‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 129 sur 189 · Ed. B. S. P., III, 395 et · texte numérisé non relu

Ed. B. S. P., III, 395 et

2. Boileau à Brossette, Lel., GXXVI, 2 déc. 1706, éd. Laverdet, p. 233. Cf. la lellre

Bouhours dans les Doutes avait censuré des termes qui, appliqués au Christ, lui paraissaient trop bas : compagnon {Imit., 18), économe {Ib., 13), effectivement {Ib., 4). Tracasser, avoir sa suffisance, avaient eu une note dans les Doutes (7, 10-12).

Dans la Suite des Remarques il examine : être aux trousses de quelqu'un, tirer les vers du nez, tordre le nez à la poétique d'Aristote, avoir la langue bien pendue, faire passer par Vélamine, suivre sa pointe, mettre la puce à Voreille, prier quelqu'un de son deshonneur, mettre les fers au feu, toucher du bout du doigt, promettre merveilles, faire des merveilles, faire les dégoustez (134 et suiv.).

3. Diplomate de profession, ministre plénipotentiaire pour les négociations de Ryswick, membre de l'Académie. Voir les Notes sur François de Callières, de M. Mario Roques, dans les Mélanges Brunol, et un article de M. Fosseyeux paru récemment dans le Mercure de France, 1" août 1912, 568-575 et 575-581.

4. « C'est le fils d'un Bourgeois de Paris... qui a étudié à dessein d'entrer dans les (Charges, mais il auroit besoin d'être purgé du mauvais air et du langage de la Bourgeoisie ; il ne pouvoit venir plus à propos pour nous fournir des façons de parler bourgeoises » (p. 15-16).

usage dans les manières de s'exprimer. Des façons de parler bourgeoises (Paris, 1693) K

Quelques résistances. — Il serait faux de dire que tout le monde accepte sans réserves cette classification rigoureuse des mots. En publiant la remarque de Vaugelas sur les locutions basses dans Malherbe, Alemand ajoute : u 11 ne faut pourtant pas être si rigoureux à l'égard de ces façons de parler, que l'usage tire souvent de la bassesse où elles étoient auparavant, pour les élever et les rendre meilleures. Et c'est à quoy il faut bien prendre garde : car il en est à-peu-près de ces locutions comme des hommes. Telle qui sera aujourd'huy basse et roturière sera demain noble et relevée » [Nouv. Bem., 289). Mais l'éditeur de Vaugelas ne conteste pas pour cela le principe du maître, tout au contraire, il regrette que personne ne se soit attaché à donner une liste générale de ces façons de parler basses. Celle de M. R. (Richelet?), ajoute-t-il, n'est pas tout-à-fait exacte. Et il se propose de donner un ouvrage sur la matière {Ib.).

Il est certain que divers auteurs ne s'en sont pas laissé toujours imposer. La Bruyère, par exemple, a aimé le terme particulier, qui note les caractères des personnages.jll peint, ou plutôt il crayonne net, s'agît-il même des petits chiens qui aboient. Au lieu de prendre le ton solennel : On bâtit dans sa vieillesse et on meurt quand s'achève l'édifice, il dit : quand on en est aux peintres et aux vitriers, sans crainte de faire reparaître au jour des personnages inférieurs et dédaignés (VI). Son amateur d'oiseaux passe les jours à verser du grain et à nettoyer des ordures (XIII). Il] affectera ailleurs de parler politique en termes de commerce ; <( Les huit ou les dix mille hommes sont au souverain comme une monnoie dont il achète une place ou une victoire : s'il fait qu'il lui en coûte moins, s'il épargne les hommes, il ressemble à celui qui marchande et qui connoît mieux qu'un autre le prix de largent » (I, 384). ^on style veut délibérément être réaliste, c'est une de ses originalités^

On aimerait à pouvoir considérer comme une protestation contre le style toujours noble le célèbre passage où il raille les petits-maîtres : « Que dites-vous? Gomment? Je ny suis pas; vous plairoit-il de

1. Les notes de F. deCallières avaient été relevées par M. Geijer dans les Mélancfcs Wahlund (1896, p. 235-71). Elles oit fait l'objet d un important travail de M. Schcnk, intitulé : Table comparée des Observations de Calllères sur la langue de la fin du XVIh siècle. L'auteur ne s'est pas borné à une table analytique ; il a accon'pafrné les observations de F. de Callières d'exemples souvent curieux, et, si j'ai connu son travail trop tard pour m'épargner diverses rechei'ches, je l'ai vu assez tôt au moins pour y pouvoir, à l'occasion, renvoyer mon lecteur. Je le ferai sous cette forme : V. Schenk.

recommencer? J'y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid ; que ne disiez- vous : « Il fait froid ? » Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige ; dites : « Il pleut, il neige ». Vous me trouvez bon visage, et vous desirez de m'en féliciter ; dites : « Je vous trouve bon visage ». — Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair ; et d'ailleurs qui ne pourroit pas en dire autant? — Qu'importe, Acis? Est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? » [l, 216-7). Mais ce serait, je crois, forcer le sens du paragraphe que de lui donner une trop grande portée. Il vaut contre l'affectation, il ne signifie rien pour le sujet qui nous occupe. En voici un autre tout semblable, inspiré même sans doute des Caractères : « Quelle fatigue d'entendre ces personnes, qui n'emploient dans leurs discours, que des mots choisis pour exprimer les choses les plus triviales? Est-il nécessaire de chercher une périphrase pour demander à boire, ou pour dire quelle heure il est? Pourquoi affectez-vous, Dorilas, de vous servir toujours de mots nouveaux, et que vous inventez vous-même? Ne voulez-vous avoir rien de commun avec le Peuple ? Avez-vous peur de ne paroitre pas assez précieux ? Ces mots à la mode, dont vous croïez embellir vôtre discours, vous donnent un air efféminé et ridicule : vous croïez qu'on vous applaudit, quand on se moque de vous, et qu'on vous rit au nés » (104-105). Mais ces paroles si sages sont tirées des Reflexions sur le ridicule et sur les moyens de l éviter. Or ce livre est de JieJl^egarde, qui écrit ailleurs un chapitre sur les locutions basses, et le fait précéder de ce préambule : ji Les plus belles expressions, dit l'Auteur de VArt de Parler, deviennent basses, lorsqu'elles sont profanées par l'usage de la populace, qui les applique à des choses basses.\ L'application qu'elle en fait attaclie à ces expressions une certaine idée de bassesse, qui fait qu'on ne peut s'en servir sans souiller, pour ainsi dire, les choses qui en sont revêtues. Ceux qui écrivent poliment évitent avec soin ces expressions. Les personnes de qualité, et les Savans tâchent de s'élever au-dessus de la populace, et n'emploient jamais ces expressions qu'elle gâte par le mauvais usage qu'elle en fait. Les hommes imitent volontiers ceux dont ils estiment la qualité ; ce qui fait qu'en très-peu de tems, les mots que les riches ou les savans bannissent de leur conversation, ne sont ensuite reçus de personne ; ils sont obligez de quitter la Cour, les Villes, et de se retirer dans les Villages, pour

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n'être plus que le langage des Païsans » ^. Nulle part la théorie ne s'étale aussi nette î^aux yeux des puristes, les mots se dégradent pour être employés dans certains milieux.

La hiérarchie des mots. — Quand les faits seront suffisamment démêlés, on arrivera peut-être à voir clairement quels étaient les différents degrés de la hiérarchie dans le royaume du vocabulaire. Ils correspondaient naturellement aux degrés de la hiérarchie sociale : courtisans, demi-courtisans, bourgeois, de la petite bourgeoisie, populaires, de la lie du peuple, toutes ces qualifications sont appliquées aux mots et servent à les caractériser. Mais je dois dire tout de suite que jamais, suivant moi, semblables étiquettes ne pourront servir à une véritable classification. Qu'on se souvienne de l'embarras que nous donnent les termes dont se servent les Latins : sermo vulgaris, plebeius, etc.. A une distance moindre, les épithètes du xvii" siècle n'offriront guère plus de clarté. Les mots appartiennent à des groupes spéciaux, mais ils n'y sont point enfermés, et en outre on ne sait presque jamais exactement où finissent ces groupes. 11 y a, observe déjà de Callières, entre la Cour et la bourgeoisie une classe intermédiaire : « l'Esprit et l'air Bourgeois est répandu sur plusieurs Courtisans, comme l'esprit de politesse et de bon goust sur plusieurs gens de la Ville.. ^ il y a parmi les Courtisans du second ordre beaucoup de mauvais Singes qui copient mal de bons modèles » [Bon et mauv. ws., 120-121).

Suivant leur caractère, les mots convenaient à divers genres, et à divers styles. Au sommet était la poésie, où « la diction doit estre relevée et éclatante,... car tout ce qui est commun et ordinaire dans les termes, ne luy est pas propre. Il faut des paroles qui n'ayent rien de bas et de vulgaire, une diction noble et magnifique » 2. Cette diction ne peut convenir ni à des écrits ni à des personnes inférieures 3. Elle est particulièrement propre au « sublime » auquel atteint aussi l'éloquence. Fénelon l'applique aussi à l'épo-

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