‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 16 sur 189 · Lel., V, Gl, 16 sept · texte numérisé non relu

Lel., V, Gl, 16 sept

2. Bouhours eut d'autres querelles. Dans le Dictionnaire du P. Danet, il avait trouvée reprendre quelques mots : urbanité, canopée, hydrie.he P. Danet se défend vivement dans l'Avis de la 2° édition, Paris, Pralard, 1680 : « Le R. P. Bouhours trouvera bon aussi qu'en fait de Langue Françoise, je ne m'en rapporte pas non plus à luy. Car je ne pense pas qu'il ait le privilège de donner un caractère de pureté à tous ses mois et à toutes ses expressions; du moins ce privilège est inconnu à de très -habiles gens, et même à son confrère le P. Mainbourg. »

S. M. Rosset a mis à profit la Critique de l'Imitation de J.-C. Paris, Savreux, Desprez et autres, 1688, que je n'avais pas dépouillée, et qui est très riche en remarques utiles.

4. Il y eut une riposte de Thoynard, 1693 (voir ci dessous l'Appendice bibliographique).

maire de sa génération, le successeur, sinon l'égal de Vaugelas, Les statuts des jésuites Tempêchaient d'être de l'Académie ; il était mieux que cela, comme le lui montra un jour un questionneur, qui, le sentant se dérober, s'écria : a Academiam tu mihi solus facis ». Non seulement, dans son ordre, il était considéré comme le correcteur attitré, qui revoyait le style des écrits de toutes sortes, de ceux du P. Maimbourg et de ceux du P. Bourdaloue (Doncieux, o. c, 69) ; mais de toutes les régions du monde lettré on venait vers lui en consultation. Saint-Evremond et Bossuet s'accordaient pour faire cas de lui. Le président Lamoignon lui soumettait ses discours d'apparat. La Fontaine le reconnaissait pour un des maîtres du temps (IX, 412). Racine lui envoyait ses pièces à correction, demandant de marquer les fautes qu'il pouvait avoir faites dans la langue, dont il était un des plus excellents maîtres ^ .

Et cependant l'art d'un si grand homme ne s'inspire d'aucune nouvelle formule ; sa science ne s'appuie sur aucune nouvelle méthode. On dit qu'ayant fait la découverte d'une belle règle, il s'écria modestement : « Non nobis, Domine, sed nomini tuo da gloriam ». En réalité il avait un inspirateur plus direct, c'était Vaugelas. C'est en le suivant avec scrupule, en consultant, comme le maître l'avait enseigné, l'usage des gens qui parlaient et qui écrivaient bien, sauf à donner à ces derniers un peu plus d'importance que Vaugelas ne leur en donnait, c'est en visant au même but, savoir d'atteindre à la clarté et à la netteté parfaites, que Bouhours a trouvé les belles distinctions et les finesses qui ont fait sa gloire. On ne peut nier qu'il n'ait fait avancer la langue dans la voie où il la conduisait; il a «ijouté à Vaugelas, il a souvent substitué une nouvelle règle aux siennes; il n'est malgré tout que son disciple. Dans l'histoire de la langue, il a fait époque, il ne fait pas date.

Thomas Corneille. — La vie de Thomas Corneille jusqu'en 1680, avait été consacrée au théâtre. Ses travaux grammaticaux s'échelonnent de 1 687, époque où il donna ses notes sur les Remarques de Vaugelas, à 1704, où il servit de secrétaire à l'Académie pour l'édition critique qu'elle voulait faire du même livre. Entre temps, il avait composé son gros Dictionnaire, dont il sera parlé ailleurs. La

1. « Voltaire, dans le Temple du goût, représente ironiquement le P. Bouhours, à quelques pas de Bourdaloue et de Pascal, qui s'entretiennent sur le grand art de joindre l'éloquence au raisonnement. Le P. Bouhours est derrière eux, marquant sur des tablettes toutes les fautes de langage et toutes les négligences qui leur échappent. Mais Voltaire oublie qu'il a écrit dans les Variantes du Temple du goût à propos du P. Bouhours lui-même: « Ce sont les grands hommes qu'il faut critiquer, de peur que les fautes qu'ils font contre les règles ne servent de règle aux petits écrivains. » (Rigault, Quer. des Ane. et des Mod., 116).

publication de FAcadémie ne peut être considérée comme son œuvre, il ne reste donc, à proprement parler, au compte de Th. Corneille que les deux volumes de 1687. L'auteur lui-même nous a expliqué comment ils onl pris naissance ' .

Une partie de l'Avertissement - donne une idée très exacte de la part qu'a prise Th. Corneille dans la composition de ses notes, et il serait superflu d'y chercher la trace de ses doctrines personnelles. Sa méthode est celle de Vaugelas : ne rien créer, s'informer seulement, et décider par soi-même le plus rarement possible. Il semble toutefois que, dès ce moment, les sources, où l'on va chercher le bon usage, ne sont plus tout à fait les mêmes. Les courtisans et les femmes sont beaucoup moins souvent invoqués ; ils cèdent la place aux gens savants en la langue, qui ne sont pas, il est vrai, exclusivement des écrivains, le nom de M. Miton, invoqué dans l'Avertissement, le dit assez.

1. Racine écrit à ce propos son ctonnement àBoileau : « J'annonçai au P. Bouhours un nouveau livre, qui excita fort sa curiosité. Ce sont les Remarques de M. de Vaugelas, avec les notes de Th. Corneille. Cela est ainsi atliché dans Paris depuis quatre jours. Auriez-vous jamais cru voir ensemble M. de Vaugelas et M. de Corneille le jeune donnant des règles sur la langue ? » (VI, 609, 5 sept. 1687).

2. « Dès le temps que les Remarques commencèrent à paroître, dit-il, elles avoient déjà quelque chose qui n'étoit pas généralement reçu, certaines phrases qui étoient bonnes alors, ont encore vieilli depuis; et le scrupule qu'elles m'ont fait naître m'ayant fait chercher le sentiment des Sçavans pour fixer mes doutes, j'ai lu avec un soin très-particulier les Observations de Monsieur Ménage, et les Remarques nouvelles du Père Bouhours, que je reconnois tous deux pour mes Maîtres... C'est sur les décisions de ces deux excellens Hommes, que j'ai combattu quelques endroits de M. de Vaugelas. J'ai rapporté ce qu'ils ont écrit, et comme un mot engage quelquefois à parler d'un autre; j'ai profité de leurs observations pour expliquer dans mes Notes ce qu'ils m'ont appris... Je me suis encore servi d'un autre secours qui m'a été généreusement prêté par M. l'Abbé de la Chambre. Il m'a fait la grâce de me confier un Exemplaire des Remarques de M. de Vaugelas, sur lesquelles feu M. Chapelain à (jui cet exemplaire appartenoit, a écrit les siennes.... J'ai joint à tant de lumières celles que Monsieur Miton a bien voulu me prêter. Il juge si bien de toutes choses, et il a le goût si fin et si délicat sur tout ce qui fait la beauté de notre Langue, qu'on hazarde peu à suivre ce qu'il approuve. Je l'ai consulté sur les façons de parler les plus douteuses, et son avis m'a presque toujours déterminé touchant le parti que j'avois à prendre.

Ces Notes n'étoient encore qu'ébauchées, quand Messieurs de l'Académie Françoise me firent l'honneur de me recevoir dans leur Corps. L'avantage que j'ai eu depuis ce tempslà d'entrer dans leurs conférences, a beaucoup contribué à me donner l'éclaircissement que je cherchois sur mes doutes. Je les ai engagez plusieurs fois à s'expliquer sur ce qui m'embarassoit; et sans leur dire ce que j'avois envie de sçavoir, j'ai souvent appris en les écoutant de quelle manière il falloit parler... Il est certain qu'avec la diligence qu'on y apporte, le Dictionnaire sera en état d'être donné entier dans fort peu de temps. Il m'a éclairci sur beaucoup de choses trop scrupuleusement décidées par Monsieur de Vaugelas. Par exemple, parmi les phrases que l'on y emploie sur le verbe commencer, je l'ai trouvé indifféremment construit avec la préposition de, et avec la préposition à, commencer de faire, commencer à faire. lien a été ainsi de plusieurs autres façons de parler; il seroit trop long de les marquer toutes. Cependant... il y en a quelques-unes, sur lesquelles j'ai parlé de moi-même. .. Quoique j'aye tâche de ne rien dire qui ne m'ait paru avoir l'appui de l'Usage, je ne me suis point attaché à mes propres sentimens, et ne cherchant qu'à m'instruire, je ne me ferai jamais une honte d'en changer » (dans Vaug. , 1, 3-5).

Alemand, Andry de Bois-Regard. — On ne sait à peu près rien de la vie de Louis- Augustin Alemand, sinon qu'il était né à Grenoble ', après 1647, et, qu'après avoir abjuré le protestantisme, il se fit recevoir docteur en médecine à Aix. N'ayant pas réussi à entrer dans la médecine de la marine, il vint à Paris, où il fut avocat au Parlement. Il est mort à Grenoble en 1728. 11 a écrit divers ouvrages historiques et médicaux. C'est de lui qu'est le livre intitulé : Nouvelles Observations ou Guerre Civile des François sur la Langue, paru en 1688 2. Il eut également la bonne fortune d'obtenir de M. l'abbé de la Chambre, qui avait déjà donné à Thomas Corneille les notes de Chapelain, un manuscrit inédit de Vaugelas, qu'il publia en 1690 sous le titre de Nouvelles Remarques, et qu'il accompagna de ses observations ■'.

Alemand a lu les grammairiens ses prédécesseurs, qu'il se plaît à mettre aux prises ; il a dépouillé attentivement les textes des écrivains, surtout depuis l'époque de Voiture, où il place la première réforme de la langue, et il apporte sur les points en litige des exemples curieux ; c'est par là, plus que par les solutions qu'il donne lui-même, que ses publications se recommandent. Son érudition était si réelle, son indépendance si marquée envers les « preux en langue vulgaire », qu'il se faisait lire avec plaisir '*.

Andry de Bois-Regard n'est autre que le célèbre doyen de la Faculté de médecine de Paris, dont les querelles firent tant de bruit au commencement du xviii" siècle. Né à Lyon, en 1658, il étudia d'abord dans cette ville, puis à Paris, au collège des Grassins, où, après avoir fait sa théologie, il rentra comme professeur. En 1689, il se fît connaître par une traduction du Panégyrique de Théodose le Grand, de Pacatus, et entra en lutte avec Bouhours, en publiant contre lui les Sentimens de Cléarque sur le Dialogue d'Eudoxe et de Philanthe, qui renferment peu de choses intéressantes pour nous .

En 1689, il donna sans nom d'auteur des Réflexions sur l'usage présent de la Langue Françoise, puis il s'appliqua à la médecine. Pourtant, avant de s'engager dans cette carrière nouvelle, où nous n'avons pas à le suivre, il publia encore en 1693 une suite à ses

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