LA RÉFORME DANS LES SALONS ET LES CERCLES
4" Réduction de diphtongues apparentes :
ai > e, raisonne ]> résonne '
ei >> e, treize > trézc ;
eu ^ II, veii > vu ; Jeiisner ^Jû/ier;
aa >> a, aage >• '"îS^^e;
o/ >> c, ou af : paroistre > parétre ; gastoit >> gâtait. Cf. reconnétre^ rédeiir, frcdeur.
o** Assimilation de consonnes :
solemnité > solennité.
■6° Suppression de lettres grecques ;
//i >> /, autheur 'fauteur. Cf. trésor.^ entousiàme.
ph >> /, trionfans.
Telle est la légende. Ni M. Francis Wey, que la colère a pu aveugler, et qui a épuisé contre le « trio de pimbêches », toutes les formules de l'indignation, ni M. Didot ne l'ont contestée. J'avoue qu'elle me paraît des plus suspectes. Comment Le Clerc et ces trois femmes inexpérimentées auraient-ils découvert tout d'un coup les corrections qui avaient chance d'être adoptées, et s'en seraient-ils tenus à celles-là ? Ces dames sont si ignorantes que, lorsqu'elles se mettent à l'œuvre, elles se préparent « aussi bien à ajouter qu'à diminuer ». Malgré cela aucune erreur. Pas même une tentation de proposer des modifications dont les théoriciens s'occupaient, par exemple la substitution de an k en\ Chose plus remarquable encore, voilà un groupe qui légifère, et nulle part, il ne propose une formule générale ; il applique des règles comme sans les voir, il les dégage sans les énoncer, car c'est moi qui ai groupé en un tableau des faits jetés pêle-mêle, mais cependant concordants .
Toute cette scène n'a guère de vraisemblance. Qu'on ait conversé sur l'orthographe, je n'en doute point. Qu'on ait voulu la simplifier, j'en doute moins encore. Mais Somaize n'a-t-il pas procédé par sa méthode ordinaire, c'est-à-dire choisi dans des livres nouveaux des échantillons des simplifications qui se faisaient ? De là cet accord si surprenant avec l'usage. Les prétendues inventions du cercle ne sont sans doute que des observations.
Il reste vrai qu'on les a adoptées et prônées dans les salons féminins. Les reproches adressés aux Précieuses en font foi. Et la •chose était bien naturelle. Les Dames, qui « n'avaient point étudié aux langues, soulFraient avec peine l'embarras des lettres étymologiques ». Quoi de plus naturel que d'avoir cherché à s'en ■désempétrer, à un moment où leur autorité était grande en matière Histoire de la Langue française. IV. 7
delangag-e ? Roxalie, si Roxalie il y a, ne faisait que mettre en pratique une idée, qui nécessairement devait se produire dans la société mondaine du temps. Elle y fut propagée quelques années plus tard par L'Esclache.
L'EscLACHE. — Bien obscur aujourd'hui, Louis de L'Esclache eut de longues années de vog-ue et d'autorité. Ses conférences philosophiques et religieuses en français lui valurent un succès très grand dans Paris. En 1668, il hasarda d'écrire ses Véritables régies de Vortografe francéze^ ov VArt d aprandre an peu de taras à écrire côrectemant^ .
Ce professeur qui enseignait à des gens du monde, à des dames en particulier, fut-il entraîné par sa clientèle ? Obéit-il à quelque suggestion de son esprit naturellement hardi, qui le porta toute sa vie à rompre avec les routines de la pédagogie officielle, et faillit le mettre en conflit avec l'autorité religieuse, dont il bravait les préjugés? Je ne sais. Mais celui qui voulait vulgariser jusqu'à l'enseignement de la théologie devait en effet souffrir de voir l'orthographe cabalisée et réservée, comme un mystère, à la connaissance de quelques, initiés masculins. Je dois dire que les raisons qu'il nous donne luimême de son intervention sont banales : « Cens qui ne savent pas la Langue Latine, et qui ont de l'esprit, dizent que nous devons, écrire comme nous parlons : . . . quelques Savans soûtiénent que^ céte metôde, nous faizant perdre l'origine des paroles nous ampécherét d'an conétre la propre signification . . . , il faut plutôt suivre le santimant deceus qui n'ont point d'étude. . . la Langue Francése et trés-parfaite » et par conséquent u la prononsiasion des mos. qui la compozent, doit être la régie de l'Ortôgrafe » (p. 4-5).
Dans son système, il n'apporte non plus aucune idée nouvelle. Mais il s'attaque hardiment aux plus graves des objections ordinaires. A la première, savoir que les enfants ne pourront plus lire les livres imprimés à l'ancienne mode, il répond : « cens qui auront été instruis selon céte metôde, n'auront point de pêne à lire les livres... car l'Ortôgrafe ï et an partie conforme à la prononsiasion ; et on leur fera conétre les defaus de l'autre partie, an leur montrant à lire comme l'on parle. Ajoutons à ces raizons que ces livres... sont ou bons ou mauvais. S'ils sont bons, on an fera bien-tôt une segonde imprésion, côrijera les defaus de la première ; mais s'ils sont mauvais, le tams, qui nous doit être très cher, ne doit pas être amploïé à leur lecture
1. VoirBihl. Nat., Inv. Rés., X, IftSô. L'Esclache, s'il a été malli-ailé par Goujct {liibl. fr., I, 95-96), a eu l'honneur d'être nommé par La Bruyère (1,284). C'est le- Lisippe de Somaise. Voir l'abbé Ch. Urbain dans la /{. H. L., 1894, p. 353.