Voir Roy, Sorei
382 IIlSTOilŒ DE LA LANGUE FRAMjAlSE
Jurandes ressources des burlesques. Autour de 1650, il n'y a plus l^uère qu un étranger comme Fleury de Bellingen pour s'y tromper, et s'extasier sur la Comédie des proverbes. Son livre, De Vétymologie des proverbes est une curiosité pour érudits ^ mais il retarde.
Décri des proverbes. — Désormais, quand on traite des proverbes, c'est pour s'en moquer. En 1644, les Loix de la Galanterie ne parlent pas des proverbes, en 1658, elles recommandent de les fuir : « Vous vous garderez sur tout d'user de Proverbes et de Quolibets, si ce n'est aux endroits où il y a moyen d'en faire quelque raillerie à propos. Si vous vous en serviez autrement, ce seroit parler en Bourgeois et en langage des Halles » (Art. XVI au tome 1, 85 du Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps., 1658-1660, Loix de la Gai.). Dans Molière, Le Roux de Lincy l'a noté déjà, « ce sont toujours des gens du peuple, des valets, ou des soubrettes, jamais des grands seigneurs ou des personnages sérieux » qui usent de proverbes-. A mesure qu'on avance, ils sont moins nombreux, même dans les farces. [Dans les pièces de haute comédie, on n'en trouve pas. Il n'y en a pas un seul, je crois, dans le Misanthrope. Dans le Tartuffe., seule M"'*' Pernelle ose se servir d'une expression proverbiale, mais c'est une femme (( de l'autre siècle ».
Et ce n'est point là un hasard ; Molière, qui mieux que personne au xvii*' siècle, a su faire parler chaque personnage selon sa condition et les usages de son milieu, n'aurait garde de heurter une des conventions de la société mondaine. S'il raille Philaminte, qui ne supporte pas :
Les proverbes traînés dans les ruisseaux des Halles ^,
c'est qu'elle demande à une femme du peuple de s'en abstenir. Elle fait abus, là comme ailleurs, d'une règle juste.
Le P. Bouhours, dans ses Remarques, consacre un long article aux Proverbes. Il sait le cas qu'on en a fait. « Cela estoit bon pour le temps passé ; dans un discours sérieux, et dans des compositions relevées », l'emploi des proverbes « seroit ridicule » ; ils sont bons
1. L'Etymolofjie ou explication des proverbes français. . . La Haye, Adrian Vlagti, 1656. Cf. Les illiislres Proverbes nouveaux el historiques... qui peuvent servir à toutes sortes de personnes pour se divertir agréablement dans les Compagnies. Paris, Reiu'; Guignard, 1665, 2 vol. in-12.