LES PROVERBES
Ancienne vogue des proverbes. —^Jusqu'au temps de Louis XIII, l'abondance des proverbes français avait été considérée comme un des mérites essentiels de la lang^ue, on les ramassait pieusement ; les grands recueils lexicographiques en étaient comme couronnés. Les manuels divers les recommandaient, les indiquaient comme une des élégances de la conversation les plus utiles à attraper. Et tout le monde connaît la Comédie des proverbes (1633), où le comte de Gramail fît le tour de force de composer k l'aide de proverbes à peu près tout le dialogue. Peu après la mode cessa brusquement ~. Il est possible que l'influence espagnole y soit pour quelque chose. On sait ((u'un des ridicules de Sancho Pança est sa manie de citer des proverbes. Don Quichotte a pu agir vivement sur la France, soit directement, soit indirectement aussi, par le changement qu'il produisit dans les goûts de nos voisins, auxquels les nôtres se seraient conformés.
Mais il n'est pas besoin de chercher des explications dans des influences étrangères. Evidemment les proverbes, quiLétaient pour la plupart en « vieux gaulois »\ qu'on entendait dans la bouche du peuple et des paysans, ne pouvaient pas convenir au goût de la Cour. Déjà au livre IX du Berger extravagant, Sorel farcit de proverbes le rôle du roi Phinée, par raillerie, et parce qu'il fait de ce roi le personnage d'une comédie burlesque sur la conquête de la Toison d'Or. Les remarques ne nous le laissent pas ignorer. Elles nous avertissent que les proverbes n'ont été mis que dans la bouche des bouffons, des valets, des bourgeois, et pour faire rire ■^' Corneille les fait débiter par le valet du Menteur. Ce sera bientôt une des
1. J'entends ici proverbes dans le sens étroit que nous donnons aujourd'hui ù ce mot, le seul du reste que mentionne l'Académie en 1694. Mais au xvii» siècle on entendait aussi par proverbes « les façons de parler triviales et communes qui sont en la bouche de toutes sortes de personnes » (Fur.). Il faut s'en souvenir, quand on cite les textes qui en parlent ; ils se rapportent souvent au.v mots bas en même temps qu'au.v proverbes.
2. On joue aux proverbes dans les Salons {La Maison des Jeux, 1642, 3631. Mais ce n'est qu'un divertissement, on joue aussi au vieux langafje.