrault, Les Hom. Illnst., 1701, I, 179, cité par Marcel Hervier, Les écrivains français, 1911, p. 52 i). Et labbé de la Chambre disait à la réception de La Fontaine : « ces mesmes paroles... vous condamneroient... si vous ne prcnics à tasche de joindre la pureté dos mœurs et de la docti^'ine, la pureté du cœur et de l'esprit, à la pureté du stile et du langage, qui n'est rien, à le bien prendre, sans 1 autre » {Disc, prononcé le 2 mai 1684, p. 5).

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