Id., ih
2. Ici c'est le censeur qui se récrie ; « L'Auteur déclame fort ici contre les Sçavans. Ne seroit-il point de ceux, dont Monsieur de la Bruyère parle, qui prévenus contre les doctes, leur ôtcnt les manières du monde, le sçavoir vivre, Tespi-it de société, et qui les renvoyent ainsi dépoiiillez à leur cabinet et à leurs Livres ? » (Senlini. crit. s. les Caracl., 215).
politesse » (/j&., 36) *. Et si La Bruyère jug-e sévèrement ces dédains du monde, s'il les explique par la vanité et l'inintelligence des courtisans, c'est encore une façon d'en conlirmer l'existence : « Il y a certains esprits devant lesquels il faut de la hardiesse pour soutenir la honte de l'érudition. Il est une prévention toute établie contre les Savants, à qui ils ôtent les manières du monde, le savoir-vivre, l'esprit de société, et qu'ils « renvoient ainsi dépouillés à leur cabinet ■et à leurs livres ». Si l'on atteste des noms de grands hommes, qui furent à la fois des savants et des hommes du monde : Bossuet, Harlay^ etc., ou même Condé, Bourbon, Vendôme, etc., ils vous répondront que ce sont des « exemples singuliers ». Si l'on apporte des raisons plus solides, elles seront faibles contre « la voix de la multitude ». Et pourtant ne devrait-on pas se donner la peine d'examiner, de douter seulement, si ce grand esprit « qui fait bien penser, bien juger, bien parler, bien écrire ne pourroit point encore servir à être poli » (II, 80 à 84, Des jugements^ 18; cf. I, 263, Biens de la fortune^ 56) .
1. « Les Sa vans de profession sont souvent fort sots, et tres-ridicules, parce qu'ils veulent faire trop connoitre qu'ils sont savans : ils parlent de choses sublimes ■devant des gens qui n'y prennent aucun interest, et qui au lieu de les regarder comme des savans, les traitent de pedans et d'importuns, dont ils sont étourdis. Simon ■dans les visites qu'il rend à des Femmes, ne leur parle que d'Algèbre, et veut, à quelque prix que ce soit, leur faire comprendre les proprietez de VEllypse et de la Parabole ; son intention n'est pas de leur apprendre l'Algèbre ; il veut qu'on le cro'ie grand Mathématicien ; on le croit, et on le tient quitte de ses démonstrations .
« Ce qui fait que les Savans sont moins propres pour le commerce, que les personnes qui n'ont qu'une érudition ordinaire, c'est qu'ils ne s'humanisent pas assez; ils croiroient deshonorer leur science, et mal soutenir le caractère de savant, s'ils s'abaissoient à parler des bagatelles, qui font la matière des conversations ; s'ils ji'y prennent garde, ils y font souvent de sots personnages, et ils sont les duppes de personnes moins savantes, qui disent, de bonne grâce et d'un air enjoiié, des choses simples et na'ives, dont on est bien plus touché, que des discours sublimes des savans » (Helleg., /Je/Zex. sur le Ridicule, 233-235).
« (^e n'est point la science qui gâte l'esprit ; c'est la faute de ceux qui en font un mauvais usage. Un homme qui a l'esprit tourné à la pédanterie, à mesure qu'il devient savant, devient plus ridicule; son naturel, ses manières, ses mœurs, ses discours, sont infectez d'un mauvais air de pêdantisme; il est intraitable, lier, incivil, impoli, opiniâtre. Au contraire un esprit bien tourné achevé de se polir et de s'embellir par la science ; elle n'a rien de rude en sa personne, ni de sauvage, ni de rebutant » (Id., Ib., 415).
Histoire de la Langue française. IV. 27
Inexpérience des savants dans le maniement de la langue. — - Après ce qui vient d'être dit de l'état d'esprit des courtisans, on peut déjà deviner que Ja. langue des sciences est considérée par eux comme une langue sinon opposée, du moins étrangère à la langue littéraire. En tout temps, les mots techniques ont paru rébarbatifs au public mondain] Avec ces dispositions, il devait les trouver barbares.
Il faut bien dire que les sciences restaient souvent fidèles à l'habitude de parler latin. A l'Académie, les procès-verbaux se firent d'abord en cette langue. C'est parce qu'il la possédait et la maniait que l'oratorien Duhamel avait été nommé secrétaire.
A d'autres occasions, les sciences parlèrent français, c'est vrai,, et même bon français, témoin l'espèce d'encyclopédie qui porte le non^ de Physique de Rohault. La chimie abandonna aussi son langagecryptographique, elle cessa d'être une Kabbale, à l'usage des seuls initiés, et le cours de Lémery, qui rompait si heureusement avec la tradition, se vendit, au dire des contemporains, « comme un ouvrage de galanterie ou de satire ». Mais beaucoup des principaux savants étaient étrangers : Huyghens, Cassini, Roemer, Homberg, qui jusqu'au bout fut forcé de chercher ses mots. D'autres, natifs d& France, n'étaient guère plus éloquents. Sauveur, qui avait été muet, demeura toujours si peu orateur, qu'il renonça à se présenter à la chaire de Ramus, pour ne pas faire de harangue. Quand il l'accepta, en 1686, ce fut à la condition qu'il lirait, et jusqu'au bout on voit les courtisans se moquer de sa difliculté de parole *. \X<es savants bien disants n'étaient qu'une minorité, et c'était à peine des savantsi: Amable de Bourzels, Cureau de la Chambre. Il faut faire exception pour Cl. Perrault, et surtout pour Fontenelle. Quand il succéda à Duhamel, lors de la réorganisation de 1699, on put dire que l'éloquence et la pureté du langage entrèrent avec lui à l'Académie,. Vers le même temps, l'abbé Gallois « épurait le style des Mémoires- », Une ère nouvelle s'ouvrait. C'est le xviii* siècle qui commence.