‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 156 sur 189 · Un pédant enivré de sa vaine science · texte numérisé non relu

Un pédant enivré de sa vaine science

Tout hérissé de grec, tout boufli d'arrogance,

VA qui, de mille auteurs retenus mot pour mot.

Dans sa tête entassés n'a souvent fait qu'un sot.

Croit qu'un livre fait tout, et que, sans Aristote,

La raison ne voit goutte, et le bon sens radote.

D'autre part un galant, de qui tout le métier

Est de courir le jour de quartier en quartier,

Et d'aller, à l'abri d'une perruque blonde.

De ses froides douceurs fatiguer le beau monde,

Condamne la science, et, blâmant tout écrit,

Croit qu'en lui l'ignorance est un titre d'esprit ;

Que c'est des gens de cour le plus beau privilège

Et renvoie un savant dans le fond d'un collège (Sat., IV, v. 5 etsuiv.).

2. « Des gens à qui l'étude n'a servi qu'à faire de leur teste une forteresse contre le sens commun, où la raison ne peut jilus entrer sans brèche ; qui croyent estre aussi habiles que tous les Grecs et tous les Latins, lorsqu'ils en ont étudié la langue; qui ne prononcent pas seulement d'un ton d'Oracle, mais qui s'en attribuent l'infaillibilité; qui veulent que tout le monde se soumette à leurs décisions, qu'on les écoute et les respecte comme des Dieux sur terre ; qui bien loin de se trouver avec les femmes, de les regarder, et d'en aimer au moins quelques-unes, comme vos Précieuses, si difficiles qu'elles soient, aiment quelques hommes, font consister la vertu à médire de tout le beau sexe, et à éviter sa rencontre, comme des hipocondres et des hibous

Vous sçavez mieux que moy, poursuivit-il, quelles altérations la méditation et l'Etude produisent dans ceux qui s'y appliquent. Le cœur se resserre; l'imagination se fatigue, les yeux s'enfoncent et se ternissent; le visage devient pasle et morne, la mine sombre, mélancholique, et chagrine ; la parole rude, les manières grossières et mal polies. On s'enteste, on se préoccupe, et l'on prend un esprit de contradiction, de mystère et de chicane. Or les femmes estant dun tem|ieramment plus délicat que les hommes, elles seroient aussi bien plus susceptibles de ces mauvaises impressions. Et il ne leur faudroit plus que cela pour les achever dans l'esprit de ceux qui ne les estiment déjà pas trop » (PouUain de la Barre, De l'Educalion (les Dames, 1671, p. 10, 12, 13).

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