‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 36 sur 189 · AU TEMPS DE MALHERBE · texte numérisé non relu

AU TEMPS DE MALHERBE

vovance. L'orthographe archaïque des corps judiciaires influençait les maîtres écrivains, et par eux les enfants, ainsi qu'on le verra par la suite.

C'est encore en cette même année 1 609 que Cl. Garnier publie son œuvre maîtresse : « L'Amour victoriens », dans l'avant-propos de laquelle il défend l'orthographe qui lui est propre * et que ses éditeurs ne reproduisaient pas toujours. Ce n'est pas un théoricien de la réforme, c'est du moins un réformateur décidé.

Ant. de Laval avait choqué la tradition en écrivant dans la seconde édition de ses Desseins le mot antandemant par des a ~. On lui avait remontré « qu'il se faisait du tort ». Pour s'en expliquer, il met en tête de sa deuxième édition des Psaumes (1613) une Lettre apologétique qu'il écrit à M. Hinselin, trésorier de France, général des finances à Moulins (10 déc. 1612). « 11 respecte, dit-il, l'antiquité et les usages, mais désire répandre le français au dehors parmi les étrangers qui l'appellent langue de cuisine et de ménage ». D'Italie, des Flandres, d'Allemagne, on lui a écrit au sujet de ses ouvrages. Il veut leur faciliter la tâche et se met sous la protection de la Régente. C'est une niaiserie de vouloir écrire « Latin an François, invantion du Pedantisme "^ ». Son essai est un de ceux qui

1 . « Quant à l'ortografe, je ne la pratique sans authoritc, Ronsard la demande telle en son Art poétique, du Bellay s'y range et l'ay vùë assez de fois aprouver à Des- Portes, qui devoit en parler s'il eût vécu : puisqu'elle se lit, elle est reçevable, et ^luis qu'elle sépare les fleurs d'avec les chardons; quant au reste, j'ay mon garant dans Jes authcurs de toutes langues ».

Voici un spécimen de sa graphie :

L'an dix et huit de mon âge, arété, J'écri ces vers acueilli de tristesse, En la prizon d'une jeune Métrcsse, Cruelle et fîère à ma captivité.

Mais quoy ! le pris de sa rare beauté, Qui rand sans pris la plus belle Déesse, Et tant d'esprit en si tandre jeunesse. Me font chérir mon infélicité.

Celuy vraymant a les grâces dun Ange Qui meurt pour elle, épris de sa loiiangc. Bien que de glace elle couvre ses feus : Qui la regarde, il regarde en sa vue Tous les efets de nature et des Gieus, Et toute choze à son œil est connue.

(Voir : Fréd. Lachcvre, Le procès du poêle Th. de Viau, II, p. 150-152; cf. Les Am. d'Lsabelle, 1631, 8°. Arsenal, 91 il B. L.).

Page 1