‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 155 sur 189 · Mol.. IX, 165, Fem. Sav., v · texte numérisé non relu

Mol.. IX, 165, Fem. Sav., v

2. Nous avons ici une comète qui est bien étendue aussi; c'est la plus belle queue qu'il esL possible de voir. Tous les fïrands personnages sont alarmés Sévigné, VII, 133, 2 janvier 1681).

3. On n'oseroit parler de Bassette un moment, Tout est Lune. Soleil, Cercle, Orbe, Firmament.

Mo:in. — Ze n'entens plus que des sornettes : Que veut-on avec ces Planeltes ?

Qui vont ruiner la Banque ?

Suit une charge à fond contre tous ces vilains mots : . . .z'enrazois dans l'ame, D'entendre certains mots de conzuration, Que l'on donne aux Sorciers dans leur communion ; Essenlrix, Puralac, d'autres mots ellroyables. . .

(S"^ Evrem., 1753, V, 1 19 et suiv.).

Et M""' de la Sablière, qui hébergeait des savants en même temps que La Fontaine, l'ayant re|3ris, la Satire des femmes (1093) donna un réchaufle des vers de Molière :

Qui s'olfrira d'abord ? Bon, c'est cette savante

Qu'estime Roberval, et que Sauveur fréquente.

Un astrolabe en main, elle a, dans sa gouttière,

A suivre Jupiter passé la luiil entière (X, v. 425 et suiv.) ^ .

Autres sciences. — On voudrait pouvoir suivre avec cette précision relative, non pas l'histoire des autres sciences, mais l'histoire de leur ditîusion, et se rendre compte de l'attitude des gens du monde. C est un chapitre qui pourra et devra se faire de l'histoire des mœurs, laquelle domine et détermine, ici comme ailleurs, l'histoire de la langue. Les documents que j'ai sont, je m'en rends compte, très insuffisants. Beaucoup viennent de Fontenelle, et il est suspect d'avoir, pour faire ressortir le mérite scientifique du xviii*' siècle, voulu un peu rabaisser par antithèse l'esprit du siècle précédent.

Il est certain que l'anatomie eut ses fidèles. En 1080, Sauveur, devenu Maître de mathématiques des Pages de M'"" la Dauphine. faisait un « cours d'Anatomie pour les Courtisans. On dit, ajoute encore Fontenelle, que toute la Cour alloit l'entendre, mais je crains qu'on ne fasse trop d'honneur à toute la Cour » [El. des Ac, (JEiwr., III, 329). Une autre série de conférences régulières fut donnée par du Verney, « F Anatomiste des Courtisans » ~. Montausier, Bossuet. Huet, Cordemoi, le duc de Chevreuse, Dodart, le P. de la Chaise y assistaient. « A mesure qu'il parvenoit à être plus à la mode, dit Fontenelle. il y mettoit l'Anatomie, qui renfermée jusque-là dans les Ecoles de Médecine, ou à S^ Côme, osa se produire dans le beau monde, présentée de sa main. Je me souviens d'avoir vu des gens de ce monde-là, qui portoient sur eux des pièces sèches préparées par lui, pour avoir le plaisir de les montrer dans les Compagnies ' ».

Lémery, reçu « maître Apotiquaire », ouvrit des cours publics rue

1 . Est-ce parce que La Fontaine avait vécu dans rintimité de Madame de la Sablière qu'il est favorable à ce développement des sciences ? Même en racontant l'anecdote de l'animal dans la lune, il ny met aucune malice, tout au contraire. Ailleurs, dans ].e Renard Anglais, il écrit des Anglais:

Ils étendent partout l'empire des sciences (III, 320, v. 16).

2. Suite des Élut/es des Acndeiniciens morts depuis 1722. Paris 1733, p. 380. :!. II)., 376-377. '

Galande. « Son Laboratoire, toujours d'après Fontenelle, étoit moins une Chambre qu'une Cave, et presque un Antre Mag-ique, éclairé de la seule lueur des fourneaux; cependant l'aflluence du monde y étoit si grande, qu'à peine avoit-il de la place pour ses opérations. Les noms les plus fameux entrent dans la liste de ses Auditeurs, les Rohaut, lesBernier, les Auzout, les Régis, les Tournefort. Les Dames mêmes, entraînées par la mode, avaient l'audace de venir se montreià des Assemblées si sçavantes » [EL de Lénicnj , Ib., 111, 273^. Régis lit à son tour chez Lémery un cours si fréquenté, que la maison, qui était une maison particulière, ne suffît pas à contenir les auditeurs (lt)80). Toutefois il dut le fermer, sur l'invitation de l'archevêque.

Il semble, d'après tout cela, que le monde de la Cour s'ouvre et s'intéresse à ces connaissances nouvelles '. Il se trouve même des auteurs qui y veulent initier l'autre sexe. Deux ans après les Femmes Savantes, un livre qui traite de l'éducation des Dames se montre très libéral '-. Marguerite Buffet — elle était professeur — nomme avec orgueil quelques dames savantes: M"'*' de Bonnevaut (264), M""' de Gredeville, qui sait les mathématiques, l'astrologie, la philosophie, la géographie (266), M"*** des Jardins (274), Guillaume 276), Descartes (278), Dupré (280), Despinasse (281), de Mortemard (283).

1. J'ai fait allusion (p. 98) au Cours de philosophie de l'Esclachc dont je rci)arlerai ailleurs. Il }■ en eut beaucoup d'autres. Richesource tenait boutique d'éloc[uencc. Le ms. de Conrart, X\'I1I, f" p. 3i donne l'annonce des cours du « Palais pretieux ». Voici, d'aj^rés le Livre des adresses de Paris, KiOl, p. l'2, les principales conférences :

(^hez Ménage.

Chez M. de Villevaut, rue Ilautefeuillc, tous les après dinées, sur les sujets qui se présentent.

Chez M. d'IIerbelot ((u-ientaliste), rue de Condé. tous les soirs.

Les mardis, chez M. le Marquis d'.Vngeau.

Les jeudis de relevée, chez M. l'Abbé de la Uoque médecins et savants).

Les samedis de relevée, chez M. le Chev. Chassebras du Breau, sur l'Histoire et les Sciences.

Chez M. de Fontenay, les Samedis, rue Cristine 'Mathématiques .

Je reviendrai, dans le chapitre où je traiterai du dévelop()enient tle renseigucmeiil en français, sur ces réunions.

2. Voir De l'Education des iJa;ue.s par PouUain de la Barre, Paris, Du Puis, KiTi. in-12. A la page 30K et suiv. sont énuniérées les choses qu'une femme devrait avoiilues: « La Logique de Port-Royal. La Méthode, et les Méditations de Descaries. Les Discours de M. de Cordemoy sur la distinction et sur l'union de l'Ame et du Corps. La quatrième partie de la Physicjue de monsieur Rohaut, ([ui traitte du corps anime. Le ïraitté de l'homme de Descaries avec les Remarques de la Forge. Le Traitté de l'Ksprit de l'Homme du même de la Forge. Le Traitté des Passions de Descartes, auquel il est bon de joindre celuy de M. de la Chambre. . . les trois premières parties de la Physi(jue de monsieur Rohaut » ; dans un autre ordre d'études: « le XouNcau Testament, la Rhétorique d'Aristote. celle de Ciccron, ou son Orateur, ou celle de Quiiitilien, l'abrégé de Philosophie de monsieur de (lasseudi. ou de l'I'^sclache, et d'une façon générale les ouvrages de Descartes ».

Préjugés contre la science. — Malgré cela les préjugés ne sont pas détruits. On confond, ou on feint de confondre le pédantisme avec la science, le pédant avec le savant. Boileau a opposé dans une antithèse célèbre l'homme de collège et l'homme de ruelles K D'autres nous ont expliqué à satiété l'impossibilité de concilier la vie d'homme de cabinet et celle d'homme de cour. Ils ont étudié pourquoi le premier ne se plaît pas dans les cercles que hante le second, et pour- ([uoi il n'y plaît point -'. Les plus bienveillants pensent que si les savants ne savent pas briller dans la conversation, c'est qu'ils sont trop accoutumés aux belles choses, ils ont acquis une si grande délicatesse, que tout ce que l'on dit leur paraît bas, en comparaison des idées qu'ils se sont formées •^. Ce sont deux mondes qui doivent rester fermés l'un àl'autre.^Si un homme de qualité a ce vice d'être savant, il s'en cache. Il est <f ignorant par bienséance » ''J

Page 1