DÉCENCE EXTÉRIEURE
mariage, même si on fait absLraction des naïfs théologiens qui écrivent tranquillement la Divine salutation aux membres de la Vierge (par le R. P. L. H,, capucin, Paris, 1678, IG p. )jOu /-es auentures de la Madona et de François d'Assise (par Renoult, A la Sphère, 1701), il reste des poètes et des prosateurs qui sont des libertins conscients. Chaulieu ', La Fare et Vei^gier sont les plus connus ; il y en a d'autres, beaucoup d'autres - Jll serait facile d'extraire des romans certains passages extrêmement libres ; les titres même sont parfois difficiles à reproduire ^.
Dans les petits genres, les épigrammes, les chansons, dans les mémoires, les lettres privées, la plaisanterie indécente, énorme, n'est pris rare, le mot cru tient toujours la place qu'on avait vouki lui ôter ''. iiJne fois en colère, des Académiciens s'injurient comme des harengères •'. La langue reste peu scrupuleuse dans son déshabillé. Mais pour le gala, et c'est là l'important, elle a mis une robe longue et tout à fait montante. Les convenances font partie des conventions^
1. L'abl)é de (!h.. '-J- 1720;, Poésiest, Amsterdam, (Lyon, J"2i, 8°). La Farccst généralement à la snite.
2. P. Corneille Blesscbois, Les œuvres sulyriques, Lcyde, 1676: Dutuit, Les ver ilez plaisantes idoni Le Cocu vindicnlif), Rouen, 1702, in-12 ; Et. Pavillon, Œuvres |oii on trouve: Lettre à une (Lime qui avoit montré son d..., Métamorphose du c... d'Iris en astre, p. 199), La Haye, 1715.
■i. Le cocu imaçj inaire, pav Doneau, 1660 ; L'Ecole des cocus, de Dorimond, 1661; /.e cocu volontaire, de Montileury ; Le cocu en herbe, 1686 ; Les Disgrâces des Amants du Chevalier de Mailly, Paris, 1690, in-12'; LeZomhi du Grand Pérou, 1697, in-12, est (lime crudité ol d'une grossièreté extrêmes.
La plupart des pamphlets et des libelles sont très libres, mais ils ont paru à l'étranger. Voir Des amours du Palais Royal, ou Histoire GaUmte de M. le Q^de Guiche et de Madame (Hollande, 1666) : Traité d'amour, par un sieur lîouUanger, qui toutes les semaines en dédie une partie à Mgr le Dauphin (mentionné par Seguier, au Conseil de police du .j février 1667) ; La vie de M'"" de Brancas, Fribourg (Hollande, 1668, satire en vers plus que libres) ; La carte rféocfraphique de la Cour et autres galanteries {Cologne, 1668. La (Jarte transporte en villes, bourgs, et lieux de passage les dames de la cour) ; Le Covuage delà Cour (1669, libelle analogue au Maquerellage de la Cour, cf. Ravaisson, Arch.Bast., VII, 211 et suiv.); L'Esprit familier de Trianon, ou l'Apparition de la Duchesse de Eonlange, 1695, Paris, Vve Jean Féli.x ; le Cochon mitre (Hollande), etc.
i. Voir : /.e Nouveau Siècle de Louis XIV, ou Choix de chansons, Paris, Garnier,
5. (Charpentier donne pour devise à Furetière, représenté par un « étron » : Ab expulso corporis sanitas. Et Furetière répond par une petite pièce qui se termine ainsi:
Votre brutalité jointe à votre embonpoint.
Fait que vous pouvez bien vous vautrer dans l'ordure;
Car on tientqu'aux c... la m... ne put point.
{Factums, II, 250-251, cf. 261-265).
On rapprochera de ce passage délicat la théorie donnée par le Carpenteriuna : » Il faut prendre garde dans l'usage de la Métaphore, de ne se jamais servir que de choses très-conniies, et d'éviter celles qui peuvent donner une idée sale; comme lorsqu'on a dit que la Republique avoit été chûtrée par la mort de Scipion l'Africain, ('ette Métaphore qui donne une vilaine idée, a été avec raison condamnée par Ciceron, et après lui par Quintilien » (217).