‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 37 sur 189 · Dessein des professions nobles et publiques, in · texte numérisé non relu

Dessein des professions nobles et publiques, in

3. « Il viendra vn jour quelqu'un plus hardy qui suivra Baïf, Maigret et Rapin, et nous ôtera la lettre s des lieus où elle n'a que faire, et h de même ; on s'an passeroit bien pour dire habile, habillé... mais elle sert aus haies, au haranc... et n'amployera plus les i pour e : voir, soir, cônoitre, paroilre ».

Le système d'Antoine de Laval est d'une remarquable netteté ; il distingue

eurent le plus de retentissement. Proposé par un hom me qui comptait^ il fut examiné et, cinquante ans plus tard, on citait encore l'auteur^ soit pour le critiquer, soit pour le louer.

Godard est un poète comme Garnier ; il est poète jusque dans le livre qu'il a écrit sur la langue française, dont le style rappelle beaucoup la prose figurée deNervèze. Ainsi qu'il l'avoue lui-même, sans le croire peut-être, il n'a pas été au nombre des favoris de notre langue, mais seulement de ses serviteurs '. Pour ridicules que soient ses. images, les idées de Godard ne laissent pas d'être pénétrantes. Il est le premier, je l'ai indiqué ailleurs, qui ait demandé qu'on organisât l'enseignement du français. En orthographe comme en pédagogie, il voit clair et juste. Il est revenu plusieurs fois à la question de l'orthographe dans son Discours en prose sur l'h [Lyon, 1618), à la fin de la Nouvelle Muse (1618, 8°), dans sa Langue françoise. S'il n'a pa& de système à proprement parler, il simplifie néanmoins avec beaucoup de décision ; ainsi il écrira : ^7 et bien tans que nous antrions flan& la maison^ ou nôtre langue françoise nous attancl de pic ferme -. De même que Garnier s'en rapporte à Ronsard, Godard s'appuie,, lui, sur l'opinion de Desportes •^.

les voyelles \on'j;ues elhr^vai : avilit, âçfe, opiniâtre, in.ilin. Un accent circonflexe marquera cette différence.

De même pour e : honnêteté, cf. état.

De même pour i, ô, ù : regilre, fine ; plût à Dieu qu'il me vit, il me vit naguère^ apôtre, donc; je voudroy qu'il fut, il fut icy.

Lorsque i et u sont consonnes, il faut les figurer par J, v. Quant à ce qu'on trouve rude un a pour un e, je trouve ridicules ceux qui s'en rient. Pourquoi pas lamanter comme hanter; cela est si naturel d'écrire anfant et famé par a, que les simples. famés et anfans ne le scauroient autrement écrire.

1. Voir La langue françoise, A Mgr. du Vair, garde des sceaux. Lyon, Nie. Jullieron, 1620, 8° (Maz., 20243). Voici un échantillon du style : Ces Courriers, que l'Esprit anvoye par l'Univers porter le paquet des Artz et des Siances, il faut tous qu'ils, prennent langue, pour apprandre les chemins. L'esprit leur baille leurs passepors : mais, c'êt la Langue qui les scelle. Cet auec cette main, que l'Esprit tire du fourreau, s'il faut ainsi dire, l'epee qui tranclie et tue l'ignorance. C'est cette Langue qui luy sert d'outil en toutes besognes. Cet la glace de son miroir, l'email de son orfèvrerie, la sage famme de ses anfantemfts (p. 43).

2. Godard, dans sa Langue françoise, propose de remplacer s muette par un accent circonflexe ; de supprimer h dans théâtre, cholere. Mais son audace a des intermittences : il accepte factieux, ambitieux et second, tout en prononçant segond. Il ne croit pas du reste à la possibilité d'une écriture phonétique « à cause de la variété de voix et de sons dont notre langue abonde ».

3. Je peux ancore apporter ici l'autorité de plusieurs bôs Auteurs françois, même celle de Déportes, l'un de nos bons Poëtes, et peut être l'un de ceux, qui sont tout ansamble les plus nayfz et les mieux antandus en la Langue Françoise. Car, si je ne me trompe, il a usé de cette ortografe-là, même eu sa version des Pscaumes, ouvrage dutout nayf, et que nos Delicatz, qui sont si friandz des pointes, s'il faut ainsi dire,, iugeroicnt du tout assaisonné à leur goût, s'il eût mis un peu plus de ce sel-là dedans sa sausse. Mais si son pinceau n'a pas assez rehaussé son colori de cette laque et de cet asur-là : les traitz pourtant y sont hardis, naturelz, et proportiohez jusques à un souverain accomplissement. La nayveté a, dans ce tableau, sa vive image : et son relief tout antier, dedans celte niche-là [La l. franc., 183).

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